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Transfusion de sens

19/10/2016 10:28 EDT | Actualisé 20/10/2016 09:14 EDT

Comme vous tous, j'ai eu le cœur fendu en quatre quand j'ai lu qu'une femme était morte à la suite d'un accouchement difficile qui aurait nécessité une simple transfusion de sang. Je ne reviendrai pas sur les détails de l'histoire, on les connait tous maintenant, mais j'aimerais élargir la réflexion au rôle moral de l'État.

En effet, à lire les commentaires partout sur internet et ailleurs à propos de cette histoire, il ressort que le gouvernement aurait dû faire quelque chose. Il devrait légiférer pour forcer les Témoins de Jéhovah à recevoir des transfusions sanguines. Il devrait protéger les gens d'eux même, les forcer à prendre de bonnes décisions en toute circonstance. Plusieurs commentateurs ont affirmé la même chose, le très particulier Richard Martineau notamment, et il semble que la solution passerait par le gouvernement. J'en tombe à la renverse après chaque lecture.

Le gouvernement est maintenant vu comme la solution par défaut en cas de crise anecdotique. Portez attention, chaque fois qu'une situation malheureuse survient, le réflexe québécois est de demander une loi pour éviter que ça se produise à nouveau. S'en est fabuleux de voir comment le gouvernement n'est plus qu'un simple outil dans nos vies ; il est maintenant le père spirituel et rassurant qui nous dit que tout ira bien et que ça ne se reproduira plus jamais, promis juré.

La situation actuelle est d'autant plus sensible puisqu'elle touche la liberté religieuse garantie par la Constitution depuis ses tout débuts. La liberté de conscience, c'est apparemment bien beau sur papier, mais en réalité, nous ne sommes pas tellement convaincus de sa validité. Comprenez-moi bien, je suis agnostique depuis ma tendre enfance et j'espère que la pratique religieuse disparaitra un jour. Entretemps, je me battrai vigoureusement pour que cette liberté de pratique reste forte et vivante.

Le gouvernement n'a pas le mandat de protéger les gens contre eux-mêmes.

Au-delà de la question religieuse toutefois, c'est la liberté de faire des mauvais choix qui doit être maintenue. Le gouvernement n'a pas le mandat de protéger les gens contre eux-mêmes. Il est défendable de créer des lois pour limiter les comportements qui ont une influence négative sur les gens qui nous entourent, notamment à propos de la cigarette ou des limites de vitesse. Par contre, quand on considère qu'il devrait être illégal de refuser des soins de santé, on franchit une ligne bien dangereuse.

La liberté de choisir vient avec la responsabilité de faire les bons choix.

On se rappellera qu'à une certaine époque, il était illégal de recevoir un avortement ou d'entretenir une relation homosexuelle. La situation actuelle est différente, mais le risque reste le même : quand l'État se mêle de nos vies privées, il est bien rare qu'on en sorte gagnant.

Profitons donc de cette triste histoire pour se rappeler que nous sommes tous responsables de notre propre sort. Certains diront que jamais ils ne se laisseront berner par une religion et c'est tant mieux. Cependant, fort est à parier que ces mêmes personnes feront appel au gouvernement lorsque l'usine fermera à cause d'un marché difficile, lorsqu'un voisin fera un peu trop de bruit à leur goût ou quand leur choix de vivre en banlieue deviendra trop pénible. La liberté de choisir vient avec la responsabilité de faire les bons choix.

À l'ère d'internet et des réseaux sociaux insensibilisant, cette histoire nous rappelle qu'on a aussi tous une responsabilité quant aux gens qui nous entourent. Cette jeune dame s'est laissée enfermer dans un carcan intellectuel dangereux et sa vie s'est culminée par une mauvaise décision mortelle. Je ne blâmerai pas sa famille et ses amis que je ne connais pas, ce serait trop facile et injuste.

Cependant, dans la vie de tous les jours, il est primordial de s'occuper des gens qu'on aime et les conseiller du mieux qu'on peut. C'est notre rôle à nous, pas celui du gouvernement.

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