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La nuit des petits couteaux

Notre foi est d'abord spirituelle. Les objets qui y sont rattachés doivent être le reflet de celle-ci et non l'inverse.

24/11/2017 09:00 EST | Actualisé 24/11/2017 11:52 EST
Getty Images/iStockphoto

Mais où allons-nous encore avec nos accommodements? En avion, ça a l'air...

J'ai longtemps été un superstitieux. J'étais gardien de but dans ma jeunesse et j'avais toute une série de rituels : ne jamais me retourner sur moi-même, toucher tel ou tel poteau à mon arrivée sur la glace, etc. Une pléiade de comportements visant à faire baisser la tension et à m'assurer que la rondelle ne franchirait pas la ligne rouge. Si on n'est pas capable de faire en sorte que tout ira bien, on se l'imagine en marchandant avec le destin. Finalement, la rondelle entrait quand même dans le but, faisant fi de mes grigris et de ma danse du cerbère on the rocks...

Évidemment, c'est un réflexe très humain et plutôt répandu que de rassurer ses angoisses – de petites à existentielles – à travers ces comportements issus de la pensée magique. La religion n'y échappe pas.

C'est comme ça que je les comprends les religieux quand on les prive de leurs symboles et de leurs rituels. Ils sont comme moi dans les buts, un joueur en échappée qui s'amène, au moment où je réalise que je n'ai pas cogné mon poteau droit trois fois. Je panique!

Je suis maudit. Je perds mes repères et la plupart du temps, les pédales. La lumière rouge s'active. 1-0 pour l'adversaire.

Aujourd'hui, on parle de couteaux. On parle de prendre l'avion. On sait que le 11 septembre a commencé avec 19 personnes qui ont décidé de se traîner un Xacto. Malgré ma grande tolérance, je n'ai pas le choix de réfléchir un peu. Si moi, le petit Québécois de souche, j'exigeais d'apporter une bouteille d'eau bénite au terminal Trudeau, sous prétexte que je veux baptiser quelques personnes avant le départ, on me répondrait quoi? On m'offrirait une belle camisole qui attache et une chambre d'hôtel capitonnée où je passerais quelques jours, tout ça évidemment, précédé d'une belle visite guidée des locaux de la GRC.

Au kirpan, le Canada semble dire OUI et le Québec dit NON. Nouvelle chicane constitutionnelle en vue? Non. Les kirpans, ça ne court pas les rues ici, contrairement à Toronto ou au BC. C'est tout. Face à ce bras de fer, que faire? Rien. Ottawa, depuis Charlottetown semble très bien s'accommoder du statu quo à propos d'un tas de dossiers.

Pourquoi ne pas laisser le kirpan en soute, dans une valise, où il est actuellement?

Pourquoi ne pas laisser le kirpan en soute, dans une valise, où il est actuellement? Monsieur le curé ne traîne pas sa grosse bible en avion tout comme le rabbin n'apportera pas ses rouleaux de la Torah en cabine. Notre foi est d'abord spirituelle. Les objets qui y sont rattachés doivent être le reflet de celle-ci et non l'inverse.

Bon, j'entends déjà les : « Et si on perd notre valise? » Bien, vous serez aussi fâchés que moi si je perds la mienne qui contient la rondelle de mon premier blanchissage. Grâce à elle, j'en suis plus que certain, rien ne peut m'arriver!

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