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Pays sûrs, santé incertaine

06/03/2013 04:28 EST | Actualisé 06/05/2013 05:12 EDT
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Madame la première ministre,

Monsieur le ministre de la Santé,

J'ai 20 ans. Je suis étudiante à l'université depuis un an et demi. J'ai exercé mon droit de vote pour la première fois il y a déjà plusieurs mois. Depuis, je me sens encore plus responsable de suivre l'actualité politique. Ma conscience morale et sociale m'y oblige. Baignant dans le milieu de la santé, il m'arrive d'entendre des histoires comme celle d'un patient qui se présente à l'hôpital avec une appendicite aiguë perforée doublée d'un abcès intra-abdominal majeur, et qui doit ensuite payer pour rester en vie. L'étudiante en moi est indignée.

Il n'y a pas trop longtemps de cela, notre cher premier ministre, monsieur Harper, aidé de son grand allier le ministre Jason Kenney, a décidé de couper dans le programme fédéral de santé intérimaire. Ce faisant, le gouvernement a privé de nombreux réfugiés et demandeurs d'asile de l'accès aux soins de santé, droit humain des plus fondamentaux que le Québec a toujours chéri.

On en parlait beaucoup plus dans les médias avant. Aujourd'hui, presque plus. Sauf quand monsieur Harper et ses amis annoncent que le Mexique et Israël se classent maintenant parmi les pays «sûrs». Et puis, ça retombe sous silence. Des médecins ont haussé la voix et se sont rassemblés, au Québec comme au Canada. Une vingtaine d'associations de professionnels de la santé à travers le pays ont fortement exprimé leur désaccord, tout comme la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ). La position, soutenue par des principes d'équité, de bien-être et de protection des droits universels de l'homme, a été votée à l'unanimité.

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Campagne "Fill the Gap" par des professionnels de la santé de Toronto

Vous voyez, je suis étudiante en médecine. Je ne fais peut-être que commencer, mais ça m'enrage déjà de savoir que nos patients n'ont pas un accès égal à notre système de santé; de savoir que nos patients n'ont pas les mêmes droits face à leur santé et leur vie; et de savoir qu'un jour, je pourrais être dans l'obligation de refuser de soigner un homme, une femme, un enfant qui se présentera à l'hôpital où je travaillerai. Seulement parce qu'il ou elle n'a pas l'argent pour payer une facture de plusieurs milliers de dollars.

Mon espoir dans toute cette histoire se fondait sur le fait que Québec s'engageait à payer les traitements qu'Ottawa cesserait de rembourser. Malheureusement, cela fait près de six mois que ces coupures sont entrées en vigueur et Québec n'a toujours pas transformé ces belles paroles en un engagement politique réel et concret. Nos médecins sont toujours aussi confus, les soins offerts au patient sont compromis. Certains refusent même de traiter, de peur de devoir assumer les quelques milliers de dollars associés à la prestation de soins. Le sujet est bien documenté, mais l'indifférence politique étonne.

Madame Marois, monsieur Hébert, je vous demande aujourd'hui de passer à l'action et d'énoncer de façon claire et juste une politique qui permettrait à tous nos réfugiés et demandeurs d'asile d'être égaux devant notre système de santé québécois.

Je vous remercie sincèrement de partager avec moi et avec des milliers d'autres étudiants en médecine ce respect du droit à la santé.

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