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Polars en double: <em>La Ferme</em> de Tom Rob Smith et <em>Une main encombrante</em> de Henning Mankell

23/11/2014 08:29 EST | Actualisé 23/01/2015 05:12 EST

En 2012, Henning Mankell affirmait qu'il n'y aurait plus d'autres enquêtes de Kurt Wallander. Il a menti!

Pieux mensonge puisqu'il nous revient maintenant avec Une main encombrante, un court roman hors chronologie, c'est-à-dire qu'il se déroule dans le passé de l'enquêteur. Nous sommes en 2002. Hypocondriaque, harassé par le travail et ennuyé par la vie, Wallander souhaite acheter une maison à la campagne pour s'y reposer, enfin.

« Je voudrais me mettre en congé de moi-même. »

style="float: Lorsqu'un collègue lui apprend qu'il vend la maison de campagne de son beau-père, souffrant d'Alzheimer, Kurt Wallander se rend sur place pour visiter les lieux, écouter le bruit de l'océan et humer les odeurs du large. Mais voilà qu'il trébuche dans le jardin mal entretenu et découvre... qu'il s'agit d'une main qui sort de terre. La maison de rêve vient subitement de prendre les apparences d'une scène de crime!

Il lui faudra une patience infinie pour remonter aux origines du meurtre qui date de plus de 50 ans. Pour le reste, c'est du Henning Mankell, du Wallander comme on l'a toujours aimé. Des retrouvailles trop brèves, qui, cette fois, sonne le glas du personnage. Kurt est bourru et patibulaire, ses intuitions sont plus vivaces que jamais et sa légendaire ténacité rend le lecteur nostalgique. Hélas, pour lui, la maison de rêve ne sera pas celle-là. Comment pourrait-il habiter sur une scène de crime, lui qui fait tout pour s'éloigner de ce métier qui l'a usé jusqu'à la dépression...

Il y a un plaisir jouissif à retrouver le personnage qui a fait connaître l'auteur suédois à travers le monde. Cet ultime tour de piste d'un personnage mythique, accompagné de multiples clins d'œil, plaira aux habitués.

Tom Rob Smith : plaisir de lecture éphémère

L'auteur britannique Tom Rob Smith s'est fait remarquer avec Enfant 44 en 2009, une série de trois polars qui l'a rendu célèbre. Son nouveau roman, La Ferme, est un suspense psychologique qui prend ses racines dans la propre vie de l'auteur. Comme quoi l'existence, parfois, n'est pas si monotone!

Le narrateur, Daniel, reçoit un appel de son père. Ses parents ont quitté Londres pour une ferme en Suède. Le coup de téléphone déclenche une angoisse qui va habiter Daniel pour le reste du roman. Son père lui apprend que sa mère, Tilde, est psychologiquement instable et qu'il a dû la faire interner. Quelques minutes plus tard, il reçoit un autre appel, de sa mère cette fois, qui accuse son époux d'être un criminel.

style="float: Tom Rob Smith, en grand écrivain, parvient à soutirer le maximum de tension et d'effets dramatiques avec un sujet un peu éculé : une psychose passagère causée par des réminiscences d'événements traumatisants remontant à l'adolescence. Il entraîne son lecteur dans la tête du narrateur du roman, coincé entre ses parents, incapable de discerner lequel dit la vérité et lequel veut du mal à l'autre.

J'ai beaucoup de mal à me situer par rapport à ce suspense psychologique. L'angle d'attaque est suffisamment intrigant pour en faire une lecture peu banale, mais qui, une fois terminée, laisse peu de souvenirs, comme un rêve qui s'efface dès le lever du jour. Dans l'œuvre de l'auteur, ce sera certainement un roman de transition.

Henning Mankell, Une Main encombrante, Éditions Seuil, collection policiers. Traduction de Anna Gibson (Handen, 2004/2013). Novembre 2014. 156 pages.

Tom Rob Smith, La Ferme, Éditions Belfond. Traduction de Elisabeth Peellaert (The Farm, 2014). Octobre 2014. 320 pages.

La semaine prochaine : Violence à l'origine de Martin Michaud; le retour du tandem Lessard/Taillon, ainsi que Meurtre à Westmount de David Montrose.

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