LES BLOGUES

<em>Le détroit du Loup</em> d'Olivier Truc: une plongée dans le Grand Nord scandinave!

12/10/2014 08:10 EDT | Actualisé 12/12/2014 05:12 EST

À l'ère où l'on espérait le développement économique intelligent, c'est la tyrannie sociale-démocrate qui impose le mirage de la richesse collective au nom du bien commun. Le détroit du Loup poursuit avec bonheur les aventures entamées dans Le Dernier Lapon, avec les policiers des rennes, Klemet et sa coéquipière Nina.

style="float: Au large de Hammerfest, la ville la plus au nord de la Norvège, Klemet et Nina s'interrogent sur les circonstances de la noyade d'un éleveur dans le détroit du Loup. Mais bientôt d'autres morts suivent : le maire de Hammerfest puis deux représentants des puissantes compagnies pétrolières. Le sourd conflit entre les éleveurs, d'origine Sami, et les partisans de la pétromonarchie norvégienne éclate au grand jour.

Si, au départ, ce roman prenait l'allure d'une virée somptueuse et passablement déroutante dans le Grand Nord de la Norvège, le pays du Père Noël, avec ces rennes sauvages et ces paysages époustouflants, éblouis sous un soleil qui ne se couche plus, Le détroit du Loup d'Olivier Truc se transforme rapidement en un polar polémiste qui égratigne en profondeur la nation que l'on croyait la plus humaine, la plus juste, la plus droite. Ah! Que j'ai mal à ma Norvège!

Le policier Klemet est d'origine Sami, sa jeune collègue Nina aussi. Les Samis sont le peuple qui a conquis le Grand Nord, la Laponie. Depuis des millénaires, ils subsistent en élevant des rennes. Mais depuis l'après-guerre, du pétrole et du gaz ont été découverts dans la mer de Barents. Les autorités n'ont de cesse, depuis, de leur retirer les terres qui servaient de pâturage et de transhumance aux rennes, élevés en semi-liberté. Bien des éleveurs, dépossédés, ont abandonné ce métier ancestral, jugé folklorique. Des usines de transformation ont envahi les prés, polluant l'air et l'eau. Sans travail, certains Lapons sont devenus plongeurs en eaux profondes. Complice des multinationales, l'État norvégien a tu les risques qu'il y avait à plonger dans les profondeurs marines pour installer et réparer le matériel de forage. Un grand nombre de vétérans des années 70 et 80 sont morts, et les survivants, de véritables loques, sont prêts à tout pour obtenir réparation. Le détroit du Loup met en lumière ce scandale et la vengeance qui en découle.

Le détroit du Loup est un polar d'une grande humanité qui commence au printemps avec 17 heures d'ensoleillement par jour et se termine avec plus de 23 heures de lumière solaire, ce qui perturbe l'humeur, le sommeil et les nerfs des protagonistes, et qui illumine le polar jusqu'à ce qu'il ne subsiste plus la moindre zone de ténèbres.

Olivier Truc transcende le polar et ses traditions et l'emmène vers une dimension où il touche à l'universel. Qu'elles soient Sami ou Inuit, les réalités autochtones contemporaines sont traitées avec mépris. Les pratiques ancestrales contre l'exploitation des richesses naturelles mènent souvent à des confrontations. L'auteur français puise avec précision dans ces dissensions et antithèses sans porter aucun jugement. Il raconte simplement une bonne histoire qui vire au sordide et entraîne dans la déchéance les vaniteux et les avides.

Le détroit du Loup est de ces lectures magistrales et percutantes. La Norvège en ressort légèrement flétrie. La richesse a un coût et un baril de pétrole vaut bien mort d'homme, ou deux s'il est autochtone.

Veuillez s'il vous plait acheter ce roman, le lire et le donner à votre ministre ou député, partisan du plan Nord. Il en restera peut-être quelque chose.

Olivier Truc, Le détroit du Loup, Éditions Métailié. Septembre 2014. 410 pages. Livre et Ebook.

Les précédentes critiques de Daniel Marois

Abonnez-vous à notre page sur Facebook
Suivez-nous sur Twitter