LES BLOGUES

«L'autre reflet» de Patrick Senécal

12/11/2016 11:03 EST | Actualisé 12/11/2016 11:03 EST

Un délicat partenariat entre un écrivain de polars et une muse psychopathe. Si chaque chose a une valeur, quel est le prix du succès?

L'autre reflet met en opposition deux personnages dissemblables, et comme les contraires s'attirent, ces deux-là unis n'en sont que plus redoutables. Michaël Walec a connu la célébrité dès son premier polar, en partie grâce à des scènes inspirées des textes, mal écrits, mais criants de vérité, de Wanda, une meurtrière à qui il donnait des cours de créativité littéraire en prison. Il s'acharne, seul, à tenter de reproduire ce succès, malgré l'échec de tous les romans qui ont suivi. Lorsque l'ex-détenue commence à le harceler, il panique. Mais elle ne veut pas le poursuivre pour plagiat, elle veut collaborer avec lui et le ramener au sommet. Ses méthodes cependant sont plus que douteuses.

2016-11-11-1478864035-5011985-Lautrereflet.jpg

Je ne vais pas sombrer dans les observations à cinq sous, mais il est évident que le personnage de Michaël Walec est en partie calqué sur des interrogations que se pose l'auteur sur la réussite, la gloire, le regard de ses pairs sur lui, bref un amas d'incertitudes liées à son art qui trouvent leur place dans un roman de genre - genre pourtant accusé par ses détracteurs d'être manichéen et vide de sens.

Wanda Moreau vit par procuration. Elle est déconnectée de ses émotions. Elle a passé sa vie à chercher à les retrouver, en vain. Qu'elle baise ou qu'elle tue n'y change rien. Wanda a donc adopté Michaël Walec comme véhicule émotionnel - lui et son talent pour écrire - afin de ressentir enfin quelque chose de signifiant. Elle veut être son égérie et le deviendra, inspiratrice morbide aussi néfaste que funeste.

Michaël ne recherche pas les émotions fortes, préférant les imaginer. Son existence s'écoule bien tranquillement et, s'il est un bon romancier, les scènes violentes de ses polars sont mièvres et manquent d'audace. C'est là qu'intervient donc Wanda, qui va lui faire ressentir les émotions et la douleur à travers des événements liés à sa propre vie, pour ensuite lui imposer un pacte avec la diablesse.

Une dangereuse collaboration, c'est ce que lui offre l'ex-détenue. Michaël se trouve à nouveau devant un fâcheux dilemme. Il voudrait tant retourner au sommet atteint grâce à son premier polar et y demeurer, mais son talent seul ne suffira pas.

Cette soif de reconnaissance est le chemin qu'emprunte cette fois-ci l'auteur québécois pour ramener ses thèmes de prédilections, le vide et la paresse intellectuelle, lesquels sont traités différemment que dans les œuvres plus récentes. Au lieu d'en faire un réflexe collectif, les thèmes sont circonscrits à un individu particulier, Michaël, et c'est en fouillant ses motivations que le vide et la paresse s'exposent.

Il y avait dans le roman précédent, Faims, un côté moralisateur un peu barbant qu'on ne retrouve pas dans L'autre reflet. Les questionnements philosophiques et moraux sont pourtant bien présents mais, mieux enveloppés, ils passent par l'action et atteignent leur cible.

L'autre reflet est un excellent polar psychologique dont l'intense tension demeure présente jusqu'à la finale. Et pour les amateurs de scènes inconfortables et suggestives, les quelques touches d'horreur sont présentes. C'est le propre de ce diable d'écrivain, en plein contrôle de son art!

Ce roman me semble ouvrir de nouvelles pistes à explorer pour cet auteur inclassable qu'est Patrick Senécal. Qui s'en plaindra? Un très bon cru.

Patrick Senécal, L'autre reflet, Éditions Alire. Novembre 2016. 431 pages.

N'oubliez pas que le Salon du livre de Montréal ouvre ses portes à la place Bonaventure du mercredi 16 novembre au 21 novembre. L'occasion idéale pour faire de nombreuses découvertes et obtenir les dédicaces des auteurs présents.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Les 6 meilleurs romans québécois de 2015

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter