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«Selfies» de Jussi Adler-Olsen

25/06/2017 08:12 EDT | Actualisé 25/06/2017 08:12 EDT

Ce n'est pas facile de se faire un nom dans le marché local du polar, alors imaginez un peu au niveau international. C'est pourtant ce qu'aura réussi l'auteur danois Jussi Adler-Olsen avec les enquêtes du département V. Selfies est la septième aventure d'une série devenue irrésistible.

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La mort violente d'une vieille dame intrigue le département V, car elle est en tout point semblable à l'assassinat non résolu d'une institutrice quelques années plus tôt. Rapidement, Mock et Assad dirigent leur regard vers la famille Zimmerman, la mère, ainsi que sa fille Denise, auxquelles l'ainée s'apparente. Mais alors que leur enquête progresse, tout dérape. Une tueuse semble avoir pris Denise et ses amies pour cible. Ils auraient bien besoin de la perspicacité de Rose pour les aider, mais celle-ci, en pleine psychose, a disparu. Les policiers vont découvrir avec horreur que tout est lié. Leur coéquipière est prisonnière du cyclone qui déferle sur Copenhague.

Il y a dans les polars de Jussi Adler-Olsen quelque chose de fascinant. Ce sont pourtant tous des romans classiques de procédure policière, relevant donc de la plus ancienne facture du roman de genre. La psychologie de ses personnages est soignée à l'extrême. La trame principale est entrecoupée d'intrigues secondaires.

Chez Adler-Olsen on ne sent ni l'effort ni la sueur, que le plaisir et l'amusement que procurent ses histoires.

Toute forme d'art est une mécanique subtile que seuls les plus grands artistes parviennent à conjurer. Chez Adler-Olsen on ne sent ni l'effort ni la sueur, que le plaisir et l'amusement que procurent ses histoires.

L'auteur danois parvient à dresser un portrait vibrant de sa société. Denise et ses jeunes amies, par exemple, n'expriment rien de plus qu'une existence sous le joug du cynisme, une indifférence marquée envers leur propre ignorance. Par extension, ils mettent en évidence un monde devenu bien complexe, qui ne permet plus à l'individu moyen de fonctionner autrement que par raccourci. C'est exactement pour ce qu'elles représentent que le tueur va décider de les abattre.

Elles ne sont que d'élégants parasites pour l'assistante sociale Anne-Line Svendsen, qui les reçoit à son bureau, du haut de son caractère aigri, incapable de percevoir que sous le maquillage et les talons hauts, ces femmes frivoles ne font que dissimuler un manque de confiance et une grandissante fragilité.

À la vanité de ces femmes assassinées répond l'égocentrisme de la tueuse qui s'octroie le privilège de débarrasser le Danemark de ces éléments parasitaires!

De la même façon, la psychose meurtrière de la fonctionnaire fait écho aux troubles mentaux de Rose, l'autre membre du département V, qu'une grave crise mène au bord du gouffre.

L'adresse avec laquelle Jussi Adler-Olsen parvient à imbriquer les divers éléments qui nourrissent l'histoire, pour n'en faire qu'une, rend admiratif.

Le roman du danois n'est pas pour autant à l'abri de petits défauts de fabrication -- « hasards » littéraires et autres invraisemblances --, mais puisque l'auteur ne cherche pas à les fondre sous le verbiage, ces extravagances rendent le roman plus distrayant!

Selfies de Jussi Adler-Olsen redonne à la série du département V une vitesse de croisière que le roman précédent avait modérée. On y retrouve cet équilibre parfait entre la narration, la description, le dialogue et l'action, propre à cet auteur. Un idéal de beauté qui pourrait s'apparenter à une recette, mais sublime!

Un roman plus que solide d'un Jussi en pleine possession d'une œuvre qui ressemble à s'y méprendre à un petit empire littéraire!

Sur les tablettes

Moissons Sanglantes, de Peter Robinson (Éditions Albin Michel).

La nouvelle chef de la police du Yorkshire ayant placé la sécurité des campagnes au sommet de ses priorités, Alan Banks et les flics de la Criminelle sont sommés d'élucider au plus vite un simple vol de tracteur! Mais cette affaire banale en cache peut-être une autre. Alors que deux garçons d'un village voisin sont portés disparus, un promeneur découvre non loin de là une flaque de sang suspecte dans un hangar désaffecté.

Un cadavre décapité, une jeune fille inquiétée par un faux policier, un accident de la route aux macabres révélations... l'enquête de routine bascule brutalement dans une dangereuse course contre la montre, contre la mort.

Portrait de groupe avec parapluie de Violette Cabesos (Éditions Albin Michel).
Marthe Bothorel, soixante-dix ans, s'est prise de passion sur le tard pour l'histoire de l'art : de musées en cours de dessin, l'autodidacte plonge dans un monde qui la fascine. Un dimanche, lors d'un concours de peintres amateurs, elle découvre le corps d'une femme assassinée selon un rituel aussi macabre que spectaculaire. Le premier d'une longue série... En compagnie de deux autres mamies aussi déjantées qu'elle et d'un policier mélomane, Marthe décide de démasquer le talentueux tueur!

Jussi Adler-Olsen, Selfies, Éditions Albin Michel. Traduit du danois par Carline Berg (Selfies, 2016). Avril 2017. 619 pages.

LIRE AUSSI:

» Où le soleil s'éteint, de Jacques Côté

» Philip Kerr et Les Pièges de l'exil: la nostalgie, et après?

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