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<em>Polarama </em>de David Gordon: piège à écrivain!

11/10/2013 10:42 EDT | Actualisé 11/12/2013 05:12 EST

En vedette, cette semaine: un écrivain roturier, Harry Bloch, en manque de reconnaissance, qui écrit sur tout et n'importe quel sujet à la mode sans jamais parvenir au succès. Cette situation va bientôt changer lorsqu'un condamné à mort lui offrira d'écrire sa biographie... pour le meilleur et surtout le pire.

Toute œuvre de littérature est une grande victoire sur soi-même et un petit acte de résistance contre le monde.

style="float: Harry Bloch est un écrivain professionnel dont l'imaginaire foisonne d'idées toutes plus ordinaires, sinon mauvaises, les unes que les autres. Aucune en tout cas n'est assez valable pour la signer, alors il se cache sous des pseudonymes pour ses 23 romans publiés : de la science-fiction avec des cyborgs nymphomanes, des pulps violents et bien noirs et des histoires de vampires à la sauce romantique. En outre, il écrit des chroniques pornographiques pour une revue du même type.

Condamné à mort pour ses crimes, le tueur en série Darian Clay va s'adresser à Bloch pour lui permettre de rédiger sa biographie. En contrepartie, Bloch devra écrire des histoires pornos mettant en vedette les filles qui se sont emmourachées du tueur et qui correspondent avec lui. Bloch accepte, visualisant déjà les ventes de ce futur best-seller. Bloch rend visite à chacune des filles, mais tout dérape lorsque, après chaque rencontre, elles meurent dans des conditions atrocement similaires aux victimes de Clay. Soit celui-ci est innocent, soit un imitateur sanguinaire rôde! Le succès anticipé a un coût non prévu à l'agenda du désinvolte Bloch!

L'histoire est écrite sur un ton impertinent particulièrement réjouissant. Le personnage d'Harry Bloch est attachant à l'extrême malgré son incapacité chronique à parvenir au succès. C'est un raté sympathique, mais attention, le monsieur possède un talent indéniable - de nombreux extraits de ses romans sont là pour en témoigner - mais il lui manque quelque chose, un petit coup de pouce. La grande histoire.

Offensé que la police puisse le soupçonner d'avoir tué ces filles, il décide d'enquêter, non pas comme un inspecteur le ferait, mais plutôt à la manière d'un écrivain tentant de ramasser du matériel pour un futur polar, mauvais de surcroit! Harry Bloch est irrésistible dans ces tentatives qui vont pourtant porter leurs fruits et déjouer tous les pronostics.

Polarama est un immense hommage aux grands auteurs de romans noirs ainsi qu'aux obscurs écrivains de western. En filigrane, le polar porte sur les difficultés de l'écriture et les risques de demeurer un vulgaire écrivaillon! L'ascenseur pour l'échafaud mène souvent au garage.

La trame du roman est particulièrement réussie et très imaginative. Le ton décalé et insouciant se trouve toutefois brutalement rompu lorsque le narrateur donne la parole au tueur en série vers la fin du récit. Le temps de quelques pages, ce qui était amusant et original se transforme en banalité psychologique et petite morale convenue. Le meurtrier vient nous ânonner les sévices et les raisons pour lesquelles il a tué sans arrêt, pourquoi certaines personnes ont été épargnées, etc. Une partie à oublier, vraiment faible et de nature à contaminer la perception du polar. Une erreur de débutant puisqu'il s'agit d'une première œuvre pour le romancier.

Polarama demeure malgré tout l'un des bons polars cette année et certainement l'un des plus originaux. Une très belle découverte!

David Gordon, Polarama. Éditions Actes Sud/actes noirs. Traduit de l'anglais par Laure Manceau (The Serialist, 2010). Septembre 2013, 405 pages. Disponible en version papier et numérique.

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