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Si c'est pas une grève, c'est quoi?

Publication: 24/02/2012 12:41

Notre dernière intervention a suscité bien des commentaires et nous aimerions poursuivre la conversation. Plusieurs ont noté, avec grande pertinence, que le mot « grève » peut s'appliquer à une situation ou l'on refuse de faire quelque chose (grève de la faim, et grève étudiante). Nous sommes absolument d'accord sur ce point. Éloignons-nous donc de la terminologie et parlons relation. Le problème n'est pas dans les mots, mais dans la qualification de la relation entre les étudiants et leur institution scolaire.

Dans une relation employé-employeur, le geste le plus important, le plus marquant, que des employés peuvent poser pour signifier leur mécontentement, c'est le recours à la grève. C'est un outil puissant de négociation qui prive l'entreprise de sa ressource la plus importante: sa main-d'œuvre. Le recours à la grève est donc l'ultime geste de protestation, tout comme le lock-out pour l'employeur. C'est pourquoi ces actes sont strictement encadrés par la loi.

Nous suggérons que la relation étudiant-institution scolaire s'apparente beaucoup plus à une relation client-fournisseur: les étudiants (et la société) paient pour un service qui est rendu. Selon nous, opter pour ce point de vue pourrait mettre en lumière des nouvelles options pour les étudiants.

Pour les besoins de l'exercice, adoptons la relation client-fournisseur comme cadre de référence. Qu'est-ce qu'on fait quand on est insatisfait avec un fournisseur de service? La plupart du temps, on change de fournisseur. Malheureusement, cette option n'est pas viable dans le contexte : il n'y a pas de substitut à l'éducation supérieure et étudier à l'étranger est très coûteux. On peut également faire connaître notre désaccord. Sur ce point, excellent travail de la part des mouvements étudiants. Une bonne mobilisation, organisation de manifestations et bon travail dans les médias. Une autre option est de refuser de payer la facture. Mais en ce moment, les étudiants refusent d'aller à des cours... pour lesquels ils ont payé! C'est un peu ironique que les 10 000 étudiants dans la rue hier ont tous acquitté leurs frais de scolarité pas plus de deux semaines auparavant. Pourtant, retenir le paiement est le premier réflex d'un client insatisfait. Mais ce n'est pas celui d'un employé insatisfait...

Encore une fois, nous ne nous positionnons pas du tout en faveur ou contre la hausse des frais de scolarité. Nous cherchons seulement à jeter un regard nouveau sur la dynamique actuelle.

 
Notre dernière intervention a suscité bien des commentaires et nous aimerions poursuivre la conversation. Plusieurs ont noté, avec grande pertinence, que le mot « grève » peut s'appliquer à une...
Notre dernière intervention a suscité bien des commentaires et nous aimerions poursuivre la conversation. Plusieurs ont noté, avec grande pertinence, que le mot « grève » peut s'appliquer à une...
 
 
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10:09 sur 27/02/2012
Il me semble que vous erriez en tentant de limiter le débat dans votre premier texte au strict plan légal. En effet, une pratique sociale ou une réalité, si vous préférez existe, qu'elle soit encadrée par la Loi ou pas.

Dans ce deuxième billet, vous tentez d'appréhender la question de la grève étudiante par le prisme de la relation client-fournisseur. Pour cela, vous choisissez de voir l'éducation à travers l'approche-client...

Pourtant, si vous écoutiez les étudiants et étudiantes mobilisés, ceux-ci vous diraient simplement que pour eux et elles, l'éducation est un droit. Ils se considèrent donc non pas comme des clients mais bien comme des citoyens et citoyennes à part entière. C'est au nom de cette citoyenneté qu'ils s'opposent à la hausse des frais de scolarité!
09:59 sur 27/02/2012
Je crois que vous errez en considérant la grève en milieu universitaire ou collégial d'un point de vue client-fournisseur. Il me semble qu'il s'agisse là clairement d'un point de vue citoyen et par conséquent politique. D'ailleurs, la logique selon laquelle l'éducation est un droit semble s'appliquer dans le discours tout comme dans les actes des citoyens et citoyennes en devenir.
05:09 sur 27/02/2012
Très intéressant le point de vue fournisseur-client. Par contre, l'analyse pourrait aussi être faite et modifiée en ajoutant un troisième joueur: l'employeur. L'université serait le fournisseur, l'étudiant serait un produit et l'employeur serait le client. L'étudiant serait considéré comme une ressource qui est transformé par le fournisseur afin de répondre aux demandes du client.
17:56 sur 25/02/2012
2/2

La grève n'est pas qu'une cessation d'activité; c'est aussi une période de sur-activité en ce qui concerne la mobilisation. Les étudiant-e-s en grève savent bien que s'ils et elles se contentent de ne pas aller en cours, ils/elles n'accomplieront rien. Ce temps libre qu'on s'accorde, c'est pour agir, pour déranger, pour interpeller, pour se faire voir et se faire entendre, non pas seulement au niveau du gouvernement, mais de la société dans son ensemble (tout comme le racisme ne concerne pas que ses victimes, le sort de l'université ne concerne pas que les universitaires).

