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Enlevez les Minis et ça va mal au Québec

Un système qui base la richesse des uns sur la pauvreté des autres n'a tout simplement aucun honneur.

11/01/2018 09:00 EST | Actualisé 11/01/2018 09:00 EST
Getty Images
Et si augmenter le salaire minimum met une entreprise en péril, peut-être que cette dernière ne repose pas sur un modèle d'affaires très solide.

Les Minis sont partout. Ils emballent mes sacs à l'épicerie, servent le café au Tim, m'ouvrent les portes de mon cinéma favori et ramassent même le maïs soufflé que ma main n'a pas réussi à acheminer vers ma bouche, que voulez-vous, j'ai pas juste ça à faire, je travaille MOI!

Les Minis sont jeunes ou peu scolarisés. Ils sont 220 000 au Québec. Ils font pour la plupart un boulot dont vous et moi ne voudrions pas. Enlevez les Minis et ça va mal au Québec. À peu près rien ne fonctionnerait dans notre vie de consommateurs. Mais malgré ce rôle important dans notre bourgeoisie insignifiante, un Mini ne vaut pas plus que onze dollars et quart de l'heure. Plus que ça, ce sera la catastrophe, me dit le patron, le teint tout bronzé, gracieuseté des deux mois – les Minis gardaient le fort - qu'il vient de passer en Floride.

C'est comme la dentiste avec qui je jasais l'autre jour.

«Si on continue d'offrir la gratuité aux jeunes enfants, on arrivera plus!», me dit-elle, embarquant dans sa Porsche Cayenne de 80 000$.

80 000$, c'est trois ans de salaire pour un Mini.

Alors c'est quoi au juste ne plus arriver? C'est être réduit à s'acheter un VUS de 40 000$? C'est avoir une piaule de 600 000$ au lieu de 750 000$?

«J'ai le droit de me payer ça, j'ai travaillé pour. Cet argent, je l'ai durement gagné!», me répondra-t-on.

Oui, mais sur le dos de qui?

Et si augmenter le salaire minimum met une entreprise en péril, peut-être que cette dernière ne repose pas sur un modèle d'affaires très solide.

Et si augmenter le salaire minimum met une entreprise en péril, peut-être que cette dernière ne repose pas sur un modèle d'affaires très solide. Peut-être vaut-il mieux fermer ça plutôt que d'entretenir l'illusion d'une danse en ligne, mais où un seul danseur a une digne pitance.

Mais l'entrepreneur ne raisonne pas comme ça. Il est le héros de l'extraordinaire film de sa vie. Comptez-vous chanceux d'y avoir un rôle. Bon, vous n'êtes peut-être qu'un figurant, mais travaillez fort comme lui et au bout de 5 ans, vous aurez peut-être un rôle qui parle et qui sait, votre propre court-métrage.

L'entrepreneur crée des emplois, il met du pain sur votre table. Quoi? Vous voulez de la confiture en plus? Vous aviez qu'à étudier, le bienfaiteur ne peut quand même pas vous faire vivre complètement! Quelle ingratitude!

J'ai été entrepreneur et j'ai pensé moi aussi comme ça.

J'ai été entrepreneur et j'ai pensé moi aussi comme ça. Jusqu'à ce qu'un jour, il y a une vingtaine d'années, une spécialiste en RH, tannée de mes jérémiades narcissiques de patron, me remette à ma place.

« Les employés ne vivent pas pour toi. Ils ont des projets, des ambitions et celles-ci sont loin d'être ton succès », m'avait-elle dit.

Je n'ai plus jamais regardé quelqu'un de haut depuis ce moment. Je me suis mis à m'intéresser à ce que ma gang faisait, à être conscient de leurs aspirations personnelles. Je me suis mis à être plus « d'adon » et évidemment, certains en ont profité, mais n'était-ce pas le retour mérité du balancier?

Sans Minis, nous ne sommes pas grand-chose. Plus de gaz, plus d'eau, plus de bouffe, plus de linge et... plus de toilettes propres. Mais leur contribution ne paraît pas et faisant partie de nos acquis, elle ne vaut rien à nos yeux.

Ma vision a également radicalement changé lors de la crise des subprimes en 2006-2008. Tous les citoyens ordinaires, incluant les Minis, ont donné des centaines de milliards de dollars aux banques pour nettoyer les dégâts d'un irresponsable party qu'elles avaient fait. Et pour nous remercier, ces dernières ont saisi jusqu'au moindre centime, les avoirs de ceux à qui elles avaient tout aussi irresponsablement prêté.

À ce moment-là, pour éviter que le « système » ne s'effondre, on a financé des milliardaires. À ce moment-là, c'était bien d'être socialiste. À ce moment-là, la solidarité avait un sens!

Donc, tout ce préambule pour exprimer mon opinion sur la polémique du salaire des Minis :

Y a-t-il une dignité en bas de 15$ l'heure?

Personnellement, je ne crois pas.

Un système qui base la richesse des uns sur la pauvreté des autres n'a tout simplement aucun honneur.

Bonne Année.

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