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Apocalypsis de Mario Giordano

Est-ce bien nécessaire que toute l'humanité soit en péril pour faire un bon roman?

27/08/2017 08:00 EDT | Actualisé 27/08/2017 08:00 EDT
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L'Apocalypsis de Mario Giordano est un roman cosmopolite où s'entremêlent des Italiens, des Allemands, des Africains, sans oublier les Américains. Les grandes religions s'unissent pour aider le pape, ainsi que le journaliste Peter Adam, à combattre une sourde menace. Quête réussie ou hérésie?

Le jour où deux membres en mission au nom du pape disparaissent tragiquement, le souverain pontife décide de renoncer à son titre afin de sauver le monde. La commotion va ébranler la planète, mais l'ex-chef de l'Église catholique demeure introuvable. Le malin est déchaîné et l'apocalypse est à nos portes. Armaggedon pour tous!

Tout y est dans cette course folle. Seth le vilain en chef. Nikolas, son exécuteur des basses œuvres, aveugle de haine. Une pyramide de morts violentes. Un exorcisme. De vieux parchemins trouvés dans la chambre papale, l'ombre des templiers, celui des alchimistes, les macabres prophéties de Malachie et puis des secrets, toujours plus de secrets cachés depuis des siècles.

Et pour compliquer le tout, il y a le dieu Chronos, car le malheur va s'abattre durant le conclave, dans quelques jours. Sans délai, point de suspense. Les méchants veulent substituer la fumée blanche de l'élection à la fumée noire de l'explosion et ainsi détruire l'Église catholique et le monde libre. Rien que ça!

Par bien des aspects, le polar entrepris sur la route du réalisme, dérive vers le fantastique, voire le fantasque. Ce n'est pas tant le mystère qui s'obscurcit que l'intrigue qui enfle. Est-ce bien nécessaire que toute l'humanité soit en péril pour faire un bon roman? À force, cette propension à opposer les destructeurs du monde à ceux qui aspirent à le sauver devient lassante.

Le journaliste Peter Adam, mêlé au complot alors qu'il ne voulait qu'obtenir une entrevue avec le pape, devra tenter de blanchir sa réputation puisqu'il est soupçonné de meurtre et de terrorisme. Aidé par une jolie religieuse, Peter va parcourir l'Europe sur la piste des véritables fomenteurs. Dans leurs ombres, l'ancien pape tire les ficelles grâce à son confident et chef exorciste Don Luigi qui a accès à toutes les pièces du Vatican et connait tous les secrets. Une vraie pince-monseigneur!

L'intrigue de départ s'emballe rapidement. Deux morts, une nonne jetée vivante au fond d'un gouffre au Népal, puis un religieux qui meurt dans l'explosion de la station spatiale. Un pape qui démissionne. Le rythme est insoutenable et la suite ne peut que s'étouffer et perdre en puissance.

En perte de contrôle devant une histoire qui s'effiloche graduellement, l'auteur use d'artifices pour relancer son intrigue, des errances littéraires de plus en plus grosses qui font du tort à la logique du récit. Le journaliste d'enquête se découvre un jumeau identique, mais malfaisant. Un subterfuge aussi archaïque qu'un deux de pique dans la manche d'un prestidigitateur! Un temple moyenâgeux est découvert sur une île inconnue de tous. Les indices laissés par les templiers, que des chercheurs en quête de trésor fouillent depuis des centaines d'années, sont trouvés en criant lapin! De tout à fait valable, le polar glisse vers le passable et s'échoue dans l'absurde. Le lecteur est mené en bateau, sinon en montgolfière.

Celui-ci aura eu le mérite de m'intéresser juste ce qu'il faut pour le terminer, bien que comme ses prédécesseurs, il soit parti en vrille dans les limbes de la bêtise.

Un jour viendra peut-être — il est grand le mystère de la foi — ou un polar de ce genre, roman à clefs, à énigmes, saura me combler. Celui-ci aura eu le mérite de m'intéresser juste ce qu'il faut pour le terminer, bien que comme ses prédécesseurs, il soit parti en vrille dans les limbes de la bêtise.

Si jamais vous prenait l'envie d'en entreprendre la lecture, je vous conseille une petite entorse qui vous permettra peut-être de l'apprécier justement. Oubliez le début réaliste du roman, faites une légère transmutation, et lisez-le comme un roman fantastique, car n'oubliez pas, le mal, le grand mal, n'est retenu de déferler sur cette terre que par quelques sceaux et symboles.

Sur les tablettes

Noirs Dessins, de Jean-Paul Brighelli (Éditions L'Archipel).

Brême, avril 2000. Vladimir Poliakov, 90 ans, transporte une lourde valise. Sans prêter attention aux gouttes de pluie, le vieil homme se dirige vers le musée dont il a griffonné l'adresse sur un bout de papier : Am Wall 207.

Arrivé à la Kunsthalle, il est reçu par la conservatrice en chef, à qui il dévoile ses chefs-d'œuvre : des dessins de Dürer, des esquisses de Rembrandt, des aquarelles de Rubens... Une collection inestimable!

Comment cet ancien commandant de l'Armée rouge a-t-il pu mettre la main sur ces œuvres spoliées aux juifs par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale? Et pourquoi, tant d'années après, les morts s'accumulent-ils encore sur la piste de ce trésor oublié? Ioula Kovalenko, journaliste indépendante, ne vient-elle pas d'être torturée à mort pour prix de sa curiosité?

C'est dans cette nasse pleine de fric et de sang que va tomber à son tour Pierre Loutrel, respectable professeur d'histoire de l'art, contacté par un agent américain pour mettre la main sur la totalité de cette fabuleuse collection... Mais les tueurs ukrainiens ne sont pas des poètes...

Sur les tablettes (bis)

Après l'incontestable succès des recueils Crimes à la bibliothèque et Crimes à la librairie, vient tout juste de paraître Crimes au musée. Dix-huit nouvelles d'auteures québécoises et européennes, des meurtres au féminin! Toujours sous la direction de Richard Migneault, avec des nouvelles, entre autres, de Florence Meney, Karine Giebel, Andrée A. Michaud, le recueil constitue un point d'entrée idéal pour découvrir ce qui se trame dans le monde du polar!

Mario Giordano, Apocalypsis, La Confrérie de l'ombre,Éditions L'Archipel. Traduit de l'allemand par Penny Lewis (Apocalypsis, 2011). Juillet 2017. 502 pages.

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