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<em>Manuel de survie à l'usage des incapables</em> de Thomas Gunzig: un polar génétiquement modifié

13/11/2013 10:49 EST | Actualisé 13/01/2014 05:12 EST

«Pendant que tu te lamentes, les autres s'entraînent.» Arnold Schwarzenegger

Le Manuel de survie à l'usage des incapables est le roman le plus imaginatif et le plus désaxé que vous trouverez cette année. On y entrevoit un monde rempli d'absurdités et ignoblement proche du nôtre, une solide critique de l'univers du prêt-à-combler-tous-vos-désirs-à-condition-qu'ils-se-consomment. Ce polar et son créateur ne connaissent ni morale ni pudeur. Attention chaos devant...

style="float: La civilisation s'est déshumanisée. Les centres commerciaux embauchent des pauvres pour vendre aux démunis. C'est la guerre du prix le plus bas. Les travailleurs sont tellement épuisés qu'ils ne pensent qu'à rentrer chez eux, manger du surgelé et s'endormir devant la télévision. Et ils remettent ça le lendemain. Et le jour d'après. Pour les gouvernements, c'est la paix sociale! Les employés ne sont plus que du matériel vivant. Comme n'importe quel objet, ils peuvent casser, devenir défectueux, obsolètes. Les citoyens vivent une peur quotidienne.

Martine Laverdure, 54 ans, une caissière aussi pauvre qu'exténuée ne correspond plus aux standards de performance de son patron. La cadence de Martine est trop lente; la caissière prend une seconde de plus que les autres pour numériser la marchandise. Une seconde! Elle doit partir. L'épreuve du congédiement vire au cauchemar et Martine est victime d'un bête accident mortel. Ses quatre fils, porteurs du gène du loup, crient vengeance. Ils se mettent en chasse pour littéralement attraper, tuer et manger le coupable. La paix sociale explose dans la violence, le sang, le désordre...

Ce Manuel de survie à l'usage des incapables décrit un écosystème juste assez décalé du nôtre pour qu'on puisse le regarder se déchirer sans trop craindre qu'il ne soit réel. Imaginez notre société, mais avec une exacerbation totale de tous ses travers, comme un miroir déformant et grossissant, avec encore plus de misère et toujours plus de pauvreté.

La science poursuit ses découvertes et les percées génétiques qui pourraient enrayer toutes les maladies et tares des humains sont à notre portée. L'intégralité des codes génétiques de tous les organismes vivants a été découverte et commercialisée. Bien évidemment, il existe un marché parallèle : des femmes encore capables de donner naissance en utilisant des produits génétiques légèrement défectueux, tronqués, instables. Ainsi en est-il des quatre garçons de la défunte caissière, des hommes-loups.

Dans cette collectivité où la singularité génétique est la norme, le personnage le moins coloré est Jean-Jean. Il semble le seul individu à avoir des gènes entièrement humains (tout au plus se comporte-t-il en limace). Il est pourtant la clé du récit. Jean-Jean est notre personnification dans ce monde qui dérive, il est notre regard, notre incompréhension et nos peurs. Étranger dans cette société d'OGM, il n'a d'autres outils pour survivre que l'amour qu'il dispensera jusqu'à la fin.

Manuel de survie à l'usage des incapables est un polar d'anticipation hautement imaginatif et plutôt indescriptible. Vaguement drôle et amusant, le roman charrie en sous-main de puissantes vagues scientifiques. Un grain de sable délictueux dans l'engrenage du libéralisme. Le genre de bouquin qui possède tous les ingrédients pour devenir un livre culte. Le chaos peut-il naître d'une seule seconde? Thomas Gunzig vient de commettre un polar terroriste!

Thomas Gunzig, Manuel de survie à l'usage des incapables, Éditions Au Diable Vauvert. Octobre 2013. 408 pages.

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