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L’imagination créative du ministre Gaétan Barette

C’est l’échec d’un ministre qui a eu trop longtemps, seul, les deux mains sur le volant.

03/11/2017 09:00 EDT | Actualisé 03/11/2017 09:59 EDT
vm via Getty Images

Grâce à l'imagination créative du ministre Gaétan Barette et de celle de M. Louis Godin président de la FMOQ, 600 000 personnes pourraient être jumelés à des milliers de médecins de famille d'ici la fin de l'année et, alors seulement, ils atteindraient leur objectif d'inscrire 85 % de la population du Québec à un médecin de famille.

Pour y arriver, ils ont convenu d'utiliser une nouvelle méthode qui permettra de jumeler « administrativement » des patients et des blocs de patients dits orphelins à des médecins de famille.

Ce blitz d'inscription ciblera majoritairement une clientèle adulte âgée de 18 à 49 ans et, après avoir affirmé que ce segment de la population est généralement en bonne santé, l'examen médical post-inscription est supprimé pour tous, peu importe l'âge.

Alors qu'hier, cette première visite « prise de contact et bilan de santé » était essentielle pour confirmer le début d'une véritable relation de prise en charge du patient par son nouveau médecin, aujourd'hui, elle ne serait plus cliniquement pertinente et messieurs Barette et Godin l'abolissent.

Aucune étude gouvernementale ne traite de la pertinence des services médicaux offerts au Québec et l'argumentaire sur la non-pertinence de cet examen n'est pas convaincant.

Aucune étude gouvernementale ne traite de la pertinence des services médicaux offerts au Québec et l'argumentaire sur la non-pertinence de cet examen n'est pas convaincant. Actuellement, 3,4 millions de personnes âgées de 18 à 49 ans consomment environ 30 % des examens médicaux offerts en cabinet. Si seulement 5 % des examens en cabinet n'étaient pas pertinents, nous dégagerions une économie de 25 M$ par année seulement chez les médecins de famille, selon les données la RAMQ pour l'année 2015. À ce compte, qu'attend-on pour étudier cette question fondamentale soulevée par le ministre de la Santé et le président du syndicat des médecins de famille?

La nouvelle méthode retenue soulève d'autres questions.

La première, puisqu'il n'y a plus l'obligation d'offrir un examen aux nouveaux patients inscrits et que cette obligation avait été monnayée pour inciter les médecins à offrir ce service, abolira-t-on la prime annuelle d'inscription générale? Cette prime inutile a coûté 56 M$ en 2015.

La seconde, pourquoi distribuer administrativement un médecin de famille seulement aux personnes inscrites au guichet d'accès et à celles qui perdront leur médecin, alors que 1,7 million de Québécois n'en ont pas? La question se pose puisque, selon le ministre Barette, il y aurait suffisamment de médecins au Québec pour que chaque Québécois soit pris en charge par un médecin de famille. Le problème affirmait-il, statistiques à l'appui, en était un de productivité puisque la moitié des médecins de famille ne travaillerait pas à temps plein.

C'est l'échec d'un ministre qui a eu trop longtemps, seul, les deux mains sur le volant.

Or, depuis le début de son règne, la productivité globale des médecins n'a pas augmenté. Et aujourd'hui, en moyenne les médecins de famille ne consacrent pas beaucoup plus d'heures à la prise en charge des patients qu'ils ne le faisaient au moment où le ministre est entré en fonction. Les temps d'attente aux urgences n'ont pas diminué pour les patients ambulatoires qui représentent la majorité des patients en attente de services et ils demeurent beaucoup trop élevés pour tous les patients y compris ceux sur civière malgré une amélioration de la situation. C'est l'échec d'un ministre qui a eu trop longtemps, seul, les deux mains sur le volant.

Et malgré ce bilan, le gouvernement a conclu une entente avec le syndicat des médecins de famille dont on sait très peu de choses sinon qu'elle va coûter plus d'un milliard de dollars aux contribuables. Une autre entente irresponsable sans garantie d'amélioration de l'accessibilité aux services médicaux. L'opacité malsaine entourant le contenu des ententes négociées avec les syndicats des médecins perdure. Devrons-nous attendre un second examen complet majeur de la vérificatrice générale pour en saisir toute la portée?

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