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Les lendemains incertains de la coalition internationale contre l'État islamique

28/09/2014 08:26 EDT | Actualisé 28/11/2014 05:12 EST

Comment expliquer le succès de l'État islamique, alias Da'ech, au Moyen-Orient ? Issu de la mouvance d'Al-Qaïda, ce mouvement s'érige en État islamique de l'Irak en 2007, se renforce en Syrie notamment avec l'arrivée de nombreux djihadistes étrangers, pour devenir l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) en 2013. D'autres djihadistes de Syrie ont préféré de dissocier de cette mouvance et leur faction, Jabhat Al-Nosra reste affiliée à Al-Qaïda depuis 2012.

Lorsque la révolte contre le président Assad a éclaté, beaucoup ont estimé qu'il ne resterait pas longtemps au pouvoir. La crainte du succès de l'alliance d'Assad avec l'Iran chiite a poussé la Turquie puis l'Arabie saoudite à armer et laisser passer les djihadistes de tous bords en Syrie. Pour discréditer les révolutionnaires syriens, Assad a libéré de prison des radicaux islamistes lesquels ont combattu l'opposition syrienne composée de rebelles laïques et de Frères musulmans. Qui plus est, la présence accrue de militants islamistes extrémistes a tiédi l'ardeur des puissances occidentales, les USA notamment, qui ont craint que les armements qu'ils livreraient ne tombent aux mains de ces mêmes radicaux islamistes.

Par ailleurs, les sunnites d'Irak ont subi de nombreuses discriminations de la part du gouvernement irakien majoritairement chiite. Après le retrait américain, ils ont accueilli ces radicaux non pas pour supporter leur cause, mais parce qu'ils ont été les seuls à offrir une opposition armée au gouvernement irakien et à son affidé iranien. Un autre facteur de l'expansion de l'État islamique repose sur sa propagande sophistiquée qui a réussi à embrigader de nombreux musulmans issus de pays musulmans, mais aussi des pays occidentaux.

La capture des puits de pétrole dans la région de Mossoul dans le nord de l'Irak permet à l'État islamique de vendre ce pétrole et à la Syrie et à la Turquie, ce dernier pays important la quasi-totalité de son pétrole de l'étranger. Les demandes de rançon d'otages étrangers et les raids dans les banques de Mossoul ont ajouté près d'un demi-milliard de dollars au butin de l'État islamique. Ce dernier se retrouve avec des avoirs de plus de 2 milliards de dollars, paye ses troupes grassement, lève des taxes dans les régions conquises et se livre à des atrocités sans nom contre les chrétiens ou les Yazidis.

Il est peu probable que des frappes aériennes seules puissent venir à bout de cette armée fanatisée. Le soutien à l'opposition syrienne « modérée » est une des solutions envisagées sinon que cette opposition est morcelée. Une coalition internationale vise à affaiblir l'État islamique en livrant des équipements militaires aux Kurdes du nord de l'Irak. Ceci irrite la Turquie qui a une minorité kurde importante sur son territoire et qui craint la formation d'un Kurdistan regroupant les Kurdes se trouvant en Turquie, en Syrie, en Irak et en Iran. L'Iran aide quand même les Kurdes d'Irak même s'il est exclu de la coalition internationale contre l'État islamique, tout comme c'est le cas pour le régime d'Assad qui pulvérise régulièrement des populations civiles avec des bombes en tonneaux.

À l'heure actuelle, la majorité des pays de la région se sont exprimés contre l'État islamique et beaucoup d'entre eux craignent une influence accrue de l'Iran et des Frères musulmans dans la région. La Turquie demeure réservée, notamment du fait que ce pays veut soutenir en premier lieu les Frères musulmans de Syrie et non pas l'opposition syrienne laïque. La position du Qatar est ambiguë, car ce pays est soupçonné de financer des radicaux islamistes et notamment les Frères musulmans.

Les lendemains sont donc incertains. Quelle que soit l'issue de ce conflit, il est à prévoir qu'il aura des retombées néfastes en dehors du Moyen-Orient étant donné le fanatisme des djihadistes et les moyens d'action que l'État islamique met à leur disposition.

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