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Où le soleil s'éteint, de Jacques Côté

04/06/2017 12:17 EDT | Actualisé 04/06/2017 12:17 EDT

Neuf ans après avoir délaissé l'enquêteur Daniel Duval au profit des Cahiers noirs de l'aliéniste, l'auteur québécois Jacques Côté revient aux années 80 avec une enquête du lieutenant de la Sûreté du Québec, et de son étrange acolyte Louis Harel, bien meilleur confesseur de criminel (dans une radio-réalité qu'il anime) que policier.

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Benoît Ayotte est en voie d'obtenir ses couleurs de motard lorsqu'il assassine la mauvaise personne. Il fuit Montréal sur le pouce vers un chalet dans la région de Québec. Mais incapable de contenir ses bas instincts et sa libido, il va rapidement attirer l'attention des policiers. Un crime, deux viols, quelques assassinats et un incendie plus tard, Ayotte, qui n'épargne personne, se retrouve en Beauce dans l'espoir de franchir la frontière. Mais notre duo d'enquêteurs est sur sa piste. La chasse est ouverte et le gibier ne se laissera pas piéger sans combattre.

Jacques côté évoque le Québec des années 80 avec sa culture musicale post-référendaire dissoute dans la culture anglo-saxonne. L'ensemble du roman baigne dans la musique pop. À travers la cavale d'une petite frappe, c'est tout un pan de ce qui semble aujourd'hui de la préhistoire qui défile sous nos yeux; la Pagette remplace le cellulaire, les systèmes informatiques sont totalement absents. Ainsi, on réalise dans quel univers on se débat maintenant, mais surtout, ce qu'on peut avoir perdu en liberté. Les blagues des policiers, par exemple, seraient aujourd'hui rapportées, dénoncées, et les mèneraient droit au bannissement. Des instants de vie donc moins policés, moins hypocrites.

Le polar est truffé d'anecdotes et de fines observations, tel ce paquet de cigarettes porté non pas -- quelle honte -- à l'abri des regards, mais bien en évidence, fièrement à l'épaule, sous le t-shirt.

Le roman oppose deux mondes. Celui du petit malfrat égocentrique mu par ses pulsions animales et destructrices, et le monde de Duval, enquêteur efficace, mari trompé, trompeur à son tour, responsable d'un bambin de deux ans.

D'un chapitre à l'autre, le lecteur bascule entre responsabilité et liberté, instinct de survie et instinct de mort, lourdeur socioaffective et individualisme outrancier.

D'un chapitre à l'autre, le lecteur bascule entre responsabilité et liberté, instinct de survie et instinct de mort, lourdeur socioaffective et individualisme outrancier.

Où le soleil s'éteint est une sorte de « On the road » version sociopathe. Une machine à boule lancée sans direction et qui abat tout ce qu'elle touche. Dans un univers qui n'est pas encore celui des robots, plus la narration avance et plus Ayotte prend des airs de « hobo » à bout de ressources. Les crimes s'empilent et le duo Duval et Harel se rapproche. Ayotte n'en devient alors que plus forcené, ce qui lui fait commettre des erreurs. Mais il manque de moyens, d'outils, pour continuer bien longtemps. Il devient sous nos yeux marqué par l'obsolescence. Le train est passé et il l'a raté. Cet échec à devenir un motard transforme sa cavalcade en débandade, et l'emporte, du coup, vers sa fin.

Comme dans les westerns, la chevauchée sauvage du hors-la-loi va se couronner au volant de sa monture d'acier dans le labyrinthe d'une cour à scrap -- on n'en demandait pas tant -- parmi les objets à peu près inutilisables, vestiges rouillés et ailes froissées, à l'égal du héros déchu.

Un excellent polar par l'un des maîtres auteurs québécois.

Jacques Côté, Où le soleil s'éteint, Éditions Alire. Avril 2017. 367 pages.

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