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L'homme qui pardonne à son ex

17/02/2017 09:28 EST | Actualisé 17/02/2017 09:28 EST

Je vous ai promis une série de sept récits pour illustrer l'accompagnement d'un proche en fin de vie. Aujourd'hui, nous en sommes au quatrième récit des sept. Le premier, vous vous souvenez, était au sujet du gagnant de la loterie, puis c'était la tante à la jaunisse et finalement, la main électrique.

C'est ainsi que je vous introduis dans le monde peu connu : celui de la dialyse. Des patients viennent de trois à quatre fois par semaine suivre un traitement pour nettoyer leur sang. Parce que leurs reins ne suffisent plus à éliminer l'eau, les déchets et les toxines de leur système. Pendant trois, quatre et même parfois, cinq heures, ils sont branchés à une machine qui traite leur sang. Ce traitement est exigeant sur le corps entier. Plusieurs personnes m'ont dit à quel point ils ressentaient une grande fatigue après leur session.

Vous êtes sans doute étonné que j'inclue l'accompagnement en fin de vie à cette clientèle qui fréquente les centres de dialyse. Certes, si l'on définit catégoriquement la fin de vie comme étant les derniers moments, les derniers jours, les dernières heures... avant le décès, mon récit n'est pas adéquat. Seulement, j'élargis cette définition pour les besoins de la cause, car ces êtres humains ont une espérance de vie moyenne de plus ou moins cinq ans. Si bien que si cette personne n'a que deux ans à vivre sans même le savoir préalablement, le sens de sa vie change radicalement ! Et de multiples questions surgissent.

Le questionnement majeur est, bien sûr, celui d'être maintenu artificiellement en santé par une machine... L'éthique morale et religieuse est grandement sollicitée par les personnes vivant ce traitement. Et cela donne lieu à des conversations non moins profondes... Des questions comme : « Est-ce que je fais bien d'accepter ce traitement ? » « Qu'arrive-t-il si je cesse le traitement ? Comment puis-je être utile, attaché à cette machine ? Quelle sorte de maman, je fais avec tout ce temps passé ici ? Arrêter le traitement est-il considéré comme un suicide ? » Comme vous le constatez, le questionnement est existentiel et capital dans leur cheminement spirituel. La culpabilité apparaît clairement quand la question s'adresse à leur comportement devant Dieu. Est-ce que Dieu m'acceptera dans son paradis si je cesse le traitement ?

Durant le traitement, on a le temps de penser, de jongler, de s'ennuyer...et d'en vouloir au monde entier !

D'entrée de jeu, les personnes qui sont en dialyse l'ont choisie. Car elles peuvent refuser. Ce n'est pas simple de prendre une telle décision, je vous l'accorde, car tout être humain a le goût de choisir la vie ! Cependant quand on choisit le traitement, l'on choisit également une vie différente de celle que l'on vivait auparavant. Et cela n'est pas nécessairement intégré avant même de débuter le traitement.

Je vous fais part, ici, d'une expérience où l'être humain se sent dans une démarche de pardon, comme tout naturellement. Vous constaterez comment cela est subtil, parfois. Et la subtilité n'est pas dans le processus, mais dans le transfert que monsieur manifeste à mon endroit.

L'homme qui s'est réconcilié avec son ex...

Je rencontre un homme, en traitement déjà depuis un certain temps, nous nous apprivoisons doucement. Les premiers contacts furent brefs et teintés d'une certaine ironie. Comme de commenter :

« C'est nouveau, des femmes en soins spirituels ?! »

« Vous venez ici pour jaser ?! »

Puis, au fil de mes présences sur l'unité, monsieur devenait curieux. Je m'assois auprès de lui. Je le sens intimidé, car il fait le fanfaron. Il parle comme un moulin à paroles. Puis, il devient silencieux. L'inconfort est palpable.

« Qu'avez-vous à me dire ? », me lance-t-il d'un ton méprisant. Moi, de lui répondre :

« Rien. Je n'ai rien à dire, je suis là pour vous écouter. »

« Bon, vous n'avez pas assez entendu ? Je n'ai plus rien à vous dire. »

Je repars en le saluant.

Les rencontres suivantes ont été marquantes. Monsieur avait été blessé et sa façon de gérer la situation était de cumuler les aventures amoureuses. Sa conjointe de longue date, qu'il avait laissée, était entrée en relation avec un autre homme et monsieur n'acceptait pas qu'il en soit ainsi. Il lui en voulait. Il lui reprochait de prendre les mêmes moyens que lui pour faire souffrir celle qu'il n'a jamais cessé d'aimer. Ceci n'était que la trame de son scénario intérieur, car madame n'avait pas ce désir de séduction massive.

J'ai très vite senti que nos rencontres mettaient en scène cette rupture inachevée. Son ex devenait le bouc émissaire des malheurs de sa vie. Ma présence lui donnait l'occasion d'apprivoiser ce qu'il maintenait à distance, c'est-à-dire, lui-même. La rupture n'était qu'un prétexte pour aller plus loin dans sa guérison intérieure. Il a donc réalisé que son ex-conjointe méritait des excuses pour avoir été malmenée. Et il a pris les moyens pour lui en faire part. Le but de nos rencontres subséquentes était centré sur son besoin de reconnaissance et son identité de bonne personne malgré la colère et le ressentiment refoulés.

Le pardon est un processus. Et avant de pardonner à l'autre, il est primordial de reconnaître qu'il existe en nous, une part de bonté et de sollicitude qui n'est pas exclusive aux autres ! Au contraire, nous avons souvent besoin de nous connecter à notre propre bonté et réaliser qu'elle est là POUR NOUS aussi !

Alors comment pouvez-vous aider un proche dans une situation de pardon? Malgré la complexité de toute situation, la première étape est de vous connecter à votre BONTÉ ! Ce n'est pas toujours simple, mais rappelez-vous c'est POSSIBLE! L'hospitalité intérieure favorise des miracles dans l'Être !

Si vous désirez réagir à cet article par un commentaire, je suis toujours heureuse de vous lire.

Spirituellement vôtre,

Danielle,

Professionnelle du deuil

www.danielle-brabant.com

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