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Quand ta valeur est liée à ton apparence physique

Des pensées anxieuses vis-à-vis mon apparence physique ont décidé de s’installer à côté de mon sentiment de tristesse.

20/07/2017 09:00 EDT | Actualisé 21/07/2017 11:26 EDT
Getty Images/iStockphoto
Il n’y a pas de solution miracle pour éviter ces comportements et règles mercantiles de la beauté.

Hier soir, ma coloc a fait une vidéo de moi. Un petit 15 secondes de story instagram, un sujet rigolo, un clin d'œil pour les amis. Bref, tout ce qu'il a de plus banal en 2017.

J'ai visionné le petit bout de film 3 fois. La première fois, j'ai remarqué ce dont j'avais l'air: bras grassouillet, visage fatigué. La deuxième fois, mes bras n'étaient plus grassouillets. Ils étaient devenus gros. La troisième fois, mes bras étaient gros, j'étais grosse et un sentiment de tristesse a déplié sa chaise de camping et a installé sa tente dans mon cœur.

Au matin, croyant que c'était la fatigue qui m'avait mise dans un tel état, j'ai regardé à nouveau la vidéo. J'avais probablement espoir d'y voir autre chose. Mais non. Même résultat. Je me suis alors questionnée. Est-ce le mauvais choix de robe ? Est-ce parce que je vais avoir mes règles ? Est-ce que les gens remarquent que j'ai l'air de ça ? Qu'est-ce qu'ils pensent ? Ça doit sûrement être la raison de mon célibat. Je dois être plus vigilante sur mon alimentation, je dois aller au gym plus souvent.

Des pensées anxieuses vis-à-vis mon apparence physique ont décidé de s'installer à côté de mon sentiment de tristesse. Et hop ! Un autre campement de fait.

Ce même matin, je me suis préparé pour aller travailler. J'ai choisi des vêtements plus sobres, un chandail qui cache mes épaules, un jeans qui cache mes cuisses. J'ai pris soin de bien maquiller mes yeux et de me coiffer, aussi. Rien d'anormal. Sauf que pendant tout le rituel j'avais ce souci de ne pas avoir l'air de ce que j'ai vu sur la vidéo. J'ai préparé mon lunch, fait attention au choix de la nourriture et finalement, j'ai fait mon sac pour le gym.

Je sais aussi que la construction sociale de la beauté est irréelle et que ces règles ont été établies dans le but de rendre l'homme et la femme esclaves de la société de consommation.

On s'entend, il n'y a rien de mal à vouloir être coquette. J'adore la mode et j'aime être bien dans ma peau. Règle générale, je prône l'acceptation du corps et la diversité corporelle. Je le crie haut et fort, j'essaie de porter ce qui me plaît, etc. Je sais aussi que la construction sociale de la beauté est irréelle et que ces règles ont été établies dans le but de rendre l'homme et la femme esclaves de la société de consommation.

Sauf que, quand je repense à ma routine matinale, à l'état dans lequel je me trouvais et à l'énergie que j'ai dépensée à me questionner, une citation de Naomi Wolf m'est revenue en tête. « A culture fixed on women thinness is not an obsession about female beauty, but an obsession about female obedience, Dieting is the most potent political sedative in women's history; a quiet mad population is a tractable one.» En d'autres mots, lorsqu'on obéit aux règles de beauté que la société impose et ici je parle autant de règles imposées pour les hommes que pour les femmes de tous âges, on en devient esclaves. On met notre esprit, notre vision, notre énergie, notre argent, nos ambitions et nos corps au service d'un autre parti. Un parti qui ne veut pas notre bien. Oh non !

A culture fixed on women thinness is not an obsession about female beauty, but an obsession about female obedience, Dieting is the most potent political sedative in women's history; a quiet mad population is a tractable one.Naomi Wolf

Rien de nouveau sous le ciel de l'Ontario, j'en conviens. Ce qui me frappe ce matin c'est que même en connaissance de cause, ces lois arrivent à être trop présentes dans nos vies, dans nos esprits, dans nos cœurs, dans notre système nerveux et dans l'éducation de tout un chacun. Ces doctrines arrivent à tous nous faire douter à un moment ou à un autre. Parfois, le doute devient maladie et obsession. D'autres fois, il arrive et repart. Dans tous les cas, il gruge notre énergie et détourne notre temps et intention vers des artifices construits de toute part. Des artifices qui ne nous servent pas. Il tourne notre attention vers l'extérieur alors qu'elle devrait être fixée sur l'intérieur. Ce doute nous fait parfois perdre un temps précieux. Temps qu'on pourrait mettre sur ce qui nous rend heureux ou réellement utiles. Ces doctrines nous poussent à aller au gym, non pas pour fournir à notre corps les éléments essentiels pour le maintenir au meilleur de sa capacité et lui donner l'amour qu'il mérite. Non, on va au gym principalement pour moins le détester, moins le juger, pour l'image qu'il renverra. Ces règles n'ont qu'un seul but: transformer l'amour propre en haine propre. Et ça fonctionne !

Ta valeur n'est pas liée à ton apparence physique. Elle est liée au bien que tu fais autour de toi, à l'amour que tu répands

Hier soir et ce matin, je me suis fait prendre au jeu. Il n'y a pas de solution miracle pour éviter ces comportements et règles mercantiles de la beauté. Ça prend une grande force mentale pour se donner l'amour qu'on mérite et c'est essentiel de se le rappeler. Ça prend du contrôle et de l'amour pour ne pas se juger et ne pas juger les autres. Ça prend aussi de l'empathie pour aimer ce qu'on considère nos défauts. Ça prend du courage pour faire ce qu'on croit bon pour nous, sans répondre à ces règles. À toi qui t'es reconnu dans ma routine si banale de ce matin et dans ma réaction devant un stupide 15 secondes de Story Instagram : Tu es merveilleuse (eux). Ta valeur n'est pas liée à ton apparence physique. Elle est liée au bien que tu fais autour de toi, à l'amour que tu répands. S'il te plaît, parle-toi comme tu parlerais à un ami et donne-toi de l'amour. C'est la seule façon qu'on arrivera à ne pas être esclaves.

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