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Le projet Guatecarbon: des résultats catastrophiques

Cette biosphère maya aidera certes à diminuer la dévastation de la forêt tropicale au Guatemala, mais fallait-il chasser les habitants, brûler leurs maisons et détruire leur école et leur église?

13/09/2017 09:00 EDT
kirstyokeeffe via Getty Images
Sous prétexte de bien paraître aux yeux de la communauté internationale, on aggrave d’autres problèmes en ajoutant les hommes, femmes et enfants de Laguna Larga aux légions de pauvres qui se ramassent aux frontières mexicaines ou qui vivent de la charité et dorment sur les trottoirs de Guatemala City.

Comme toutes les réunions internationales sur le climat, celle de Paris en décembre 2015 a prévu un fond pour aider les pays du tiers monde à faire face au réchauffement de la planète. Mais le projet Guatecarbon proposé par le Guatemala illustre à quel point les bonnes intentions produisent parfois des résultats catastrophiques. Le projet Guatecarbon vise à réduire les émissions dues à la déforestation en créant une réserve naturelle de plus de vingt et un mille kilomètres carrés.

De prime abord, le projet a paru tellement séduisant qu'il a reçu l'appui de nombreux organismes environnementaux et financiers internationaux. Même l'acteur Leonardo DiCaprio a soutenu le projet sur Instagram. Et les responsables de Guatecarbon, en plus de vanter les avantages manifestes du projet sur le plan environnemental, estiment que le projet pourrait rapporter 3,84 millions de dollars US aux coffres de l'état.

Comme l'a fait le Canada lors de la création des parcs nationaux de Forillon et de Kouchibouguac dans les années 1960, le Guatemala veut fermer et détruire quelque 40 villages et hameaux et déplacer la majorité de la population à l'extérieur de la biosphère.

Mais on ne parle guère des effets qu'aura assurément le projet de biosphère sur les populations de la région. Le site internet de Guatecarbon cherche même à donner l'impression que le projet est l'oeuvre des communautés mayas de la région. En réalité, la création de la biosphère aura pour effet de déstabiliser les communautés, voire de détruire le tissu social de la région. Pour régler le problème que posent les communautés qui vivent dans la zone, Guatecarbon a divisé les agglomérations en trois catégories : 1) les communautés qui ont signé une convention avec le Conseil national des zones protégées (Conap) peuvent rester dans leurs villages et recevoir une partie des revenus générés par le projet, 2) les communautés reconnues par le Conap, mais qui connaissent des problèmes de gouvernance doivent être délogées, et 3) les agglomérations non reconnues et où l'habitation est jugée illégale doivent être délogées immédiatement. Comme l'a fait le Canada lors de la création des parcs nationaux de Forillon et de Kouchibouguac dans les années 1960, le Guatemala veut fermer et détruire quelque 40 villages et hameaux et déplacer la majorité de la population à l'extérieur de la biosphère.

En 2010, notre petite ONG, SLAM de St-Jérôme, a envoyé un groupe de stagiaires pour vivre et travailler à Laguna Larga, une communauté de quelque 600 personnes vivant dans un des hameaux destinés à l'élimination. Nous avons trouvé là un hameau sans eau potable ni électricité qui luttait pour sa survie. Les habitants vivaient de l'élevage et de l'argent envoyé à leurs familles par les hommes de la communauté qui travaillaient trois ou quatre mois par année dans les plantations du sud ou au Mexique1. À cette époque il n'était pas encore question du projet Guatecarbon. Selon les archives de la communauté, les habitants avaient sollicité la reconnaissance légale du hameau auprès de la Commission d'urbanisation en 1998. En 2000 ils ont pu racheter leurs terres d'un homme influent qui prétendait en être le propriétaire grâce à l'aide de Terres nouvelles, une ONG de France. Terres nouvelles a continué à soutenir la communauté par la suite, fournissant l'argent pour la construction d'une école et aidant à payer le salaire de l'enseignante2.

Mais le projet de Guatecarbon a tout remis en question. Devant la détermination du gouvernement à fermer leur hameau, les autorités de Laguna Larga ont présenté les documents certifiant leur droit d'y vivre et d'exploiter leurs terres. Avec le soutien des églises évangélique et catholique, ils ont lutté contre les plans du gouvernement. Mais en 2014, un an avant la réunion de Paris, les autorités guatémaltèques ont octroyé 602 mille quetzales (82 882$ US) au Conap pour « récupérer » les terres en question. À partir de 2016 le Conap a commencé à déloger les habitants, sous prétexte qu'ils occupaient illégalement une zone protégée. Le 3 juin 2017, 1 400 policiers et 400 soldats sont venus prêter main-forte au Conap pour prendre possession de la communauté et déloger les habitants. Ils ont même brûlé et détruit les habitations, le magasin général, l'école et l'église. Sous occupation policière, le village est devenu un campement de réfugiés qui attendent d'être déplacés ailleurs3.

Cette biosphère maya aidera certes à diminuer la dévastation de la forêt tropicale au Guatemala, mais fallait-il chasser les habitants, brûler leurs maisons et détruire leur école et leur église? Sous prétexte de bien paraître aux yeux de la communauté internationale, on aggrave d'autres problèmes en ajoutant les hommes, femmes et enfants de Laguna Larga aux légions de pauvres qui se ramassent aux frontières mexicaines ou qui vivent de la charité et dorment sur les trottoirs de Guatemala City.

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