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La nouvelle ligne politique du Hamas: continuité extrémiste ou évolution timide?

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Les nouvelles orientations politiques du Hamas

Le Hamas vient de dévoiler un document qui définit ses orientations politiques, mais sans renoncer à sa charte de 1988. Ce nouveau document a été préparé après quatre ans de négociations et de consultations.

Rappelons que le Hamas a pris le contrôle de l'enclave de Gaza en 2007 après avoir battu aux élections législatives de 2006 le Fatah, le groupe rival dirigé par le Président Mahmoud Abbas de l'Autorité palestinienne (AP).

Le document exprime des velléités de rapprochement avec l'AP tout en gommant ses formulations outrancièrement antisémites et son appartenance à l'organisation des Frères musulmans.

Le groupe accepte temporairement l'idée d'un futur État palestinien indépendant dans les frontières de juin 1967 limité à la Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza, y compris le retour des réfugiés palestiniens et de leurs descendants. Mais il ne reconnaît toujours pas à Israël le droit d'exister, car il appelle à «la libération de toute la Palestine historique» et estime que la résistance armée et le jihad sont des moyens légitimes pour atteindre cet objectif. Cependant, cette évolution laisse penser que si un horizon politique s'ouvrait, le groupe pourrait éventuellement se détourner de la résistance armée sans en concéder le droit.

Le document, contrairement à la charte, met moins d'accent sur l'Islam comme dimension fondamentale du mouvement et plus sur la dimension politique. Ainsi, il se définit comme un mouvement national palestinien islamique de libération. Le groupe accepte, à certaines conditions, l'Organisation de Libération de la Palestine comme l'organisation nationale du peuple palestinien. Israël, appelé «l'entité sioniste» est considérée comme un projet colonial et illégal alors que les résolutions de l'ONU sur la création de l'État d'Israël et les négociations et accords de paix entre Israël et l'AP sont considérés comme nuls et non avenus. Au contraire de la charte, le Hamas affirme que son conflit est avec le projet sioniste et non avec les juifs en raison de leur religion.

Le Hamas reconnait les lieux saints musulmans et chrétiens de Jérusalem-Est, mais passe sous silence les lieux saints juifs, en particulier le Mur des lamentations à Jérusalem-Est. Sur ce plan, le Hamas partage la même position que les pays arabes et l'AP.

Il vise également à faire valoir son indépendance vis-à-vis des Frères musulmans, considérés comme ennemis par plusieurs régimes arabes.

Aussi, contrairement à l'État islamique ou le Hezbollah, le Hamas ne cherche pas à étendre ses actes terroristes en dehors d'Israël et de la région.

Pourquoi une nouvelle charte maintenant?

Le Hamas est sous haute pression financière et militaire en raison i) du blocus israélo-égyptien et de la destruction des tunnels souterrains par l'Égypte, surtout, qui sont le conduit principal des échanges extérieurs de Gaza avec le reste du monde, ii) des pressions financières croissantes sur l'Autorité palestinienne (AP) qui applique une baisse des salaires de 30% des fonctionnaires travaillant à Gaza sous l'AP et cesse les paiements pour l'énergie fournie par Israël à Gaza, et iii) de son isolement croissant au sein du monde arabe.

Le Hamas vise à repositionner le groupe comme faisant partie intégrante d'un consensus national palestinien, mais aussi comme interlocuteur capable éventuellement de faire partie d'une solution politique négociée à l'échelle internationale. Son but principal est de se faire mieux accepter par les Palestiniens du Fatah et les pays arabes influents comme l'Égypte, l'Arabie saoudite, la Jordanie ainsi que les pays et mouvements dans le monde qui appuie la cause palestinienne.

En se démarquant de l'organisation des frères musulmans, le Hamas espère s'attirer les bonnes grâces de l'Égypte qui peut lui faire la vie dure militairement et économiquement.

Par ailleurs, en s'alignant sur la position de l'AP sur la reconnaissance d'un état palestinien dans les frontières de 1967, le Hamas espère ainsi affirmer devant l'opinion internationale qu'il est un interlocuteur légitime international.

Le Hamas pourrait-il convaincre?

Les pays occidentaux considèrent le Hamas comme un groupe terroriste, car il refuse de renoncer à la violence, et ne reconnaît ni à Israël le droit d'exister ni les accords de paix israélo-palestiniens existants. Tant que le Hamas ne satisfera pas les pays occidentaux sur ces points, il est peu probable que ces derniers le reconnaissent comme un partenaire acceptable au plan international.

Les États-Unis (EU) ont déjà réagi en indiquant qu'ils considéraient que le Hamas demeurait un groupe terroriste et que son document ne changeait rien. Pareil pour Israël qui y voit une campagne mensongère pour redorer son image.

Le document a été publié à la veille de la récente rencontre entre Trump et Abbas à Washington. On peut y voir une tentative du Hamas de se positionner comme un groupe crédible. Cependant des proches du Fatah critiquent le document affirmant qu'il n'y a rien de nouveau. De son côté, le Hamas critique les récentes déclarations d'Abbas suite à sa rencontre avec Trump déclarant qu'elles ne le lient pas. Il est possible qu'Abbas, accusé de mollesse par Israël, veuille montrer à Trump et Israël qu'il est un leader fort et crédible, capable de punir le Hamas.

Il existe des dissensions internes sérieuses entre la faction pragmatique menée par le nouveau chef du bureau politique du Hamas Ismail Haniyeh et la faction dure proche de l'Iran dont le premier ministre de Gaza, Yahya Sinwar qui s'oppose à la création d'un état palestinien dans les frontières de 1967 et n'exige rien de moins que toute la Palestine historique, y compris Israël.

Les perspectives d'unité entre le Fatah et le Hamas demeurent faibles à court terme à moins que chaque partie ne fasse des compromis importants face aux opportunités offertes par l'initiative de paix de Trump.

Les perspectives d'unité entre le Fatah et le Hamas demeurent faibles à court terme à moins que chaque partie ne fasse des compromis importants face aux opportunités offertes par l'initiative de paix de Trump. Il reste que tant l'AP et Abbas que le Hamas sont fragilisés par des problèmes de crédibilité au plan interne et international.

En conclusion, le Hamas, grâce à ce document et une nouvelle image de marque, pourrait faire des gains politiques surtout au sein du monde arabe et musulman. Mais, pour Israël, les EU et l'Union européenne, le Hamas demeurera un mouvement extrémiste à qui l'on refusera le dialogue officiel, alors que pour certains pays européens, comme la Suède, le dialogue pourrait être engagé plus ouvertement. Dans le cas des mouvements propalestiniens en Occident, le Hamas pourrait devenir aussi légitime que l'AP. Au total, ce document aura accru quelque peu la légitimité du Hamas au plan international. L'avenir nous dira si le Hamas pourra traduire en action son document et faire l'unité avec l'AP. Vu les circonstances, le Hamas n'est pas encore sorti du tunnel, sans jeu de mots.

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