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La dilution des minorités chrétiennes d'Orient

10/05/2015 08:32 EDT | Actualisé 10/05/2016 05:12 EDT

Le sort des Chrétiens d'Orient a récemment ému l'opinion publique. Un survol historique permet de prendre conscience de la dilution des communautés chrétiennes d'Orient.

L'Orient fut le berceau du christianisme. Le message du Christ fut propagé par les apôtres et par Saint Paul qui le prêcha aux païens de son temps. C'est ainsi que la foi chrétienne multiplia les adeptes dans l'Empire romain. Durant les premiers siècles de l'EC, les autorités romaines persécutèrent les premiers chrétiens dont les croyances remettaient en question l'autorité et les normes de la société romaine. Ces persécutions prirent fin lorsque l'empereur Constantin légalisa le christianisme en 313 et que l'empereur Théodose en fit la religion officielle de l'empire en 380.

Or, la division de l'Empire romain en Empire d'Orient et Empire d'Occident s'accompagna d'une division théologique qui perdura durant plusieurs siècles, l'Église orthodoxe d'Orient, ne reconnaissant pas l'autorité du pape catholique de Rome, se rattachant à Constantinople ou à Alexandrie. Qui plus est, les débats doctrinaux sur la nature du Christ - humaine, divine ou double - créèrent d'autres divisions qui ont démarqué les confessions chrétiennes d'Orient jusqu'à ce jour: Église arménienne catholique (5,5 millions de fidèles, dont 1,7 million en diaspora); Église égyptienne copte (près de 10 millions d'adeptes en Égypte et 500 000 en diaspora); Église d'Éthiopie (30 millions de fidèles); Église melkite (2 millions); Église chaldéenne dite nestorienne (1 million), Église syriaque orthodoxe (0,34 million d'adeptes, dont 150 000 en diaspora) et Église maronite (2,8 million d'adhérents, dont 650 000 au Liban).

L'invasion arabe au 7e siècle changea le statut des minorités non musulmanes : les Juifs et les Chrétiens, considérés comme peuples du Livre, eurent un statut légal inférieur (dhimmi) accompagné de mesures d'humiliation; les autres croyances ne furent pas tolérées. Il est bon de noter qu'au cours de l'histoire, les souverains appliquèrent le statut de dhimmi parfois souplement, ou parfois très sévèrement.

Constantinople fut le siège de l'Église d'Orient jusqu'à sa conquête par les Turcs en 1453. Les Ottomans étendirent leur pouvoir jusqu'à Vienne en Europe, Aden en Arabie et Alger en Afrique. Au 19e siècle, les populations européennes tentèrent de se libérer de l'emprise ottomane et reçurent un encouragement certain de la part des puissances occidentales prêtes à mettre main basse sur les actifs de «l'homme malade de l'Europe.» La Serbie devint autonome en 1821; la Grèce accéda à l'indépendance en 1830 et l'Algérie fut conquise par la France cette même année.

La remise en question de la domination ottomane donna lieu à de cruelles représailles: 25 000 victimes grecques de l'île de Chio en 1822, 15 000 Chrétiens arabes au Liban en 1860 et 15 000 Slaves des Balkans en 1876. Par la suite, les reculs militaires des Ottomans et la crainte que les Chrétiens - dont certains souhaitaient un statut d'autonomie - ne constituent une cinquième colonne des puissances européennes entraîna une terrible répression de la part des autorités ottomanes : 25 000 Grecs et Assyro-chaldéens furent massacrés par les Jeunes Turcs en 1909 et une guerre d'extermination fit 1,5 million de victimes arméniennes en 1915. Suite au traité de Lausanne en 1923, la Grèce et la Turquie procédèrent à des échanges de population et près d'un demi-million de Grecs périrent au cours de leur exode. En 1901, les Chrétiens représentaient 30% de la population turque et cette proportion est passée à moins de 1% en 2000.

Le nationalisme arabe se retourna également contre les minorités désireuses d'indépendance : Israël et le Kurdistan. Déjà en 1932, la fin du mandat britannique en Irak fut suivie de massacres et d'expulsions de milliers d'Assyro-chaldéens. La population chrétienne d'Irak, qui comptait près d'un million d'âmes il y a dix ans, a été réduite des trois quarts. Par ailleurs, la population juive des pays arabes a diminué de plus de 99%. Partout, sauf en Israël, la population chrétienne d'Orient est en baisse.

Aujourd'hui, de nombreuses puissances rivales se confrontent au Moyen-Orient : la Turquie qui adhère à l'islam sunnite, l'Iran affilié à la mouvance chiite et l'Arabie qui professe un sunnisme rigoureux (le wahhabisme).

En outre, l'imposition universelle de l'islam est l'idéal professé par des groupements tels que les Frères musulmans ou les radicaux d'Al-Qaeda ou de l'État islamique. Ce dernier affiche un islamisme radical: ses ennemis sont les Chiites considérés comme hérétiques, les Sunnites qui n'obéissent pas à la lettre aux prescriptions de sa version rigoriste de l'islam, ainsi que les Chrétiens. Quant aux Yazidis de Haute-Mésopotamie qui professent un syncrétisme religieux distinct des religions monothéistes, ils sont la toute première cible des radicaux de l'Islam.

L'exécution de Coptes et de Chrétiens éthiopiens sur les rivages de Libye est un message direct envoyé à Rome par l'État islamique. Par ailleurs, les Coptes ont été stigmatisés par les Frères musulmans en Égypte en 2011, le pouvoir restant indifférent face aux persécutions qu'ils subissaient. Depuis 2013, la communauté copte a été rassurée suite à l'évincement du pouvoir des Frères musulmans par le président Sissi. Ce dernier a avancé que l'attitude de l'Islam envers les non-musulmans devrait changer.

Les Chrétiens d'Orient ne sont pas les seules victimes des excès des régimes totalitaires. Les minorités sont généralement le bouc émissaire de tels régimes dont la cruauté peut être décuplée au nom du fanatisme religieux. L'appel à la raison et au bon sens ne pourra être entendu au Moyen-Orient que lorsque l'on y prêtera la même attention et le même respect à toutes les ethnies et les croyances.

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