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La méthode conservatrice roule à plein régime

27/09/2014 10:04 EDT | Actualisé 27/11/2014 05:12 EST

Éclaboussé par des cas de fraudes électorales et par une utilisation abusive des envois postaux, le Parti conservateur du Canada (PCC) se permet tout de même de lancer des attaques envers le Nouveau parti démocratique (NPD), et ce, depuis pas mal de temps déjà.

La méthode conservatrice, qui vise à salir les partis d'opposition plutôt que d'entrer dans un débat de fond sur leurs idées et projets politiques, roule à plein régime depuis presque 10 ans déjà.

Les attaques envers le NPD relèvent de cette méthode éprouvée du PCC où il s'agit, ici, de miner le vernis éthique dont jouissent les néodémocrates, qui n'ont jamais formé le gouvernement. Que le PCC réussisse, il sera bien le seul gagnant de ces manœuvres douteuses au plan éthique, et le grand perdant sera la qualité du débat politique canadien, donc la population en général.

On pourrait penser qu'un parti qui ne jouit pas d'une haute réputation éthique et qui utilise abondamment des ressources étatiques pour faire sa promotion se garderait une petite gêne à vouloir salir ses adversaires politiques sur ces questions. Mais dans le cas du PCC, ce serait se tromper lourdement, car ce parti semble avoir une carcasse très épaisse qui l'immunise contre toutes formes d'introspections et tout doute quant à sa rectitude morale.

Tout se passe comme si leur logique était la suivante : « Nous sommes salis au plan de l'éthique, et bien salissons davantage nos opposants ! » Ou encore : « Notre éthique est douteuse, regardez celle de nos adversaires ! » Ainsi, aucun parti politique fédéral ne pourra se prétendre être doté d'une éthique irréprochable.

Si un individu ou un groupe est impliqué dans des cas de fraudes électorales et de mésusage des fonds publics à des fins partisanes, cela ne le dédouane pas que d'autres auraient apparemment fait de même.

En s'inspirant largement du sociologue Max Weber, on peut avancer que la politique implique des approches utilitariste (agir de façon à atteindre nos objectifs), éthique (agir selon des principes) et rationnelle (savoir prendre du recul pour évaluer le plus froidement et le plus largement possible la situation politique). Ce serait l'équilibre de ces trois pôles qui permettrait à la politique de ne pas être une activité stérile et sclérosée, mais une activité capable de créer du sens et de s'atteler à de grands projets.

La méthode conservatrice cantonne ce parti à la seule approche utilitariste, où il s'agit d'écraser l'adversaire pour conserver le pouvoir. Le pouvoir devient ainsi une fin en soi plutôt qu'un moyen pour réaliser de grandes fins qui puissent bénéficier à l'ensemble d'une communauté politique.

Dans le seul objectif de prendre le pouvoir, puis de le conserver, le PCC a piétiné depuis 2006 tous les grands principes desquels il se revêtait lorsqu'il formait l'opposition officielle. Lui qui prétendait mettre en place un fédéralisme d'ouverture, agit de manière autoritaire avec les États provinciaux. Lui qui disait utiliser avec responsabilité et un sens de l'éthique l'argent des contribuables s'en ait servi à des fins partisanes, notamment en finançant les projets de la société civile allant dans le sens de ses priorités. Lui qui voulait redonner du pouvoir au Parlement, en tant que gouvernement a poussé encore plus loin que le Parti libéral du Canada le contrôle de l'exécutif sur le législatif. Lui qui prétendait démocratiser la vie politique canadienne en consultant par référendum la population sur un ensemble d'enjeux, agit comme bon lui semble tel un souverain concentrant en ses mains tous les pouvoirs. Lui qui disait vouloir respecter le travail des institutions publiques, a muselé le travail de Statistique Canada, de l'Agence atomique du Canada, etc., et a cherché à intimider le Directeur parlementaire du budget, Élections Canada, la Cour suprême du Canada, etc.

Ne défendant plus aucun principe et ne cherchant qu'à conserver le pouvoir, la méthode conservatrice est donc tout ce qui reste à ce parti pour se démarquer de ses opposants. À l'approche des prochaines élections fédérales, on observera donc une accentuation de cette pratique appelée « wedge politics » aux États-Unis, soit cette politique qui vise à salir l'adversaire et à diviser la population pour mieux régner. Présentement, ce sont les néodémocrates qui font les frais de la méthode conservatrice, mais les libéraux n'ont qu'à bien se tenir.

Comme disait le prince Hamlet à propos du Danemark, on peut dire aussi qu'il y a quelque chose de pourri au royaume du Canada.

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