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Les espèces en voie de disparition sont menacées au Canada

22/06/2012 08:14 EDT | Actualisé 22/08/2012 05:12 EDT
Flickr: cuatrok77

Les lois sur l'environnement du Canada sont assaillies par le gouvernement fédéral et celui de l'Ontario. À Ottawa, le gouvernement a présenté le projet de loi C-38 afin de mettre en pratique des mesures d'envergure qui ont été annoncées dans son budget. Le gouvernement de l'Ontario, quant à lui, a déposé un projet de loi omnibus similaire qui aurait un impact profond sur l'environnement.

Le projet de loi C-38, un document de 420 pages, désagrègerait un ensemble de lois fédérales adoptées au fil des ans qui assurent la protection de l'air, de l'eau et des espèces fauniques les plus fragiles. Les victimes seront la Loi canadienne sur l'évaluation environnementale, la Loi sur les pêches, la Loi sur les espèces en péril, la Loi sur la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie, et la Loi de mise en œuvre du Protocole de Kyoto.

Dans la même veine, curieusement, le gouvernement de l'Ontario a récemment présenté le projet de loi 55. Ce texte de 327 pages a un effet profond sur au moins six lois importantes ayant trait aux ressources et à la faune et apporte des modifications à la Loi sur les espèces en voie de disparition de l'Ontario et à d'autres lois sur l'environnement essentielles. Ces modifications abaisseraient le niveau de protection et ébranleraient la gestion publique des forêts, des lacs et des rivières qui nous sont si précieux et qui nous apportent des bénéfices innombrables.

Lorsque l'Ontario a adopté la Loi sur les espèces en voie de disparition en 2007, les spécialistes du droit et les porte-parole en faisaient l'éloge et disaient que c'était l'une des lois sur l'environnement les plus sévères de l'Amérique du Nord. L'initiative de l'Ontario était louable dans le sens où il s'agissait d'établir des normes visant à protéger les éléments menacés de la faune et de la flore, dans la province, notamment les caribous, les tortues happantes et les forêts caroliniennes rares, et ce, quelques années seulement avant que le monde ne se rassemble pour fêter l'année internationale de la biodiversité des Nations Unies en 2010.

Bien que déclin de la diversité biologique reçoive moins d'attention que d'autres questions comme celle des changements climatiques, les systèmes qui entretiennent la vie sur la planète tels que l'air non pollué, l'eau propre et les sols fertiles sont menacés. Il ne s'agit pas là d'un problème qui touche un pays éloigné recouvert de forêt tropicale ou un océan surexploité. Les scientifiques disent que le déclin de la diversité biologique est un danger particulièrement élevé en Ontario, et que cette province se doit d'endosser une responsabilité de gérance à portée internationale.

Une étude parue dans la célèbre revue scientifique The Proceedings of the National Academy of Sciences a établi que la forêt boréale (qui recouvre plus de 40 % de l'Ontario) était le biodome de la planète le plus vulnérable face aux activités industrielles et aux effets du réchauffement climatique causé par les humains. Les auteurs de l'étude en question ont démontré qu'au cours des dernières années, le développement des ressources et les perturbations naturelles ont causé le recul du couvert forestier dans ces zones plus que dans tous les autres biomes de la planète tels que les forêts tropicales humides comme l'Amazonie.

Le dépeçage de la Loi sur les espèces en voie de disparition - suppression des délais prescrits pour le développement de stratégies de rétablissement des espèces, création de failles profitant aux industries du secteur primaire telles que l'industrie forestière et l'extraction minière et restriction accrue de la protection juridique des espèces menacées sur les terres privées - fera que l'Ontario n'aura plus les moyens de lutter contre les menaces constantes qui pèsent sur ses écosystèmes précieux et sur la biodiversité, notamment l'étalement urbain, la multiplication des espèces envahissantes et les changements climatiques.

Le gouvernement fédéral a justifié son travail d'éviscération des lois sur l'environnement en déclarant avec cynisme que prendre soin de la nature entrave la prospérité économique. Son programme idéologique porterait préjudice à notre nation et mettrait à mal l'avenir de nos enfants. On ne peut jouir d'un développement économique sain et de collectivités saines, en Ontario ou ailleurs au Canada, sans des écosystèmes sains et sans biodiversité.

La disparition des espèces et la perte des écosystèmes ont un impact sur la production de denrées économiques précieuses telles que la nourriture, le bois et les médicaments, et remettent en question de nombreux services que nous rend la nature dans les domaines de la santé et du bien-être de nos collectivités. La nature aide à réguler le climat, l'apparition des épidémies et les déchets. Elle a une valeur esthétique, récréative et spirituelle. Elle fournit aussi des services de soutien tels que le cycle nutritif et la purification de l'eau.

Une étude récente de la Fondation David Suzuki a établi qu'à elle seule, la diversité biologique dans la ceinture verte de l'Ontario contribuait à la filtration, au stockage et à la régulation de l'eau potable pour des millions de gens habitant dans la région du Grand Toronto - un service qui représente plus d'un milliard par an et qui permet aux villes en manque d'argent d'économiser des centaines de millions de coût en capital pour la seule mise à jour de l'infrastructure des services d'eau.

La santé de l'air, de l'eau et des espèces les plus vulnérables est un sujet trop important pour être traité de façon si négligente. Le gouvernement de l'Ontario doit retirer les modifications qu'il a proposées à la Loi sur les espèces en voie de disparition et à d'autres lois sur l'environnement.

L'environnement ne doit pas être traité comme un simple ami des beaux jours par les politiciens et les politiciennes en campagne. Il faut assurer un engagement à long terme et faire en sorte que l'air, l'eau, la terre et les espèces soient protégées dès aujourd'hui et dans l'avenir, en Ontario et au Canada.

Ce billet a été écrit avec l'aide de Faisal Moola, directeur du programme de conservation terrestre et des sciences de la Fondation David Suzuki.

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