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Pour une vision en éducation

02/06/2015 11:54 EDT | Actualisé 02/06/2016 05:12 EDT

Lettre à M. François Blais, ministre de l'Éducation.

J'avais bon espoir lorsque M. Couillard procéda à votre nomination pour succéder à M. Bolduc. Issu du milieu universitaire, on pouvait croire que vous seriez porteur d'une vision claire et inspirante pour le milieu scolaire. Malheureusement, il semble plutôt difficile de saisir à quelle enseigne vous logez.

Vos propos populistes et autoritaires liés à la crise vécue à l'UQAM, à l'effet qu'il suffisait de donner l'exemple en expulsant deux ou trois étudiants récalcitrants, donnaient le ton. Il allait de soi que le rapport Ménard était sur une tablette pour y demeurer. Pourtant, il y avait là une opportunité d'entreprendre un chantier permettant de mieux baliser la démocratie étudiante plutôt que de répéter ad nauseam que le droit de grève n'existe simplement pas chez les étudiants.

On vous a aussi entendu pérorer au regard de la formation universitaire des futurs enseignants mais, encore là, rien de concluant puisqu'on est davantage dans le lieu commun. Il y a bien eu l'autorité dont vous avez dû faire preuve en ce qui a trait à la CSDM, mais encore...

Les fouilles à nu ne posaient pas non plus un grave problème puisqu'il s'agissait d'un cas isolé. Il vous suffisait de déclarer que ça ne serait plus permis en s'en remettant à la police.

En ce qui a trait à la gouvernance des commissions scolaires, de prime abord on pouvait croire que vos déclarations étaient courageuses, mais dans les faits, malgré que ce palier démocratique batte de l'aile, remplacer le conseil des commissaires par un conseil d'administration risque peu d'affecter la réussite de nos jeunes. De plus, considérant les faibles coûts administratifs de ces organisations, il est peu probable qu'il y ait des économies majeures à y réaliser. L'étude de l'économiste Guy Lacroix tend à faire la démonstration que la piste des fusions serait porteuse. Cette solution appliquée en 1998 n'a pourtant pas eu l'impact escompté. Difficile de croire que cette fois ce serait différent.

Votre silence radio est plutôt étonnant. C'est à se demander s'il y a un ministre de l'Éducation qui est à la barre. M. Couillard nous avait pourtant annoncé un grand projet en décembre avant le départ de M. Bolduc. Celui-ci devait être rendu public d'ici peu. Il est clair qu'il fallait calmer la grogne qui s'installait devant autant d'incompétence. Nous voilà à la fin de l'année scolaire, et rien n'est avancé. D'une certaine mesure, c'est plutôt rassurant, puisqu'à chaque fois que des plans de type «top down» sont mis de l'avant, ceux-ci sont promis à un avenir chaotique. Toutefois, mis à part les compressions budgétaires annoncées, il est légitime de se demander quelle est la vision libérale en matière d'éducation?

Doit-on vous le rappeler, l'éducation est une pierre angulaire pour une société qui se dit évoluée.

La seule visée de votre gouvernement semble être associée au déficit zéro. Ce n'est tout de même pas un projet de société que de concentrer toutes les énergies sur l'atteinte de l'équilibre budgétaire. Il semble plutôt illusoire de rêver de prospérité économique tout en réduisant les investissements en éducation. À cet effet, on pouvait lire dans un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié en mars dernier: «Bien que l'éducation soit reconnue comme la clé du progrès socioéconomique, près d'un enfant de quinze ans sur cinq, dans les pays de l'OCDE, n'atteint pas le niveau de compétence minimal requis pour contribuer de façon significative à la société, selon les résultats du PISA 2012, et à peu près le même pourcentage d'élèves quittent l'école avant d'avoir terminé leurs études secondaires. De plus, les élèves défavorisés sont deux fois plus susceptibles que leurs homologues avantagés d'être peu performants, ce qui implique que leur situation personnelle ou sociale les empêche d'atteindre leur plein potentiel.»

Le Québec ne fait pas exception, M. Blais.

Il ne suffit pas d'affirmer que l'éducation est une priorité, encore faut-il que des actions concrètes soient posées. Les seules solutions avancées par votre gouvernement se traduisent par une augmentation de la tâche des enseignants, tout en réduisant les services professionnels permettant de les épauler. Impossible de croire qu'il n'y aura pas d'effets désastreux. Il suffit de consulter l'indice de défavorisation des écoles du Québec pour constater à quel point elles sont nombreuses à devoir composer avec des enfants issus de familles pauvres. Un tel constat ne peut s'accompagner d'un désinvestissement gouvernemental en matière d'éducation. Pendant ce temps, la confiance du public s'amenuise et de nombreux parents font ainsi le choix du privé. Considérant que ce système en parallèle est financé aux environs de 60%, vous choisissez de fermer les yeux, puisqu'il y a là une économie. Toutefois, cette logique se manifeste littéralement par un désaveu du système public.

Je viens à peine de terminer une carrière de trente-cinq ans dans ce milieu et je sais pertinemment qu'il est impensable de revoir les services aux élèves à la baisse en pensant qu'il n'y aura pas d'impacts négatifs. J'ai maintenant la chance d'agir à titre de chargé de cours auprès de futurs enseignants, et je peux affirmer, M. Blais, que ceux que j'ai eu la chance de côtoyer à ce jour me donnent confiance, quoique vous puissiez en dire. Bien évidemment, la formation des maîtres sera toujours à peaufiner et la réponse facile à un problème aussi complexe ne sera jamais réellement réglée.

Je suis conscient que le capital politique associé à l'éducation est important et qu'il faudra beaucoup de courage pour s'en affranchir. Cependant, si on veut vraiment innover, on devra mettre en place un organisme apolitique qui veillera aux destinées de l'éducation. Il est inconcevable de penser un système éducatif national devant composer avec des horizons de quatre ans. Faire un pas en avant pour en faire un derrière à la suite d'une élection a tôt fait de nous ramener au statu quo!

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