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Absence du Canada à la rencontre anti-ÉI: et si le turban du ministre Sajjan était en cause?

20/01/2016 10:59 EST | Actualisé 20/01/2017 05:12 EST

La réunion des ministres de la Défense des pays engagés dans la coalition contre l'État islamique vient de s'ouvrir à Paris en l'absence du ministre canadien Harjit Sajjan qui n'y a pas été invité.

Le ministre a minimisé cette absence en disant que des réunions, «il y en a souvent»! À la différence des autres, celle-ci se déroule au niveau ministériel et l'exclusion du Canada n'est pas anodine.

Harjit Sajjan soutient également que la réorientation de l'engagement du Canada au sein de la coalition n'y est pour rien. Un point de vue que ne partagent évidemment pas les observateurs, dont Charles-Philippe David qui y voit un signal très clair envoyé au Canada.

Le premier ministre Justin Trudeau, pour sa part, n'a rien trouvé de mieux à dire que le Canada ira combattre l'État islamique «avec enthousiasme», comme s'il s'agissait d'un pique-nique avec une ribambelle d'enfants de maternelle.

L'image d'une guerre de religion

La volte-face du Canada, justifiée ou non, est sans aucun doute le motif principal de son exclusion de cette rencontre. Mais voici un autre motif possible, qui s'ajoute au précédent.

Lorsque l'on voit le ministre Sajjan, que voit-on? Un sikh porteur de turban. Quelle image envoie le Canada sur la scène internationale avec un ministre de la Défense ainsi accoutré?

Imaginons la scène: une réunion de sept ministres qui s'efforcent de ne pas mettre à l'avant-scène les aspects religieux, réels ou présumés mais extrêmement explosifs, de la lutte contre l'ÉI, avec, au milieu d'eux, une tête enturbannée! Imaginons la photo officielle d'une telle rencontre dans un pays laïque comme la France qui a connu deux terribles attentats commis par l'ÉI. Sur quoi se focuseraient le regard du public, l'attention des médias internationaux et l'interprétation de l'ÉI?

L'image envoyée par le Canada avec ce ministre est une image de guerre de religions. Lorsqu'il dit vouloir combattre l'ÉI, Harjit Sajjan parle-t-il en tant que sikh dont la religion l'oppose aux musulmans ou en tant qu'homme d'État? Évidemment, aucun journaliste n'a soulevé la question assassine de l'affichage ostentatoire de ses croyances religieuses, affichage incompatible avec ses fonctions ministérielles, celles de la Défense par surcroît.

Le rapport Bouchard-Taylor, dont tous les multiculturalistes se réclament, proposait d'interdire les signes religieux aux policiers et aux juges afin d'assurer une image de neutralité. Le même argument s'applique aux ministres de la Défense et de la Justice, à tous les députés en fait.

Rappelons qu'aucune règle n'oblige un sikh à porter le turban et le kirpan. Ceux qui le font, le font volontairement parce qu'ils ont choisi de placer leur piété au centre de leur vie et de faire passer leurs convictions religieuses avant tout le reste. C'est là leur droit mais ce choix, qui n'est fait que par une très infime minorité de sikhs, révèle des convictions fondamentalistes. L'exercice d'une liberté comporte toujours d'en assumer les responsabilités et les conséquences.

Évidemment, le Canada n'est pas une république laïque: c'est une monarchie qui pratique le multiculturalisme comme idéologie et dont le pendant est la multiconfessionnalité d'État. La nomination d'un ministre enturbanné au poste de la Défense va de pair avec l'acceptation de l'assermentation citoyenne à visage masqué au nom de ce multiculturalisme.

Cet autre fait démontre par lui-même toute l'importance d'une affirmation juridique de la laïcité de l'État.

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