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Post mortem électoral

13/04/2014 09:23 EDT | Actualisé 14/06/2014 05:12 EDT

Le Québec s'est doté d'un gouvernement majoritaire libéral lundi dernier. Vous connaissez déjà les détails des résultats, mais que représentent-ils en fait? Pourquoi une si grande défaite pour le PQ et un si grand gain pour le PLQ?

Campagne négative

D'abord, dans cette campagne, les couteaux volaient bas. Après Françoise David, Philippe Couillard a été celui qui a le moins sombré dans les attaques personnelles. François Legault quant à lui a frappé fort surtout après le deuxième débat. Mais les publicités de la CAQ n'attaquaient pas ses adversaires.

Mais au PQ, Pauline Marois a gaspillé trop de temps d'antenne à envoyer des flèches au Parti libéral. Toutes ses interventions commençaient par « Les libéraux ont » ou « M. Couillard a ».

Je prends en exemple une publicité radio où deux personnes discutent de l'élection. La femme dit à l'homme que si le Parti libéral remportait les élections, nous ne parlerions plus français au Québec, mais bilingue.

Le PQ voulait démontrer qu'ils étaient les mieux placés pour défendre la langue française et en faire la promotion. Alors, pourquoi ne pas simplement l'avoir fait? Ils ont déjà toute la crédibilité nécessaire étant les créateurs de la loi 101 et du projet de loi 14 qui avait pour but de la renforcer.

La division du vote?

Les péquistes attribuent souvent les résultats négatifs sur la division du vote appelant à l'unification des forces souverainistes pour leur permettre de prendre le pouvoir.

Mais ce n'est pas à l'électeur de diminuer ses attentes pour élire un parti, mais au parti de courtiser les citoyens en montrant qu'ils sont les meilleurs pour gérer selon les attentes et les valeurs de tous. Si un souverainiste croit que le programme du PQ ne reflète pas ce qu'il souhaite pour le Québec, il a et devrait avoir tout le loisir de voter pour un autre parti.

On me dira que la cause passe avant tout, mais non. D'ailleurs, plusieurs souverainistes ne sont pas prêts à tout accepter pour la cause. Regardez comment nombre d'entre eux furent refroidis après l'arrivée de Pierre Karl Péladeau qui représente, pour beaucoup, une certaine droite détestable.

Souverainiste ou non, personne ne devrait avoir à édulcorer ses valeurs pour permettre à un parti de l'emporter.

Non à la souveraineté!

« Nous ferons un référendum... quand les Québécois seront prêts », nous martelait la première ministre. Mais ça ne veut rien dire.

Évidemment, je comprends que ce n'était pas une élection référendaire et qu'elle ne peut pas se prononcer sur un mandat complet. Mais le hic est que le PQ ne fait nullement la promotion de la souveraineté.

René Lévesque n'a pas bâti le PQ en faisant semblant qu'il n'y aurait pas de référendum, mais en soulevant les passions, en amenant les Québécois à croire à son rêve, en donnant envie au peuple de prendre sa destinée en main. Ce n'est pas en se contentant de gérer la province comme une province en attendant que les Québécois soient prêts qu'ils réussiront à faire un pays. C'est à eux de convaincre les gens que ce n'est pas une option, mais une nécessité qui sera profitable à tous.

Un commentateur a dit qu'il trouvait infantilisant de dire qu'il faut expliquer la souveraineté à la population, car les Québécois connaissent le principe. Les gens savent aussi ce qu'est une voiture et pourtant, les compagnies dépensent des millions en publicité pour promouvoir leur modèle comme étant le meilleur, le plus performant, le plus économique. La prétention des souverainistes étant que la souveraineté est la meilleure option pour les Québécois, c'est important qu'ils leur expliquent pourquoi chiffres à l'appui. S'ils veulent que les Québécois soient prêts, qu'ils les préparent!

La charte

Depuis septembre, le PQ avait le vent dans les voiles grâce à la charte des valeurs québécoises. Sans entrer dans les détails ou dans le débat en soi, ce projet de loi avait frappé la fibre identitaire des Québécois menant à des discussions très dures et parfois violentes au sein de la population. Le plan semblait être de créer une « politique de la division » (wedge politics) pour diviser la population en deux camps, pour ou contre, dans l'espoir de gagner le plus de votes possible selon l'opinion de chacun sur le projet.

Mais rapidement, la charte fut oubliée lorsque Pierre Karl Péladeau est arrivé dans le décor. Le poing en l'air, il affirmait haut et fort vouloir un pays. Dès lors, les adversaires du PQ ont sauté sur l'occasion pour rappeler que le parti ferait un référendum à la première occasion. L'épouvantail référendaire était devenu le centre de l'attention et les fédéralistes pro-charte ont déserté.

Comme Jean Charest en 2012, avec la crise étudiante, Pauline Marois a fait un très mauvais calcul en se basant sur une politique de la division pour tenter de gagner.

Faire des compromis quand on est minoritaire

Un parti minoritaire doit faire des compromis. Tristement, Mme Marois a catégoriquement refusé de mettre de l'eau dans son vin dans le dossier de la charte.

Environ 90 % du projet de loi faisait l'unanimité des parlementaires, mais personne ne s'entendait sur l'interdiction des symboles religieux. Or, au lieu de faire preuve d'humilité en amendant le projet de loi pour faire adopter les articles qui faisaient consensus, Mme Marois s'est entêtée à vouloir garder sa charte telle quelle. Le tout à des fins purement électoralistes alors que c'était son devoir de s'assurer que l'Assemblée nationale puisse fonctionner correctement jusqu'au 3 octobre 2016, date prévue des prochaines élections après l'adoption du projet de loi 3 sur les élections à date fixe.

Dans les 4 prochaines années, le PQ doit se trouver un nouveau chef, mais aussi faire une introspection. Qu'est-il? Un parti souverainiste ou un parti qui veut seulement prendre le pouvoir? Les deux sont compatibles, mais il faudra changer de tactique.

Le PLQ sera évidemment sous haute surveillance. D'ailleurs, 58,5 % de la population a voté contre le PLQ. Il est donc faux de dire que les Québécois ont élu le PLQ et qu'ils n'ont pas de mémoire. Au contraire, ils se souviennent très bien et ne laisseront que peu de lest aux libéraux. Mais laissons la chance au coureur! Avec une ligne de parti aussi serrée au PLQ, un nouveau chef peut très bien signifier une nouvelle façon de faire les choses.

La CAQ a désormais un poids intéressant à l'Assemblée. Elle pourra nous montrer de quoi elle est capable dans l'opposition.

Fort d'un troisième député, Québec solidaire doit montrer à tous les Québécois, mais surtout aux souverainistes, qu'ils sont la véritable alternative au PQ. Sinon, il restera un tiers parti.

On se reverra en 2018!

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