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La politique comme religion, ou la dictature de l'opinion

26/07/2013 12:36 EDT | Actualisé 24/09/2013 05:12 EDT

De plus en plus, la politique se polarise. Je dirais même qu'elle se radicalise. Aux États-Unis, les républicains renient la science parce que ce qu'elle affirme ne correspond pas à ce que les membres de ce parti aiment croire. On est dans les croyances. Exit les faits. Les changements climatiques? C'est quoi ça?... La théorie de l'évolution de Darwin? C'est n'importe quoi, on le sait...

Bref, on préfère les illusions climato-sceptiques et créationnistes aux faits.

L'opinion est aussi importante que la réalité.

Au Canada, le Parti conservateur se révèle de plus en plus comme étant contrôlé par l'ex-Reform party (abolition du registre des armes à feu, auto-exclusion du Canada de l'Accord de Kyoto, etc.). Au Québec, le Parti libéral du Québec de Philippe Couillard est devenu le parti de l'abandon des revendications traditionnelles du Québec face à Ottawa. Pour Couillard, il faudrait signer la constitution «au PC». Ailleurs, nous avons Québec solidaire et Option nationale. Québec solidaire, qui se dit souverainiste (...), dit de l'autre côté de la bouche que si le projet de pays n'est pas de gauche, ça ne les intéresse pas. Ils sont prêts à abandonner ce projet progressiste (car oui, faire un pays, libérer un peuple en lui donnant toute son autonomie, c'est un énorme geste progressiste) parce qu'il n'est pas tout à fait à leur main.

Chez Option nationale, on dit que le Parti québécois n'est pas vraiment souverainiste. En effet, malgré les faits qui montre que le PQ fait la promotion de la souveraineté, les membres (plusieurs) d'ON renient cela. Sont-ils mal informés ou endoctrinés par les messages répétitifs d'Aussant qui leur a dit que seul ON est souverainiste? Je trouve que cela est tristement amusant (j'en esquisse un sourire jaune) qu'on ait à dire que le PQ est bel et bien souverainiste...

Les membres d'Option nationale ne sont peut-être pas contents (le seront-ils jamais?...); ils voudraient plus, mais est-ce que vouloir plus est réaliste et respectueux de la marche des Québécois? Il est inutile de tenter de pousser la pilule dans la gorge des gens, ça ne marchera pas. Il y a des timings à considérer; cela s'appelle avoir le sens de l'observation, de l'analyse des faits, des circonstances et ça s'appelle aussi être un brin stratégique et respectueux du peuple. Se «garocher» en bas de la falaise, comme des caribous, n'est pas du tout un acte de bravoure, de détermination, de vertu ou d'intelligence.

Quant à la Coalition avenir Québec, leur radicalisme à eux se situe dans l'opportunisme. François Legault est passé de souverainiste pressé à fédéraliste, et leur programme politique est aussi rigoureux et fiable qu'une promesse d'ivrogne... La CAQ est une coquille vide, et elle tente de vendre sa salade à tout prix.

Je perçois, dans le spectre politique québécois, une tendance «religieuse». J'entends par tendance «religieuse», le fait qu'on préfère se nourrir d'illusions et d'idéologies, plutôt que d'agir avec pragmatisme. Le PLQ, ON, QS et la CAQ sont, ou sont devenus, radicaux, chacun à leur manière.

Vous allez me dire que j'épargne beaucoup le PQ car je suis péquiste. Je répondrai que je suis péquiste parce que j'aime sa modération, son réalisme et sa rigueur.

Bref, je ne défends pas les idées du PQ parce que je suis péquiste; je suis péquiste parce que j'aime l'attitude du PQ. Et cela ne m'empêche pas de critiquer le PQ. Je ne suis pas un «teindu» mais un pragmatique. Des réalistes/pragmatiques, ça existe encore au Québec; ce n'est pas tout le monde qui est partisan au même degré.

Le billet se poursuit après la galerie

Les promesses du PQ


Plusieurs partisans de partis politiques semblent vouloir se magasiner une religion plutôt qu'un parti politique. C'est du tout ou rien et il faut que les égos de chacun soient assouvis à 100%, sinon on n'adhère pas. Le PQ est le bateau qui a le plus de chance (et de loin) de gagner la course, mais les fans (les fanatiques) d'ON (et de QS) tiennent plus à leurs croyances réconfortantes qu'à la réalisation du projet d'indépendance. C'est vide de sens, et dommage.

Oui d'accord, tout est relatif, mais si cela est vrai, la relativité est relative. Et peu importe, les faites demeurent. J'entends déjà les critiques qui vont dire que je ne possède pas le monopole de ce qui est réaliste, mais je préfère être non-politiquement correct et ne pas tomber dans une pseudo-sagesse à cinq cents. Si on continue de penser que toutes les idées se valent, nous allons échouer (pas juste le projet de pays). Il faut sortir de la dictature de l'opinion. Les républicains ont réussi à vendre leur bullshit à 50% du peuple américain en les martelant le discours du type: «J'ai le droit à mon opinion», «Toutes les opinions se valent», etc. La droite libertarienne québécoise a aussi fait son chemin grâce au pouvoir du respect de toutes les opinions. Toutes les opinions ne se valent pas.

La Terre est ronde. Les changements climatiques, ce n'est pas du vent. L'Homme est devenu ce qu'il est par l'évolution; il n'est pas arrivé comme tel grâce à la création de Dieu... Il y a encore des faits. Et on ne s'intéresse plus à l'Histoire. L'Histoire est la gardienne des faits. Qui a dit que si nous ne savons pas d'où nous venons, nous ne saurons pas où s'en aller?

Suggestion: cessez d'être des partis nuisibles à la réalisation d'un super projet et devenez des clubs d'admirateurs, des groupes de thérapie et/ou des sectes, wathever... Pierre Falardeau, dans une entrevue avec Richard Martineau, disait que les partis fédéralistes se délecteraient de la présence de QS (et je rajoute ON), et il se demandait pourquoi ces petits partis étaient des partis politiques plutôt que des mouvements politiques. Bonne question, mon cher Falardeau... Peux-tu éclairer certaines lanternes «d'en-haut»; certains leaders politiques en ont besoin... Ils ressemblent plus à des preachers qu'à des chefs politiques, comme aux États-Unis, ce pays de l'individualisme exacerbé et de l'opinion sanctifiée...

Cessons la banalisation de la division du vote.

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