Contrairement à ce que certains média ou commentateurs prétendent, notre message va bien au-delà d'un "pas contents" ou d'un "pas d'argent". Il s'agit d'initier un débat dans la société quant à la signification de l'éducation (supérieure), son rapport avec l'économie, la viabilité de l'économie actuelle, et le sens de la démocratie... Débat qui a été soigneusement éludé par le gouvernement depuis au moins deux ans, et remplacé par des déclarations fallacieuses de non-experts et des attaques émotionnelles sans contenu (on lit beaucoup d'amertume et de haine dans les écrits du monde qui veut nous "faire payer", mais peu de vrais arguments).
17:55 sur 25/02/2012
"les étudiants (et la société) paient pour un service qui est rendu"

C'est une façon de voir, mais l'actuel mouvement de grève étudiant a justement pour ambition de déconstruire cette vision et d'en proposer une alternative, il me semble. Je vous renvoie à un article qui l'explique pour ne pas allonger inutilement mon commentaire: http://voir.ca/cyberboom/2012/02/24/pour-la-hausse-en-education/

Refuser de payer ses frais de scolarité s'apparenterait à une protestation individuelle (comme dans le cas mentionné, avec un fournisseur), or ce que nous essayons de monter est une protestation collective, sociale. Proposer aux étudiant-e-s de ne pas payer leur facture, c'est bien beau, mais absolument incontrôlable et invisible en tant qu'action. C'est, au final, un geste qui n'engage que des personnes, qui s'effectue nécessairement en privé. Il ne suscite aucun débat, aucune confrontation, aucune nécessité d'être assumé. Bref, tout le contraire de ce que nous essayons de créer à travers la grève.

1/2
14:50 sur 25/02/2012
Passons sur le fait de considérer les étudiants comme des clients de l'institution universitaire, puisque cela fait partie, justement, de ce qui est contesté dans la logique sous-jacente à la hausse.

Je voudrais plutôt souligner que la suggestion de retenir le paiement des frais surgit à chaque mobilisation - et à chaque fois d'ailleurs, c'est remarquable, la personne qui en fait la proposition a l'impression d'innover. En réalité, si ça fonctionnait, ça se saurait depuis longtemps. Cette forme d'action constitue un mauvais choix stratégique, parce qu'elle repose sur une action individuelle, qui, surtout, entraîne une sanction individuelle : tout le poids de la contestation porte alors sur l'individu, qui n'a aucune garantie, au moment de poser son geste, que les autres feront de même. Un dilemme du prisonner élémentaire. Sachez d'ailleurs que récemment, des étudiants de l'UQAM ont essayé ce moyen d'action : il s'est produit ce à quoi on pouvait s'attendre, c'est-à-dire qu'il s'est produit un phénomène de l'isoloir et les personnes qui ont suivi le mot d'ordre ont été les seules à en subir les conséquences, c'est-à-dire qu'elles ont été expulsées et que leurs cours n'ont pas été validés.

Vos dernières "analyses" démontrent que vous n'avez pas pris la peine de vous renseigner le moindrement sur les mobilisations étudiantes et leurs dynamiques avant de formuler vos réflexions et vos brillantes propositions.
23:28 sur 24/02/2012
La charte de Grenoble est l'une des inspiration du mouvement étudiant. Elle définit l'étudiant comme un travailleur intellectuel. Il est évident de faire le lien entre association étudiante et syndicat étudiant.

Bien que la loi ne considère pas l'étudiant comme un travailleur, il n'en reste pas moins que c'est sa principale occupation : travailler à se construire une identité professionnelle.

Si l'idée de la consommation prévalait dans le domaine du savoir, ne dénaturerions-nous pas l'engagement de l'individu dans l'enseignement tant pour l'étudiant que pour le professeur?

Ouvrir la perception de l'éducation comme consommation, n'est-ce pas introduire l'idée de l'économie du savoir? Et qui dit économie du savoir dit recul de la démocratisation de l'enseignement et valorisation d'un établissement au détiriment d'un autre.

Qui dit compétitivité des diplômes introduit l'augmentation de l'écart entre les classes sociales. Aux plus fortuné les meilleurs diplômes, les meilleurs emplois et les postes de direction.

Déjà qu'au service financier des universités nous somme déjà inscrit comme clients, qu'arriverait-il si l'éducation serait un service et non un droit?

Mais l'idée de s'inscrire à la prochaine session et de retenir le paiement comme mouvement de protestation reste un bon moyen de pression.Il faut garder en tête que la hausse se fait sur le long terme et que l'affrontement ne se terminera pas au printemps....
21:59 sur 24/02/2012
Louable concession de votre errance dans votre texte précédant. 10$.
Suggestion de boycott des frais de scolarité... ça n'a pas de prix.
Pour le reste, il y a nos impôts.