Claudel Petrin-Desrosiers

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Étrangeté quotidienne

Publication: 10/05/2013 06:17

Il y a de ces jours où l'on constate l'étrange fragilité de la vie. Des moments anodins qui, comme ça, ponctuent notre quotidien de réflexions inattendues. Mercredi était l'une de ces journées.

Tout a commencé à l'hôpital. Chaque semaine depuis le début de ma formation doctorale, j'ai la chance d'être immergée dans les milieux hospitaliers de Montréal : c'est très peu, mais pourtant on réussit à apprendre les rudiments. Entre deux étages, on rencontre des patients, ne sachant pas trop ce que l'on cherche, mais on questionne, on examine, on palpe, on ausculte. Pour l'instant de quelques minutes, on s'immisce dans la vie d'un homme, d'une femme. On ose poser des questions qu'on ne poserait probablement même pas à nos parents. Ce matin, j'ai rencontré une dame, assez âgée, qui avait mal au genou. Arthrose probablement. Sa douleur était quasi invisible au regard d'autrui, la dame paraissait bien.

En fin d'après-midi, j'ai pris la route pour le centre-ville. En entrant dans le métro, chicane de couple. Des jeunes. Environ 25 ans je dirais. Ça frôlait la violence conjugale, mêlée d'intimidation, de peur, d'un sentiment de dépendance. Des cris, comme ça, dans le métro, sans gêne. Il fallait par contre voir le malaise sur la face des passants. On évitait du regard, personne n'osait intervenir. Le couple est parti comme il est arrivé. Sans laisser de traces.

Opposition totale à ce qui m'attendait dans le wagon. Des vrais adolescents en amour par dessus la tête. Le métro aurait plongé dans le noir soudainement et ils s'en seraient à peine aperçu. Ils étaient beaux à voir dans leur bulle d'insouciance, de légèreté, de bonheur. De quoi faire envier les observateurs.

J'avais par la suite une rencontre pour pousser une initiative vers un forum social mondial 2015 au Québec. Un groupe hétéroclite, des jeunes et moins jeunes avec des histoires qui sortent de l'ordinaire : des histoires d'engagement communautaire, des histoires issues du peuple, le vrai. Une place à la parole citoyenne pour parler d'injustices sociétales, environnementales, économiques. Par ailleurs, Le Devoir en parlait plus tôt cette semaine. L'idée est lancée. Maintenant, il ne faut que la réaliser.

Le retour en métro s'est fait dans la même étrangeté que l'aller. Il faut croire que les étoiles étaient alignées pour me faire vivre une journée de réflexions. J'ai croisé un monsieur, trop rapidement vieilli par la vie. L'étudiante en médecine que je suis a rapidement remarqué des problèmes neurologiques majeurs. Mais je me suis surprise à regarder les gens autour de moi : un vif coup d'oeil sur l'apparence, et hop, un regard rempli d'un jugement lourd de sens. Comme si l'individu n'avait pas d'antécédents, d'historique, de contexte social, de malchances. Comme s'il ne venait que tel quel. Comme si son apparence n'était que le résultat de mauvais choix individuels qui s'étaient accumulés.

Un cas similaire quelques instants plus tard dans l'autobus. Cette fois, un jeune homme qui parlait dans le vide, sans arrêt. Tout le cours de sa pensée devenait nôtre. Sûrement un autre trouble psycho-neurologique. Encore une fois, des jugements d'autrui instantanés, comme si ce jeune homme voulait perturber le mince équilibre public. Incompréhension la plus totale.

Ces tranches de vie, elles arrivent à l'un et à l'autre, à vous et à moi, tous les jours. Des moments comme ça, qui remettent en question la fragilité, l'étrangeté de la vie. On se surprend à porter un jugement beaucoup plus facilement que l'on pourrait y croire. On ne cherche que rarement à comprendre. Entre des passants et des groupes d'individus déterminés à changer le cours des choses, il y a ces citoyens, plus vulnérables, qui doivent jongler entre l'incompréhension et le quotidien, qui ont besoin de notre appui plus que de nos fausses accusations.

 

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