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Semer le doute pour sauver ses profits: une stratégie de l'industrie des boissons sucrées

Avant l’industrie des boissons sucrées, les industries du tabac et de l’alcool ont utilisé la même tactique de banalisation des risques de leurs produits.

13/09/2017 09:00 EDT | Actualisé 13/09/2017 09:00 EDT
Getty Images/iStockphoto
Au Québec, 20% des enfants, un adolescent sur quatre et près d’un adulte sur cinq consomment des boissons sucrées tous les jours.

Une fois de plus, l'industrie des boissons sucrées nie que ses activités contribuent à l'épidémie d'obésité. Avec les démonstrations scientifiques établissant une association entre les boissons sucrées et le gain de poids qui s'accumulent, le discours des porte-paroles de cette industrie devient malaisant.

Dans son dernier billet, le président de l'Association canadienne des boissons, Jim Goetz, s'attaque aux affirmations de la Coalition Poids concernant l'association entre la consommation de boissons sucrées et le surpoids. Toutefois, il se garde bien de préciser que ce n'est pas seulement notre regroupement qu'il contredit; c'est l'Organisation mondiale de la santé, Santé Canada, l'Institut national de santé publique du Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, la Fondation des maladies du cœur et de l'AVC, les Diététistes du Canada, l'Association médicale canadienne, le Rudd Center for Food Policy and Obesity, le Center for Science in Public Interest, de nombreux chercheurs universitaires et plusieurs autres organisations. De plus, Monsieur Goetz passe sous silence le fait que le produit qu'il défend est également associé à nombreux autres problèmes de santé, comme le diabète, les maladies cardiovasculaires, l'érosion et la carie dentaire. L'importante acidité et le sucre de ces boissons sont tout particulièrement néfastes pour la santé dentaire.

Bien sûr, il était prévisible que l'industrie des boissons sucrées souhaite semer le doute sur cette question pour protéger ses profits, voire son existence. Par contre, ce n'est pas parce que l'Association canadienne des boissonsreconnaît que « la santé des jeunes et de l'ensemble des Canadiens est importante » qu'elle devient une experte de la santé publique. Cela n'enlève pas non plus sa part de responsabilité dans les problèmes de santé auxquels elle contribue.

Lorsque l'Association canadienne des boissons cite l'Enquête sociale dans les collectivités canadiennes pour soutenir que la consommation de boissons sucrées est modérée (sous prétexte qu'elle représente 4 % à 7 % de l'apport calorique quotidien des Canadiens), elle fait une interprétation erronée. Elle devrait savoir que cette enquête indique une moyenne de consommation : les consommations excessives et occasionnelles sont donc additionnées dans un même bassin de réponses, que l'on divise par le nombre de personnes interrogées. Puisqu'il y a des Canadiens qui ne consomment pas de boissons sucrées ou en prennent très peu, cela signifie qu'il y a des gens qui en consomment beaucoup plus que 4% de leur apport calorique, pour atteindre des taux moyens de 4% à 7% des calories. Ainsi, les données qui témoignent de la fréquence d'un comportement alimentaire à risque, telle la consommation régulière de boissons sucrées, sont beaucoup plus pertinentes pour évaluer l'ampleur d'un problème de santé publique.

Au Québec, 20% des enfants, un adolescent sur quatre et près d'un adulte sur cinq consomment des boissons sucrées tous les jours.

Au Québec, 20% des enfants, un adolescent sur quatre et près d'un adulte sur cinq consomment des boissons sucrées tous les jours. Cela veut dire que près de 2 millions de Québécois sont directement concernés par un problème de surconsommation de boissons sucrées. C'est loin d'être modeste! Ce constat inquiétant appelle plutôt à des actions multiples pour renverser cette problématique, en partie entretenue par le marketing omniprésent de cette industrie et qui vise particulièrement les jeunes. Sachant que les boissons sucrées constituent la source principale de sucre ajouté dans la diète des Canadiens et qu'elles sont inutiles d'un point de vue nutritionnel, réduire leur consommation est certainement une solution à mettre dans la liste des stratégies prioritaires.

Une taxe sur les boissons sucrées à réinvestir en prévention est la stratégie estimée la plus prometteuse en termes de coûts-efficacité. C'est aussi une proposition cohérente avec le fait que l'industrie est redevable à la population et doit réparer une partie des torts qu'elle occasionne avec la mise en marché agressive de ses produits néfastes à la santé. D'autres stratégies complémentaires doivent aussi s'y ajouter, comme le propose la plateforme de la Coalition Poids. Devant un problème de santé aussi complexe et prévalent que l'obésité, il n'y a pas de solution unique. Cependant, ce n'est pas parce qu'une solution ne règle pas l'ensemble du problème qu'on ne doit pas l'appliquer !

Avant l'industrie des boissons sucrées, les industries du tabac et de l'alcool ont utilisé la même tactique de banalisation des risques de leurs produits. C'est du déjà-vu. Il semble totalement déraisonnable que le gouvernement n'en fasse pas davantage pour freiner le fléau de la surconsommation de boissons sucrées. Le statu quo n'est pas une option, allons de l'avant !

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