David Suzuki

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La culture scientifique est bonne pour la société

Publication: 29/02/2012 06:13

C'est un fait, les enfants posent beaucoup de questions. Parfois, les adultes se sentent incompétents s'ils ne peuvent y répondre sur-le-champ. Dès le début de ma carrière d'enseignant, j'ai appris qu'il n'y a rien de mal à dire : « Je ne sais pas ». Enseigner aux enfants comment apprendre est plus utile que de leur bourrer le crâne de faits.

De nombreux parents croient devoir donner l'impression d'être infaillibles aux yeux de leurs enfants. Un sondage britannique révèle que plusieurs parents craignent des questions comme : « Pourquoi le ciel est-il bleu? » ou « Pourquoi ne voit on pas la lune pendant la journée? ». En effet, des chercheurs ont interrogé plus de 2 000 pères et mères à l'expo-sciences « The Big Bang U.K. Young Scientists and Engineers Fair ». Ils ont été nombreux à admettre avoir effectué des petites recherches rapides avant de répondre à leur enfant, et ce, afin de ne pas perdre la face. Les questions des enfants sur les mathématiques et les sciences sont celles qui représentent les plus grands défis.

Il n'est pas nécessaire de se cacher. J'ai été formé en tant que scientifique, plus spécifiquement en tant que généticien. Il s'agit là d'un sujet très vaste et je ne suis pas toujours au courant de ce qui se passe à l'extérieur de mon domaine. C'est pour cette raison que j'essaie de me tenir à jour en lisant des revues comme Scientific American. Les gens ne doivent pas croire qu'ils admettent une faiblesse lorsqu'ils disent : « Je ne sais pas ». L'important est de chercher les réponses.

Quoi de mieux que de saisir l'occasion que présente une question difficile pour enseigner à vos enfants à faire une recherche, à analyser le contenu, à réfléchir de façon critique sur l'information trouvée et à acquérir de nouvelles connaissances? Vous aurez même la chance d'apprendre en même temps qu'eux. L'ère informatique dans laquelle nous vivons rend les recherches plus faciles et rapides qu'auparavant; bien que l'observation directe, la lecture d'une encyclopédie ou une visite à la bibliothèque ne peuvent en soi être remplacées.

Certaines personnes sont trop occupées pour assister leurs jeunes dans leur recherche de réponses, mais nous pouvons tout de même les initier à la recherche. Si vous rendez le processus amusant, vos enfants apprendront à faire des recherches par eux-mêmes et ce sera à votre tour de leur demander des réponses à vos questions.

Il est essentiel d'offrir aux enfants les outils d'apprentissage et d'analyse, mais cette étape est souvent négligée, ce qui n'est pas sans conséquence. Plusieurs personnes ne comprennent pas comment fonctionne la science, ses limites ou ses avantages, et cela mène à des confusions pouvant avoir des répercussions sérieuses sur la société.

Il suffit d'observer le « débat » entourant le réchauffement climatique pour voir que l'incompréhension des sciences atteint les plus hauts rangs des décideurs. Ainsi, les candidats à la présidence des États Unis ont montré un manque de connaissance déconcertant lorsqu'ils ont contesté les preuves scientifiques écrasantes que les changements climatiques sont causés par les activités humaines. C'est la même chose lorsqu'un parent invente n'importe quoi lorsqu'ils ne connaissent pas la réponse à une question.

Ces absurdités ne proviennent pas toujours de l'ignorance. Parfois, il s'agit d'une façon d'exploiter la confusion ou l'incompréhension pour servir des intérêts d'entreprises ou politiques. Au Canada, nous avons assisté à des tentatives de limiter, de contrôler ou de passer sous silence des découvertes scientifiques qui auraient pu gêner les intérêts du gouvernement.

L'état de la situation est si critique que l'an passé Kathryn O'Hara, alors présidente de l'Association canadienne des rédacteurs scientifiques, a écrit au premier ministre afin de l'exhorter de donner droit aux scientifiques employés par le gouvernement de parler librement aux médias, que ce soit au sujet de l'état de la glace dans l'Arctique, des dangers que peut représenter la consommation de certains produits, de la nanotechnologie, des virus chez les saumons, des systèmes de surveillance des radiations ou de l'importance des modifications qu'entraineront les changements climatiques dans notre monde.

En ce moment, le gouvernement fédéral doit approuver toutes les requêtes des médias qui veulent discuter avec un de leur scientifique. Les scientifiques aussi doivent demander le droit de parler publiquement. Il arrive souvent que l'autorisation ne soit pas accordée, ou qu'elle soit retardée de telle sorte que les experts ne peuvent pas communiquer ponctuellement ou de façon significative.

Il est intéressant de comparer la façon de procéder de notre gouvernement avec la politique américaine de l'Administration Obama qui stipule que les scientifiques peuvent parler librement avec les médias et le public à propos des questions scientifiques et techniques relatives à leurs travaux, et ce, sans avoir à demander l'approbation du département des affaires publiques ou de leurs superviseurs.

Dans une société ouverte, les dirigeants qui n'ont rien à cacher et qui basent leurs décisions sur la meilleure information disponible n'ont aucune raison de bâillonner les scientifiques ou n'importe qui d'autre. Tout comme les parents doivent aider leurs enfants à trouver des faits pertinents et les encourager à explorer, les gouvernements ont la responsabilité de s'assurer que nous avons accès à de l'information de qualité et qui reflète la réalité.

Avoir des réponses aux questions de nos enfants n'est pas suffisant. Si nous voulons une société qui offre un maximum d'avantages à long terme à la majorité des gens, et si nous souhaitons trouver des solutions aux défis et aux problèmes que nous avons créés, nous devons enseigner à nos enfants et à nous mêmes comment trouver des réponses et comment les évaluer objectivement. Faire de l'enseignement des sciences une priorité constitue une partie importante de ce processus.