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L'égocentrisme politique

31/07/2013 11:44 EDT | Actualisé 30/09/2013 05:12 EDT

Ceci est le dernier volet (du moins à court terme) d'une série de trois textes sur les comportements politiques de certains partis et individus au Québec.

Dans le premier texte, je parlais de la «pureté» de certains souverainistes qui se croient «plus souverainistes» que les autres. Dans le second texte, j'écrivais que pour certains, la politique est comme un groupe religieux où même la victoire de leur option politique (comme la souveraineté du Québec) passe après leur doctrine individuelle, au point d'être prêt à voter pour un parti qui aide l'option adverse (le fédéralisme).

Cet individualisme exacerbé m'amène à parler d'égocentrisme politique. En effet, c'est ce qu'on remarque. Plusieurs personnes font passer leur égo avant le collectif. Combien de fois j'ai lu sur les réseaux sociaux et dans des articles de journaux, des gens d'Option nationale et de Québec solidaire (censés être souverainistes) parler au «je» et de leurs «convictions» comme si la politique était un test de pureté. Intéressant aussi de lire ces partisans, et même d'ex-candidats électoraux, sanctifier certains chefs de partis. Ici aussi, on est dans l'égo.

On dirait qu'on veut que le parti politique devienne le canal par lequel passe la quête de sens. Le parti politique n'est pas le bon véhicule pour «trouver sa voie». Chercher un sens à sa vie, vouloir se construire une structure spirituelle, morale, mentale (appelez ça comme vous voulez), ça ne devrait pas se réaliser à travers un parti politique.

Je vote PQ, non pas parce que je suis un fan de Pauline Marois (même si je la trouve qu'elle s'améliore beaucoup), ni parce que je suis d'accord avec tout ce que le PQ fait. Comme je l'ai écrit dans un texte précédent : «Je n'encourage pas le PQ parce que je suis péquiste; je suis péquiste parce que j'appuie l'attitude du PQ», et que c'est le seul véhicule qui peut, à court et moyen terme, nous aider à réaliser le pays. Si c'était un autre parti - ON, QS, CAQ, ou autres - qui était le parti le mieux placé pour créer le pays, je voterais pour ce parti. Et cela, même si des articles de son programme ne feraient pas entièrement mon affaire. Je serais pour ce parti, tant qu'il serait démocrate, inclusif et tolérant.

En réalité, je ne vote pas pour le meilleur parti, je vote pour le moins pire. Et c'est là que je vois une différence entre ma vision et celle des fans d'ON et de QS qui se comportent en idéalistes (pas tous). Il y a une différence aussi entre «avoir des idéaux» et «être un idéaliste», un peu comme il y a une différence entre être islamique et être un islamiste. L'idéaliste ne veut pas faire de compromis. Il a une vision manichéenne de la politique, et probablement de bien d'autres choses dans la vie, et c'est là qu'on revient à l'égocentrisme. L'égocentrique est trop fixé sur sa petite personne pour voir, ou plutôt, pour assimiler les conséquences de plusieurs de ses actes, notamment politiques. Probablement parce qu'il en est incapable. Le parti politique devient comme une partie de son être. Certains semblent attendre que leur parti politique fournisse un sens à leur vie citoyenne ou leur vie tout court. Je préfère me demander ce que je peux faire pour mon parti, plutôt que me demander ce que mon parti peut faire pour moi.

Le rationnel a foutu le camp quand on ne voit plus que l'élection est une tarte qui se divise en plusieurs pointes et que voter pour un parti souverainiste marginal a une conséquence directe sur la division des forces souverainistes. C'est typique de l'égocentrique d'être irrationnel et d'avoir plein d'opinons basées sur rien de concret.

Le parti politique est-il devenu un moyen pour certains de compenser un vide intérieur? La quête de sens est nécessairement égocentrique, au début. On se cherche, on s'observe, on réfléchit et la quête de cette structure morale, de sa personnalité propre est normalement au centre de ce processus. Ensuite, on finit par prendre une distance de soi, afin de se tourner vers l'Autre.

Les psychologues nous disent que c'est à l'adolescence que la personnalité se forme, et ça serait normal que la jeunesse soit égocentrique. Ça serait normal que les adolescents cherchent la reconnaissance chez leurs amis en voulant «être comme eux», «être dans une gang», qui leur ressemble et où «on pense pareil». Puis, on s'en détache pour devenir soi-même. On se distingue et on assume sa différence. Mais des partisans de partis politiques agissent encore comme s'ils se cherchaient une clique qui va les reconnaître.

C'est égocentrique de créer des partis politiques souverainistes qui servent la cause des fédéralistes. C'est égocentrique aussi de refuser de considérer que même si les intentions de ces partis sont bonnes, leurs actions sont nuisibles. Et si le PQ n'est pas «assez souverainiste» pour certains, pourquoi ne l'investissent-ils pas afin de le changer? Plutôt que quitter le bateau, plutôt que bouder? Encore un geste égocentrique?

En terminant, voici un texte d'opinion récent de Victor-Lévy Beaulieu - même si je n'ai pas la même opinion que lui sur le bien-fondé du départ d'Aussant d'Option nationale - dans lequel il parle d'égocentrisme, voire d'égoïsme, en affirmant ceci: «...J'en veux à Jean-Martin Aussant d'avoir choisi trop tard de privilégier son bien-être familial au détriment du bien-être collectif.»

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