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À la recherche du jardin d’Éden: l’hypothèse de Dilmoun

Notre intérêt se portera sur l’emplacement possible du Jardin d’Éden.

11/02/2018 08:00 EST | Actualisé 12/02/2018 09:50 EST
Wikipedia Commons

Le passage classique du jardin d'Éden dans le livre de la Genèse (2-7 à 3-24) a fait l'objet de nombreuses études exégétiques et scientifiques. Depuis le XIXe siècle, les découvertes archéologiques en Mésopotamie et les déchiffrements des nombreuses tablettes cunéiformes qui suivirent ont frappé l'imagination des connaisseurs de la Bible. En effet, il existe de nombreuses similarités entre différents récits de la Genèse et les épopées sumériennes, babyloniennes et assyriennes tels, par exemple, les récits de la Création, et celui du Déluge. Les récits des civilisations mésopotamiennes divergent fondamentalement de la Bible sur deux aspects principaux: d'une part, le YHWH-Élohim biblique est omnipotent et parle avec une seule voix tandis que les dieux sumériens sont en constantes luttes entre eux, étant eux-mêmes en proie à des passions et des faiblesses humaines; de l'autre, la morale biblique ou la leçon morale qui ne trouve guère d'équivalent dans les récits sumériens.

Nous n'ouvrirons pas le débat classique: qui a inspiré qui? En effet, les écrits sumériens relatifs à la Création sont antérieurs aux Patriarches bibliques. Ces écrits sont fragmentés et certains remontent à il y a de cela près de 4700 ans (les premiers écrits humains datent de près de 5500 ans) et réapparaissent plus tard sous forme d'épopées complètes dans les versions assyriennes, babyloniennes, hittites et cananéennes. Quant au corpus biblique, il fut probablement compilé par récits, ainsi que le laisse deviner l'expression «ceci est le livre de l'histoire des générations» (Genèse 5-1); il se base également sur des traditions nationales, tel que le laisse entendre le début du psaume 78: «Écoute mon peuple, ma Torah, tendez vos oreilles aux dires de ma bouche ... que nous avons entendus et pénétrés, que nos pères nous ont racontés».

Notre intérêt se portera sur l'emplacement possible du Jardin d'Éden. En effet, certains thèmes se retrouvent autant dans les récits sumériens que dans le récit de la Genèse et nous retiendrons ceux qui font allusion de façon directe ou indirecte au jardin d'Éden.

La première hypothèse se base essentiellement sur le fait que l'idyllique Dilmoun des écrits sumériens rappelle par certains de ses attributs le Jardin d'Éden. La seconde est fondée sur une certaine similitude qui prévaut entre la convergence du Tigre, de l'Euphrate et de deux vallées aujourd'hui desséchées au nord du golfe Persique, et la mention dans la Genèse à l'effet que quatre fleuves dont le Tigre et l'Euphrate se recoupent au Jardin d'Éden. La troisième établit une corrélation entre le récit de la Genèse, la description du Jardin d'Élohim par Ézéchiel de même qu'avec les mythes sumériens et cananéo-phéniciens. L'on se trouve alors confronté à une théorie de l'emplacement du Jardin d'Éden à l'Est, à l'Ouest, au Sud et plus au Nord dans des lieux souterrains ! Ces théories seront passées en revue et une nouvelle hypothèse sera émise.

L'hypothèse de Dilmoun

La théorie à l'effet que le Jardin d'Éden se trouve à l'Est, tient compte de la mention de la Genèse "à l'Orient" (Genèse 2-8) et de la corrélation avec le pays de Dilmoun. Dans le poème sumérien d'Enki et Ninhursag, le pays de Dilmoun est présenté comme un pays idéal. Le dieu Enki y a ordonné à Utu roi du soleil de faire sortir l'eau de la terre et de l'irriguer. De même dans la Bible, la terre est arrosée après qu'il y ait eu évaporation sous l'effet du soleil: "une vapeur s'élève du sol, elle arrose toute la face du sol" (Genèse 2-6). Dilmoun est localisé au pays où le soleil se lève. C'est une terre où le vieil homme ne dit pas "je suis un vieil homme" allusion possible à l'immortalité, thème que nous retrouvons dans le récit du jardin d'Éden (Genèse 3-22 à 3-24). De plus, c'est à Dilmoun que la déesse Ninhursag donne naissance à huit nouveaux enfants en neuf jours seulement en accouchant sans douleur. Pourrait-on faire le rapprochement avec le fait que l'enfantement sans douleur existait avant l'expulsion du Jardin d'Éden (Genèse 3-17)?

Certaines des tablettes sumériennes mentionnent que des bateaux sortent de Dilmoun pour transporter le bois comme tribut des terres étrangères. Aujourd'hui, les chercheurs s'entendent pour situer Dilmoun à Bahreïn dans le golfe Persique. Cependant, le héros sumérien du Déluge est transplanté par les dieux à Dilmoun, "la place où le soleil se lève", ce qui avait porté le sumérologue Samuel Noah Kramer à placer Dilmoun bien plus à l'Est, dans la vallée de l'Indus. Selon l'un des récits sumériens, Dilmoun est également l'endroit où le Noé sumérien aurait vécu après avoir accédé à l'immortalité, et ceci semblerait correspondre à la sensation de bien-être que l'on a conféré à Dilmoun.

Cette hypothèse recoupe celle formulée par D. T. Potts (Potts Daniel T. , "Dilmun, le paradis et la transgression flandrienne", Recueil des travaux de l'Association des études du Proche Orient Ancien, Université de Montréal, Volume 5, pp 21-27, 1996.), pour qui la montée des eaux entre les Xe et VIe millénaires (la transgression flandrienne) qui aurait suivi la dernière période de glaciation au XVIe millénaire - serait à l'origine de la submersion de la dépression du golfe Persique, dépression qui fut autrefois une vallée fertile baignée par le Tigre et l'Euphrate. La montée des eaux aurait épargné le Mont Dilmoun et quelques îlots à l'Est de l'Arabie. Ainsi, l'arche de Ziousdra, Noé sumérien, aurait accosté à Dilmoun. Par ailleurs, les dizaines de milliers de tombes épargnées par les eaux – encore visibles aujourd'hui - pourraient avoir contribué à la croyance en l'immortalité en ce site particulier.

Toutefois, cette hypothèse ignore d'autres détails géographiques mentionnés dans la Bible et notamment le fait que le Jardin d'Éden se trouverait à la confluence de quatre fleuves.

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