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Le post-printemps arabe et l'ambition hégémonique iranienne

07/09/2014 08:23 EDT | Actualisé 07/11/2014 05:12 EST

La conquête du Moyen-Orient par les Arabes au VIIe siècle s'est accompagnée d'une islamisation intensive des pays conquis. Toutefois, la Perse islamisée définit une version différente de l'islam soit la dimension chiite laquelle se distancie de l'islam majoritaire des Arabes : le sunnisme. Alors que les Sunnites considèrent Mahomet comme le dernier des prophètes, les Chiites attendent l'arrivée d'un douzième imam, le Mahdi.

Historiquement, l'Irak a été un territoire revendiqué par les Perses et par les Ottomans entre les XVIe et le XXe siècle. Ainsi, Bagdad changea trois fois de main entre 1508 et 1638 avant de revenir à l'Empire ottoman. Néanmoins, des lieux saints chiites importants se trouvent en Irak et les pèlerins iraniens y ont toujours été nombreux. Au lendemain de la Première Guerre mondiale et suite aux accords Sikses-Picot, l'Empire ottoman fut démantelé et le Moyen-Orient fut découpé en zones d'influences française et anglaise. Les états nations nouvellement créés tout comme la Syrie et l'Irak ont maintenu une identité nationale apparente aussi longtemps qu'ils ont été régis par des dictateurs. Le printemps arabe a été une révolte contre les dictatures et depuis, la cohésion nationale semble avoir perdu de sa force dans ces pays, tout comme ce fut le cas lorsque la Yougoslavie se démembra en sous-états après la fin de la dictature communiste. La chute des régimes arabes traditionnels a incité les puissances impériales du passé que sont aujourd'hui la Turquie et l'Iran à étendre leur influence sur la région.

Dans les faits, l'Irak est fragmenté en régions kurde, sunnite et chiite. L'Iran appuie les Chiites qui sont majoritaires en Irak et soutient totalement le régime dictatorial d'Assad en Syrie. L'Iran a surarmé des milices du Hezbollah au Liban et du Hamas à Gaza et cherche à déstabiliser les états du Golfe dans lesquels la population chiite est importante, au grand désarroi de l'Arabie saoudite majoritairement sunnite. Durant l'occupation américaine, les Sunnites d'Irak ont perdu la prédominance politique et militaire qui a prévalu sous le régime de Saddam Hussein. Malgré cela, ils ont fini par combattre avec succès les forces d'Al-Qaida. Or, le premier ministre irakien Al-Maliki, chiite, a neutralisé l'influence politique et militaire des Sunnites et réprimé durement les protestations des Sunnites de Ramadi et Falluja. Aussi, les Sunnites qui craignent la menace iranienne ont laissé s'affirmer des tendances djihadistes tout comme l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL), d'autant plus que le départ des Américains d'Irak les a privés d'une protection réelle. Certains états du Golfe et même la Turquie ont encouragé cette opposition à l'influence iranienne. De plus, depuis que l'EIIL s'est emparé de puits de pétrole, le pétrole contrôlé par l'EIIL transite via la Turquie à raison de plus d'un million de dollars par jour. L'ennemi traditionnel de l'Iran qu'est l'Arabie saoudite redoute cependant les radicaux de l'EIIL.

Or, l'EIIL grogne des territoires en Syrie même et jusqu'à la frontière libanaise, détruisant au passage des lieux saints chiites tels que la tombe de Zaynab fille du calife Ali et menaçant ceux de Najaf, Karbala et Samarra abritant respectivement les tombeaux d'Ali, de Hussain, d'Al-Hadi et d'Al-Askari, qui font partie des onze imams chiites révélés. Une conscription de volontaires iraniens pour défendre les lieux saints chiites d'Irak est cependant en cours. L'Iran a également dépêché des forces spéciales d'Al-Quds en Irak. Aussi étrange que cela puisse paraître, l'Iran souhaite une intervention américaine plus musclée contre l'EIIL (Islamic Republic News Agency, June 17, 2014). Des déclarations contraires émanant d'autres autorités iraniennes telles que Ali Shamkhani qui préside le conseil suprême de sécurité nationale iranien sont la preuve que sur ce sujet, les opinions sont partagées en Iran.

Les alliés traditionnels des États-Unis sont désillusionnés par les politiques d'Obama : pari sur un hypothétique « islamisme modéré », abandon du président Moubarak d'Égypte, appui au régime des Frères musulmans en Égypte, rapprochement apparent avec l'Iran, insistance sur une médiation par les principaux soutiens du Hamas - le Qatar et la Turquie - durant le conflit de Gaza durant l'été 2014, évacuation des forces américaines en Irak ouvrant la voie au chaos actuel... En arrière-plan, la menace nucléaire iranienne n'a pas disparu : les accords définitifs sur le nucléaire iranien entre les 5 +1 et l'Iran prévu pour le 18 juillet ont été reportés. Il est fort probable que l'Iran veuille mettre dans la balance la consolidation de ses influences au Proche-Orient.

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