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Nous, les innocents

Ça fait drôle de dire ça, mais Rozon a raison. Totalement raison.

09/02/2018 09:00 EST | Actualisé 09/02/2018 09:00 EST
PC/Mario Beauregard
Gilbert Rozon

Gilbert Rozon réfute les allégations dont il est l'objet et déplore le fait qu'il ne bénéficie pas, comme tous les citoyens, de la présomption d'innocence dans la foulée des accusations d'agressions sexuelles qu'on lui reproche.

Ça fait drôle de dire ça, mais Rozon a raison. Totalement raison. La loi est faite ainsi.

Monsieur Rozon veut profiter, comme tout le monde ou presque, d'un système bien établi par de riches avocats de riches : l'autre présomption d'innocence ou comment acheter du temps afin de semer un doute raisonnable.

Parce que c'est ça le système : O.J. Simpson s'en est sorti à grands coups d'avocasseries, pas de justice. Et si ce n'était des médias qui s'improvisent souvent bûcher de la place publique, ce serait encore pire. D'un autre côté, est-ce juste de commencer un procès dans les pages des journaux? Et encore là, est-ce par souci de justice que ces derniers font cet exercice? Si c'est le cas, finalement, il n'y a que des célébrités qui commettent des crimes. N'est-ce pas pour un peu vendre la copie aussi? J'entends déjà de vieux éditorialistes outrés me dire : comment osez-vous? Ben oui, j'ose.

Voyez-vous la belle poutine qu'on nous sert? On gobe ça sans trop se questionner. On va faire une enquête préliminaire, on va reporter, et reporter, et reporter encore, arrêter les procédures, refaire un nouveau procès. C'est même rendu qu'il y a du passé date avec l'arrêt Jordan. En plus, ça fait les manchettes... il faut bien remplir les bulletins de nouvelles et comme les gens heureux n'ont pas d'histoires... Pendant ce temps-là, le « présomptu » vaque à ses occupations, pas très heureux, mais libre. Tout le monde fait de l'argent sauf nous qui payons pour ça, nous, les innocents.

Tout le monde fait de l'argent sauf nous qui payons pour ça, nous, les innocents.

Des fois, je me demande si on ne devrait pas permettre à ces gens d'acheter carrément leur liberté. Ça serait moins hypocrite et ça donnerait la chance au vrai monde de bénéficier d'un système de justice soulagé d'interminables causes et ça remplirait les coffres de l'État. Car c'est souvent ce qu'ils font, acheter leur liberté, au bout d'une éternité, mais le fonctionnement du système fait que les contribuables financent aussi l'industrie du doute raisonnable.

De la même façon qu'un riche entrepreneur engage un fiscaliste pour passer pour plus pauvre que le plus pauvre des prolétaires, le comptable sachant tous les rouages et toutes les failles du système. C'est bien fait, car pour le monde ordinaire, ça ne marche pas de même. Avez-vous déjà reçu un appel du ministère du Revenu? Avec eux, vous êtes coupable et devez prouver votre innocence. Pas de circonstances atténuantes, on y va « by the book » sans aucun discernement quand c'est payant pour eux. En plus, si vous gagnez votre cause après deux ans, vont-ils vous payer les intérêts usuraires qu'ils chargent eux? Jamais. Le riche, lui, s'il est futé, rien ne lui arrivera, sa femme, ses compagnies à numéro, ses placements dans les paradis fiscaux et qui sait, son caniche royal sur le « payroll »... on s'amuse là.

Rozon paye la rançon « Lady Diana », i.e., les médias lui ont été utiles, mais donneront autant sinon plus « d'exposure » à l'autre revers de la médaille. Il est condamné d'avance, de façon aussi crédible qu'on va vendre des shows en disant que ce sera extraordinaire quand la distribution n'est même pas complétée. Ou comme une aspirante mairesse qui dit que les taxes n'augmenteront pas. Comme un partisan du Canadien qui fait des plans de parade de la Coupe Stanley après deux victoires de son club. Si tout n'arrive pas comme prévu, on se déculpabilisera en mettant ça sur le dos de quelqu'un d'autre ou du « timing » et on se proclamera innocents.

Voyez, c'est ça aussi le doute raisonnable...

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