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Quelques <em>facts</em> sur l'<em>environment</em>

08/12/2014 11:10 EST | Actualisé 07/02/2015 05:12 EST

Le 18 novembre dernier, TransCanada publiait un texte intitulé Si nous ne communiquons pas, quelqu'un d'autre le fera pour nous. Le texte est accompagné d'un nuage de mots-clés dans lequel figurent en plus grosses lettres les mots FACTS et ENVIRONMENT.

Dans ce texte, TransCanada indique qu'elle veut contrer les mythes et les mensonges, qu'elle s'oppose à la désinformation et qu'elle sent le devoir de faire en sorte que ceux qui veulent les faits puissent les obtenir.

En tant que scientifique oeuvrant en sciences environnementales, j'offre ici gracieusement mon expertise à TransCanada dans ses efforts de fournir certains faits sur l'environnement. Puisque TransCanada valorise la diffusion d'information juste et factuelle, quelques corrections s'imposent sur son propre site.

Dans la section Environnement de leur site web, il y a un onglet intitulé «Moins d'émissions». On y énumère quatre points à propos des gaz à effet de serre (GES) émis par l'industrie des sables bitumineux et par l'Alberta. On y retrouve, entre autres, l'affirmation suivante :

Depuis 2007, les réductions de GES en Alberta équivalent au retrait de 4,8 millions de voitures de la circulation.

Cette information est fausse. Entre 1990 et 2012, les émissions de GES ont augmenté de 80 millions de tonnes (Mt) en Alberta. Il s'agit de l'ajout de plusieurs millions de voitures sur la circulation. L'Alberta est toujours aujourd'hui la province qui émet les plus grandes quantités de GES et ses émissions n'ont jamais cessé d'augmenter, pas même depuis 2007. L'Alberta est aussi la province dont les émissions continuent d'augmenter au plus grand rythme et cela est principalement dû aux activités d'extractions des sables bitumineux.

Voilà donc pour les faits.

Étonné par cet énoncé, j'ai demandé, au printemps dernier, des explications à TransCanada. On m'a référé à cette page du gouvernement de l'Alberta: Greenhouse Gases. En effet, on y retrouve bien là une information tout à fait semblable. On y lit ceci:

Depuis le 1er juillet 2007, l'Alberta a réduit ses émissions d'environ 51 millions de tonnes. (Alberta has reduced emissions by about 51 million tonnes since July 1, 2007) *

Après vérification auprès du gouvernement de l'Alberta, on m'a expliqué que cette affirmation doit en fait être interprétée comme indiquant que si les pratiques d'extractions ne s'étaient pas améliorées depuis 2007, l'Alberta aurait émis 51 Mt de plus de CO2 qu'elle en a cumulativement émises jusqu'à maintenant.

Pourtant, l'énoncé en question indique bien, noir sur blanc, qu'il s'agit d'une diminution des émissions et non pas d'une diminution du rythme de l'augmentation. Il n'y a tout simplement pas d'ambiguïté possible dans l'interprétation du sens de l'énoncé. Cette rhétorique tordue et trompeuse doit absolument être corrigée.

L'extraction des sables bitumineux produit aujourd'hui moins de GES par baril, mais la quantité totale émise augmente toujours étant donné la grande augmentation de la demande mondiale.

TransCanada doit bien comprendre que le climat n'est pas sensible aux émissions par baril, mais bien aux émissions totales.

À la lumière de ces faits sur l'environnement, voici les modifications que TransCanada doit apporter à la section Environnement de sa page web:

1. Il faut remplacer le nom de l'onglet «Moins d'émissions» par «Plus d'émissions».

2. Il faut reformuler et scinder l'énoncé actuel en cette série de points suivants :

  • Bien que selon l'Association canadienne des producteurs de pétrole les émissions de GES par baril aient diminué depuis 1990, les émissions totales de GES en Alberta, telles que suivies par Environnement Canada, n'ont jamais cessé d'augmenter, pas même depuis 2007.
  • Entre 1990 et 2012, les émissions de GES en Alberta ont augmenté de 80 Mt (Environnement Canada).
  • Parmi toutes les provinces, l'Alberta est celle dont les émissions de GES continuent d'augmenter au plus grand rythme (Environnement Canada).
  • La principale cause de l'augmentation des émissions des GES en Alberta est attribuable au développement des sables bitumineux destiné au marché de l'exportation (Environnement Canada).
  • Les prévisions jusqu'en 2020 indiquent une augmentation constante de plusieurs dizaines de millions de tonnes des émissions des GES en Alberta due à l'augmentation de la demande mondiale (Environnement Canada - Tendances en matière d'émissions au Canada 2013).
  • Ces mêmes prévisions indiquent que, de toutes les provinces canadiennes, l'Alberta est celle dont les émissions de GES augmenteront le plus d'ici 2020 (Environnement Canada - Tendances en matière d'émissions au Canada 2013).

3. Il faut vraiment remplacer la photo des éoliennes qui n'a rien à voir avec le propos sur les GES. Je propose celle ci-haut qui illustre beaucoup mieux les faits par rapport aux augmentations passées et prévues des émissions des GES en Alberta.

J'espère donc que, par son plus grand souci de rigueur et de véracité, TransCanada appliquera mes recommandations d'expert.

* Notez qu'au moment où j'ai contacté le gouvernement de l'Alberta, il y a quelques semaines, il diffusait alors le chiffre de 40 Mt de réduction. Le préposé m'a gentiment remercié, car, grâce à mon intervention, je lui ai fait réaliser que le chiffre n'était plus à jour. C'est maintenant 51 Mt. Comprenez que l'aberration fait en sorte que ce chiffre continuera toujours d'augmenter d'année en année, laissant ainsi croire à une diminution des GES toujours de plus en plus grande!

Contexte

J'avais initialement soumis cette lettre ouverte à La Presse il y a une dizaine de jours. La Presse avait trouvé l'information suffisamment pertinente pour en faire plutôt une nouvelle journalistique réécrite dans les mots de M. Croteau. L'article se trouve ici : TransCanada accusé d'embellir les faits.

Le message que je voulais émettre a été bien mal rendu et c'est pourquoi je tenais a publier ici la version originale de ma lettre. Clairement, TransCanada n'a pas compris le message, car, suite à l'article publié dans La Presse, elle n'a qu'ajouté une référence au Gouvernement de l'Alberta.

De plus, M. Croteau laissait entendre dans son article que j'avais «accusé» TransCanada. Cela ne reflète pas nos échanges. À cet égard, voici un extrait de ce que j'avais écrit à M. Croteau (27 nov.):

«Peut-être que TransCanada est tout simplement bien naïve. Je ne souhaite donc pas accuser TransCanada de désinformation et je lui laisse le bénéfice du doute, car, après tout, l'information qu'elle diffuse est cautionnée par le gouvernement de l'Alberta et par la bouche même du premier ministre Harper. À cet égard, voir l'épreuve des faits de Radio-Canada.»

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