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La Route des rats

30/04/2017 08:48 EDT | Actualisé 30/04/2017 08:48 EDT

La Deuxième Guerre mondiale regorge d'histoires atroces et les romanciers n'ont toujours pas terminé d'en extraire le suc. Le Glasgow que présente Gordon Ferris dans La Filière écossaise se situe tout juste après la guerre, alors que la ville et ses habitants cherchent à reprendre une vie normale suite à la tragédie mondiale.

À Glasgow, les juifs sont victimes de cambriolages multiples, bientôt suivis par une vague de meurtre. Ils s'adressent au journaliste et ancien policier et soldat Douglas Brodie pour débusquer le coupable. Promptement, il découvre que des exfiltrés nazis, en route vers l'Amérique du Sud, sont coincés en Écosse. Mais l'affaire va se complexifier puisque ces criminels de guerre sont tolérés par le gouvernement britannique et protégés par les services secrets des É.-U. Pour Brodie, après ce qu'il a vu dans les camps de concentration, la vermine doit être exterminée, qu'importe les conséquences. La chasse aux rats est ouverte!

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Malgré la violence ambiante, l'écriture de Gordon Ferris est toute en sensibilité ce qui crée un contraste envoûtant et percutant. Il y a une réelle tendresse envers ses personnages qui se débattent pour survivre.

Car Glasgow, à l'égal de toutes les grandes villes européennes, manque de tout. La cité est paralysée par des tempêtes de neige à répétition. Il fait froid. Le charbon, essentiel pour chauffer les demeures, se fait aussi rare que les vivres.

C'est l'après-guerre avec tout ce que cela implique de privation, de misère et de deuil. Les industries sont en pleine mouvance et en attendant que l'économie reprenne, les survivants font ce qu'ils peuvent pour subsister.

C'est un moment où l'ennemi en fuite peut se trouver partout et où les trahisons se succèdent à l'infinie. Une insécurité qui rend malin, fou, parfois un subtil mélange des deux. La guerre, certes, est terminée, mais ses conséquences se répercutent toujours. Les procès pour crimes de guerre sont déclenchés de toute part, les relations diplomatiques font et défont des territoires et des peuples.

Si, d'un côté, les nazis cherchent à s'enfuir vers un autre continent, de l'autre le géant soviétique se dresse inexorablement, semant dans son ombre une crainte encore plus grande que la bande du führer.

Gordon Ferris arrive à faire tenir dans son roman tout un pan de l'histoire, alors que son polar tourne essentiellement autour de son protagoniste principal. À lui seul, ce Douglas Brodie vient représenter l'humain de l'après-guerre. Il est entraide et travail, empreint de bonté et de rudesse, une sorte de contrepied à cette calamiteuse guerre.

Ferris est une agréable découverte qui vient rejoindre d'autres auteurs écossais au vif intérêt (Rankin, Kerr, McDermid.) L'horizon ne se limite décidément pas qu'aux polars scandinaves.

Ferris est une agréable découverte qui vient rejoindre d'autres auteurs écossais au vif intérêt (Rankin, Kerr, McDermid.) L'horizon ne se limite décidément pas qu'aux polars scandinaves.

La Mort est ma maison de Florence Meney

Il y a en littérature la discipline reine qu'est le roman, lequel écrabouille toutes les autres, incluant l'enfant qui se veut, se croit et se désire (depuis Rimbaud) maudit! Il y a aussi l'enfant pauvre, car peu fréquenté, la nouvelle, laquelle est souvent plus riche en idées que la prose parfois un peu envahissante des romans-fleuves...

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La Mort est ma maison est ainsi un recueil de onze nouvelles. Onze histoires qui puisent à bien des genres, allant du noir à la dystopie.

Toutes dotées d'une finesse d'observation, enrobée dans une ambiance qui tient de la poésie -- noire, ça va de soi! -- leurs atmosphères parviennent à nous faire oublier qu'un drame se profile.

Je ne vous ferai pas ici une nomenclature des textes, ce serait un peu vain. Les thématiques abordées vont de la vengeance (les femmes sont des êtres dangereux, ne vous y fiez plus), au terrorisme en passant par la crise des médias.

Ma favorite reste Le Décret, une nouvelle qui renverse entièrement les rôles sociaux, donnant l'ensemble des pouvoirs économiques et politiques aux femmes, réduisant l'homme et toute sa violence au statut de faire-valoir. Cette nouvelle se termine dans l'horreur, car maligne, l'auteure ne succombe pas à la démagogie simpliste, mais je n'en dis pas plus, lisez que diable!

Ce recueil se lit d'une traite et aucune des nouvelles ne rate sa chute.

Florence Meney, La Mort est ma maison, Éditions Libre Expression noir. Avril 2017. 191 pages.

Gordon Ferris, La Filière écossaise, Éditions Seuil, policiers. Traduit de l'anglais par Hubert Tézenas (Pilgrim Soul, 2013). Mars 2017. 465 pages.

LIRE AUSSI:

» Amqui: l'ivresse de la vengeance

» Le silence sépulcral du chaos

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