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<em>Meurtres et autres sucreries</em> de Jô Soares: truculent!

25/09/2013 10:04 EDT | Actualisé 25/11/2013 05:12 EST

Jô Soares est une grande vedette brésilienne. Un véritable touche-à-tout des communications et un auteur atypique à l'humour corrosif. Il possède, c'est indéniable, l'art ineffable du spectacle. Pour dessert donc : crimes violents sous un sourire mielleux!

style="float: Nous sommes au Brésil, à l'époque de l'« Estado Novo » (1937-1945) instauré par le dictateur Getúlio Vargas. Plus que centenaire, et reconnue à travers l'Amérique du Sud, la firme de pompes funèbres Styx, fondée par la famille Eusébio, règne sur le marché de l'enterrement de luxe. Le seul héritier, Charon, aurait voulu devenir musicien au lieu de convoyer des morts, mais sa mère brime toutes ses ambitions. Lorsque son père se suicide, Charon assassine son obèse de mère. Il passera le reste de sa vie à se venger de cette femme, sillonnant les rues de Rio de Janeiro dans un corbillard aménagé en pâtisserie ambulante pour attirer les gourmandes et les tuer... en les goinfrant. Les policiers sont dépassés par cette série de meurtres et il faudra l'arrivée providentielle d'un ex-inspecteur portugais converti en maître-pâtissier pour parvenir à découvrir le dindon de la farce.

Vous comprendrez qu'il faut prendre cette histoire de croque-mort, magnifiée d'un humour sulfureux, au second degré.... Non seulement Charon est-il un tueur en série mais il obtient, sans peine, les contrats pour embaumer ses victimes! Rien ne va plus! Le cirque est déjanté. À travers ces innocentes femmes, il tue et détruit sans fin l'image de cette mère tant détestée qui exerçait un contrôle absolu sur lui, allant jusqu'à le priver de nourriture pour se gaver encore plus. En plus de quatre jeunes gloutonnes et d'une prostituée, une représentante de la diplomatie germanique se retrouve parmi les victimes, ce qui mène à un incident diplomatique avec l'Allemagne hitlérienne.

Toutes auront un point commun : un embonpoint démesuré!

Jô Soares exerce sa verve et nous présente le Brésil juste avant que n'éclate la Seconde Guerre mondiale. L'État dictatorial qui apparaît sous sa plume est plutôt loufoque et libertin.

L'intérêt de l'intrigue n'est pas dans la recherche du coupable et de ses motivations, puisque le tout nous est livré d'emblée. Il s'agit bien davantage de démonter les mécanismes qui permettront aux forces policières de remonter jusqu'à lui. L'auteur s'amuse ainsi à mettre en opposition le vieux et le nouveau (Portugal versus Brésil, instinct contre science). Dans le nouvel État brésilien, le passé est malsain, suspect, à rejeter.

L'exemple est donné par le présentateur de nouvelles radiophoniques qui, après chaque topo, annonce un produit miracle insolite, comme si chaque nouvelle était commanditée. Une sorte de balbutiement du marketing sauvage!

Charon Eusébio a acquis les méthodes modernes en thanatologie grâce aux enseignements d'un scientifique de l'Allemagne nazi.

La police cherche le coupable à l'aide des plus récentes découvertes en matière d'enquête scientifique, dont la prise d'empreintes digitales. Mais l'assassin, Charon Eusébio, souffre d'une rare maladie (le syndrome de Naegeli) et n'a pas d'empreintes!

Les victimes sont gavées jusqu'à étouffements avec de vieilles recettes sucrées portugaises, et c'est là qu'il va commettre l'erreur et se faire surprendre par... le maître-pâtissier Tobias Esteves, un ex-inspecteur venu du vieux continent. Le passé qui vient à la rencontre du présent.

Drôle et pittoresque, Meurtres et autres sucreries est un court polar qui nous fait parcourir l'univers particulièrement original de Jô Soares. Amusant et truculent!

Jô Soares, Meurtres et autres sucreries. Éditions Hurtubise

Traduit du portugais par François Rosso (As Esganadas, 2011). Septembre 2013, 264 pages.