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Le silence sépulcral du chaos

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Dans ses premiers romans, Victor del Arbol scrutait les impacts de la grande histoire (sous Franco, sous Staline) sur la vie de ses personnages contemporains. Avec La veille de presque tout, il s'attache à la petite histoire des gens, leur intimité, dans un polar où le chaos combat l'harmonie.

Une fillette est morte. Ce crime sordide a tout emporté comme une vague, ne laissant dans la vie de tous qu'une désolation infinie. Pour l'inspecteur Germinal Ibarra, qui a découvert l'enfant et conclu l'enquête à sa manière, comme pour la maman, Eva (Paola) Malher, plus rien ne sera pareil. Des années plus tard, Eva refait surface dans la vie de l'inspecteur. Le drame a encore frappé, et cette femme qui refuse de parler, visiblement battue, en est l'épicentre.

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La veille de presque tout est un roman de crise, de tous ces moments dramatiques qui virent aux remords et sombrent dans les regrets. Les personnages qui ont côtoyé la fillette, dans la vie comme dans la mort, sont prisonniers du drame et n'arrivent pas à l'oublier. Ils sont égarés et toutes leurs pensées assombrissent leur quotidien. Chaque personnage a perdu un être cher. Après, les lendemains ne chantent plus, ils détonnent. L'existence est faussée et n'a plus de direction. Alors chacun, chacune, s'évertue à ne pas devenir son propre poids mort. Jusqu'à ce qu'un nouveau drame, un nouveau chaos, vienne bousculer cette précarité.

Le roman de Victor del Arbol est bien un roman policier. Mais ne vous bousculez pas si vous cherchez le gros suspense, la grande enquête. Avec La veille de presque tout, nous sommes dans l'intimité du chaos.

La narration est toute en subtilités, dévoilant progressivement la nature et le vécu des personnages. Le meurtre de l'enfant n'a pas seulement causé des cheveux gris et une ride de plus; il a noirci les âmes, corrodé les pensées. Les protagonistes sont aussi profonds que l'épaisseur de leur chagrin. De cette douleur nait le suspense, parce qu'il va se produire quelque chose. L'appréhension du drame à venir est latente. On le sait, on le devine, on l'attend, page après page. C'est la force de ce récit, mené par un véritable maître, à coup de petites touches psychologiques d'une rare intensité et d'une justesse déchirante.

« Le prétendu tourment de son époux n'était pas le résultat d'une grande âme comprimée par un monde injuste envers ses génies, mais un malheur banal, dépressif, domestique et stérile. Et donc dépourvu de romantisme. Ses plaintes étaient vaniteuses; ses doutes purement matériels; son insatisfaction, un complexe à l'état pur. Quant à ses silences, existentialistes en apparence, c'étaient de simples vides sans réflexion. » P.191

Une description inouïe d'un paquet de gens croisés tout au long de ma vie, et entraperçus souventes fois dans mon propre miroir!

Avec une lenteur, qui ne rime pas avec ennui, le polar se déploie autour des conséquences d'un drame. Est-ce que le bonheur, la joie, la complicité des rires peuvent toujours surgir après celui-ci et crever la pénombre?

La veille de presque tout, de l'espagnol Victor del Arbol, est un roman qui donne un sens au chaos. Lumineux dans cette bataille pour vaincre le désespoir, comme les fleurs se fanent, les feuilles se flétrissent.

Sur les tablettes

Le Cinquième évangile de Ian Caldwell (Éditions Actes Sud, actes noirs)

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2004, le pontificat de Jean-Paul 11 touche à sa fin. À quelques jours de l'ouverture d'une importante exposition, dans les musées du Vatican, consacrée au saint suaire et au Diatessaron - le premier écrit réunissant les quatre évangiles -, son conservateur, Ugo Nogara, est abattu. Le même soir, l'appartement d'Alex Andreou, un jeune prêtre de l'Église d'Orient qui a aidé Ugo à interpréter les textes sacrés, est mis à sac. Son frère aîné, Simon, prêtre catholique romain et membre de la secrétairerie d'État du Saint-Siège, présent sur les lieux au moment du crime, se mure dans un silence incompréhensible avant d'être inculpé du meurtre par un tribunal ecclésiastique.

Tandis qu'il cherche à savoir qui se cache derrière ce procès, qui a tué le conservateur et pourquoi son frère a choisi de ne pas se défendre, Alex se retrouve propulsé dans une sombre machination en plein cœur du Vatican. Il découvre alors qu'Ugo s'apprêtait à faire une révélation retentissante sur la relique la plus fascinante et la plus contestée de la chrétienté : le suaire de Turin.

Víctor del Árbol, La veille de presque tout, Éditions Actes Sud, actes noirs. Traduit de l'espagnol par Claude Bleton (La víspera de casi todo, 2016). Février 2017. 307 pages.

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