LES BLOGUES

<em>911</em> de Shannon Burke: urgence à Harlem!

17/08/2014 09:00 EDT | Actualisé 17/10/2014 05:12 EDT

Porté par une narration poignante où suinte une désillusion sortie des tripes du narrateur, 911 de Shannon Burke, est l'annonce même d'une imminente catastrophe. Virée dans une ambulance qui s'en va droit dans le mur!

« On peut se perdre dans un boulot pareil. »

style="float: Lorsqu'Ollie Cross échoue à l'examen d'entrée en médecine, il est confronté à un choix qui va le marquer au fer rouge. Devenu ambulancier à New York, il est affecté à Harlem. Nous sommes en 1990 et ce quartier est sale, délabré et dangereux. Une plaie suppurante en pleine pomme. Harlem est un ghetto défiguré par une guerre civile permanente. C'est dans ce contexte particulier que le jeune apprenti va découvrir le monde du travail. Ollie va devenir un adulte et frapper un mur qui fera de lui un individu blasé et cynique comme certains collègues, ou un grand frère protecteur comme d'autres.

911 est un roman noir tout simplement magnifique! Noir comme peut l'être un témoignage sur les pires conditions de travail au monde. Tous les jours, les soins d'urgence sont administrés dans des conditions repoussantes, mais au travers des interventions d'urgence - les malaises cardiaques, une naissance prématurée, un accident de voiture, un itinérant amoché - qui se répètent sans répit, c'est tout le quotidien d'un pays pourtant immensément développé qui grimace. Cette nation, qui laisse l'indigence se répandre dans sa propre population laissée pour compte, donne le vertige. Tous ces reclus qui plongent dans la drogue, l'alcool, la violence pour oublier leur pauvreté... Il n'y a là aucun romantisme. Tout est cru.

Avec 911, Shannon Burke oppose les nantis d'un côté de Central Park aux miséreux de l'autre versant. Le constat social qui en ressort est aussi déroutant que révoltant.

L'enthousiasme du jeune ambulancier s'émousse sous nos yeux, un jour après l'autre, à une vitesse prodigieuse. Cette misère qu'il tente de soulager avec dévouement finit par s'immiscer en lui et l'emporter vers un grand vide. Tous les gestes d'empathie envers ces gens, condamnés d'avance, deviennent vains.

Une intense colère s'empare de lui, suivie d'une léthargie quasi létale, avant de retrouver un certain équilibre. Toutes ces étapes de vie sont racontées de manière rugueuse, abrasive, car la matière même - l'emploi, les lieux, les collègues - n'est pas ce qu'il y a de plus subtil!

À strictement parler, il ne s'agit pas tout à fait d'un roman policier. 911 est plutôt un récit sous forme de témoignage (où le passé d'ambulancier de l'auteur prend une bonne place). On va forcer un peu pour l'intégrer au genre puisque ce qui nous est dévoilé tient davantage de l'exposition sordide dans le plus pur style du roman noir. Vous ne le regretterez pas! 911 est une lecture douloureuse, mais fabuleuse. Ce roman est assurément en lice pour le polar noir de l'année.

Shannon Burke, 911, Éditions Sonatine. Traduction de Diniz Galhos (Black Flies, 2008). Juin 2014. 207 pages. Livre et Ebook.

Les précédentes critiques de Daniel Marois

Retrouvez les articles du HuffPost sur notre page Facebook.

data-href="https://www.facebook.com/HuffPostQuebec" data-send="truedata-width="570"data-show-faces="false"data-font="arial">



Comment connecter son compte HuffPost à Facebook pour pouvoir commenter?