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<em>Celui qui ne dormait pas</em>, d'Alessio Viola: polar italien

18/01/2015 08:45 EST | Actualisé 20/03/2015 05:12 EDT

Comme on pourrait s'attendre d'un polar italien, Celui qui ne dormait pas d'Alessio Viola traite de la mafia. Mais, bien loin du sombre cliché de la guerre entre les forces du mal et les forces du bien, où l'on tend à circonscrire le polar en général, le roman de Viola présente un lieutenant de police en grande difficulté psychologique, peinant à départager le bien du mal.

Dans la région des Pouilles, la ville de Bari est noyautée par la mafia. Au point où les honnêtes travailleurs sont en minorité. Les commerces de la drogue, des armes et de la prostitution sont des secteurs qui ne subissent aucune dépression. À Bari, comme ailleurs, l'austérité, c'est pour les pauvres! Le policier Roberto de Angelis ressent plus qu'une simple fatigue - éreinté, usé - lorsqu'il entreprend une fois de plus, peut-être même une fois de trop, l'infiltration d'un groupe de criminels particulièrement vicieux.

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Le roman de l'auteur italien adopte une forme introspective du polar, une rareté dans cet univers littéraire. Le lieutenant de police Roberto de Angelis sombre dans le doute et toutes ses pensées arrivent au même constat : les gestes qu'il pose sont inutiles et son emploi est futile. La mafia omniprésente, avec ses querelles entre factions opposées, continue de causer de nombreux décès. Tant que les brigands s'entretuent, la situation demeure acceptable. Cette philosophie cynique mène tout droit à l'amertume.

De Angelis constate avec lucidité que, pareille à un cercle vicieux, dès qu'un criminel est tué, deux remplaçants se présentent pour prendre la relève.

Et, malgré toute cette fatalité, tant bien que mal, le policier persiste à tenter d'arrêter des tueurs et identifier des chefs de clan. Prisonnier d'un système de corruption, il se voit contraint de taire certaines actions pour sauver sa peau. Le climat de suspicion est endémique.

Le stress du policier ruine peu à peu ses motivations. Il doit s'enfoncer très loin et jouer avec sa propre moralité pour effectuer un travail auquel il ne croit plus trop. Mais il ne sait faire que cela : des filatures et de l'infiltration.

« Il savait qu'il avait descendu plus de marches qu'il ne pourrait jamais en remonter. »

Celui qui ne dormait pas, d'Alessio Viola, est un grand polar avec son lot d'action et de violence quotidienne, une vision au cœur de l'intense traque contre le crime organisé, le péril de l'infiltration et la désillusion. Une réussite tout en subtilité d'un auteur à découvrir.

Alessio Viola, Celui qui ne dormait pas, Éditions Rivages, collection Thriller. Traduction de Gérard Lecas (Dove comincia la notte, 2013). Décembre 2014. 329 pages.

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