LES BLOGUES

Entre l’Empire iranien et Califat islamique

Il devient légitime de se demander : que valent les accords avec des pays dirigés par des idéologies radicales?

27/08/2017 08:00 EDT | Actualisé 27/08/2017 08:00 EDT
STRINGER Iraq / Reuters
Quelle différence existe-t-il entre le Califat islamique et la République islamique d'Iran ?

L'ancien secrétaire d'État à la Maison-Blanche Henry Kissinger a récemment déclaré: « Si le territoire contrôlé par l'État islamique tombe aux mains des Gardes révolutionnaires iraniens, cela permettrait une continuité territoriale iranienne allant de Beyrouth à Téhéran. Cela pourrait inaugurer l'émergence d'un Empire iranien radical. »

Il est facile de reconnaître la signature de Kissinger qui a fait de l'équilibre des puissances et du maintien du statu quo sa ligne politique durant la guerre froide, ce qui a amené à la Détente. Kissinger insinue : pourquoi ne pas laisser l'Iran combattre l'État islamique ? Ce cynisme permettrait au monde de souffler. D'ailleurs, lors de la guerre irako-iranienne, des armes étaient fournies aux deux adversaires. En parallèle, Kissinger propose de renouer avec la Russie tout en étant conscient de la seconde superpuissance émergente : la Chine.

L'idéologie avant le bon sens

Quelle différence existe-t-il entre le Califat islamique et la République islamique d'Iran ? Tous deux désirent une domination mondiale de l'islam sous leur houlette : par le calife Abou Bakr al-Baghdadi's de l'État islamique ou par le Guide suprême iranien l'ayatollah Ali Khamenei. Ce dernier aurait déclaré être le leader suprême de tout le monde à titre d'imam.

Selon lui, l'humanité et la compassion ne sont rien d'autre que des signes de faiblesse.

L'État islamique se considère comme un état supranational. Il ne recule devant rien pour pratiquer un islam rigide basé sur une lecture crue et littérale du Coran. Selon lui, l'humanité et la compassion ne sont rien d'autre que des signes de faiblesse. Il a néanmoins réussi à persuader des dizaines de milliers de combattants pour les rallier à sa cause. Horrifié par les tueries gratuites et l'esclavagisme sexuel, le monde civilisé a réagi pour le combattre.

L'État iranien est plus subtil, mais ses fins sont les mêmes. Les milices et mercenaires chiites contrôlées par l'Iran ont attaqué systématiquement les sunnites de Bagdad et du reste de l'Irak, poussant ces derniers à trouver refuge dans l'État islamique, d'autant plus que le départ des troupes américaines les a rendus plus que jamais vulnérables. En Irak, l'Iran attend que l'État islamique tombe pour prendre sa place et maintenir son emprise sur le pays.

Pour ne pas avoir à partager le pouvoir et maintenir sa dictature, le président syrien Bachar Al-Assad a fait fi des considérations d'ordre humanitaire. Sous prétexte de lutte contre le terrorisme, les massacres continuent sous la baguette du chef d'orchestre iranien. C'est ainsi que des troupes chiites libanaises, pakistanaises et afghanes ont été armées par l'Iran pour faire un nettoyage ethnique des lieux occupés par les sunnites ou les détruisant tout simplement pour s'assurer que leurs habitants n'y reviendront pas.

Au Liban, le gouvernement actuel danse au son de la flûte iranienne. L'Iran lui a imposé son président. Les populations chrétienne et sunnite sont mises en danger du fait que le Hezbollah qui agit en dehors du gouvernement a été armé par l'Iran qui a mis entre ses mains plus de 120 000 missiles pointés sur Israël.

Il devient légitime de se demander : que valent les accords avec des pays dirigés par des idéologies radicales ?

L'État islamique suit à la lettre les ordres de son calife autoproclamé. Les dirigeants iraniens ont une idéologie expansionniste qui fait l'apologie du martyre. Il devient légitime de se demander : que valent les accords avec des pays dirigés par des idéologies radicales ?

Le pari de normalisation de l'Iran d'Obama

En Iran même, le régime des mullahs iranien est loin d'être populaire. Il contrôle le processus électoral, car les candidats doivent avoir son approbation. En outre, il dispose d'une force militaire indépendante, les Gardes révolutionnaires et un budget discrétionnaire de plus de cent milliards. Alors même que le président américain précédant Obama donnait des leçons de démocratie à l'Égypte pour exiger le départ du président Moubarak, il a longtemps refusé de condamner le président syrien en précisant que ce dernier serait prêt à opérer un tournant démocratique qui n'a jamais été appliqué. Lors de la révolution populaire en Iran en 2009, Obama s'est tout simplement tu.

Qui plus est, le régime des mullahs a été légitimé par l'accord des 5 +1 sur le nucléaire. Alors même que les foules iraniennes scandaient « Mort à l'Amérique! », le président Obama a mis fin aux sanctions et libéré une centaine de milliards. Même le parlement iranien a récemment voté aux cris de « Mort à l'Amérique » la libération de nouveaux crédits militaires pour son programme de missiles balistiques.

Dans un autre ordre d'idées, la Corée du Nord est dirigée par un staliniste dur qui veut être vénéré par le culte aveugle de sa personnalité. Ce pays est très présent en Iran : les missiles iraniens reprennent des designs nord-coréens. Aujourd'hui, les sanctions d'un milliard de dollars votées contre la Corée du Nord ne représentent rien à côté des budgets libérés par Obama à l'Iran et qui peuvent trouver leur chemin pour défaire les sanctions contre la Corée du Nord.

De la même façon que les ententes passées avec la Corée du Nord ont été violées, l'Iran a menti plusieurs fois au sujet de ses centrales nucléaires avant de recevoir carte blanche pour développer dans dix ans ses technologies nucléaires sans entrave. De toute évidence, le pari d'Obama d'une modération de l'Iran au Proche-Orient en contrepartie de l'entente des 5+1 et de l'Iran sur le nucléaire est un échec : les milices et mercenaires chiites de l'Iran se chargent de perpétuer la déstabilisation de la région. Par ailleurs, l'Iran construit une usine de fabrication de missiles à longue portée au nord-ouest de la Syrie.

La situation actuelle est des plus sensibles

Le manque de coordination des grandes puissances laisse la situation s'envenimer. Les conséquences pourraient être désastreuses - et pas seulement au Proche-Orient - et mettre en péril la civilisation. Les grandes puissances doivent aller au-delà de leur différend actuel : elles peuvent et doivent développer une stratégie commune en prévision de l'après-État islamique. Le plus tôt sera le mieux.

LIRE AUSSI
»
BLOGUE La question kurde refait surface
» BLOGUE Trump : une présidence en zigzag
» BLOGUE Le statut de Sainte-Sophie remis en question