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De leur côté du rideau

27/02/2013 10:06 EST | Actualisé 29/04/2013 05:12 EDT
PC

Je regarde les nouvelles, et tout ce que je vois, ce sont des images du Sommet sur l'enseignement supérieur. Ça me fait tout drôle pouvoir me dire: «J'y étais».

Durant ces deux derniers jours, j'ai habité cette grande salle. Certes à titre d'observatrice, mais j'aurai quand même eu la chance d'avoir Pauline Marois, Pierre Duchesne, Martine Desjardins, Guy Breton et tout ce tralala de gens importants assis à quelques mètres de moi.

J'avais hâte de ce sommet. Parce qu'il y a un peu moins d'un an, j'animais à l'Université de Montréal le plus grand mouvement de grève de l'histoire qu'ont connues les facultés de médecine du Québec. J'ai été porte-parole et co-auteure d'un livre appelant à un éveil citoyen. J'ai milité, je suis descendue dans les rues, j'ai crié jusqu'à en perdre la voix, j'ai débattu, je suis allée voter, j'ai suivi religieusement l'actualité politique, j'ai écrit dans les journaux, je me suis impliquée. Cette cause était profondément ancrée en moi, j'étais sincèrement passionnée. Et j'essaye, encore aujourd'hui, de faire tout ça.

Ce sommet m'intriguait, et je refusais de croire, peut-être un peu naïvement, que les dés étaient joués d'avance. J'avais hâte de pouvoir suivre les discussions, de voir les enjeux cruciaux remis au cœur des débats, de pouvoir parler ouvertement de gratuité scolaire sans se faire répondre que c'est impossible. J'avais hâte de rêver d'une vision commune sur l'éducation supérieure au Québec. Mais rien de tout ça n'est arrivé.

À la place, entre les sachets de thé Kusmi, la mousse choco-framboise dans les petits pots Mason et les olives marinées, les discussions étaient anormalement calmes. Beaucoup de consensus trop faciles sur un sujet aussi important. Des grandes phrases remplies de mots compliqués qui nous laissent sur notre faim. Des propos un peu déroutants du Conseil du patronat, de Legault et de la CRÉPUQ - rien d'étonnant. Peu de temps pour analyser en profondeur les questions de financement et d'accessibilité. Un gouvernement serein et confiant, parlant de réformes majeures, de prospérité, d'avenir. Des gens habillés chic qui, assis du haut de leurs tours d'ivoire, ont oublié ce que c'était d'être étudiant(e).

Des techniciens de l'Arsenal me disaient que monter la salle allait avoir pris plus de temps que le Sommet lui-même. Un photographe de l'agence QMI me disait qu'il ne voulait pas couvrir la manifestation du 25 février au soir, de peur d'être poivré et tabassé par les policiers. Un chauffeur de taxi argumentait qu'au Liban, les études en pharmacie coûtent 25 000 $ par année, et qu'au Québec, on ne pouvait pas penser à la gratuité. Un manifestant a braqué son iPhone en mode vidéo sur moi à ma sortie du Sommet, me lançant du même coup un regard de feu, comme si je devais avoir honte de m'être assise dans cette salle.

Je suis encore extrêmement perplexe face aux conclusions de ce Sommet. J'ai encore beaucoup trop de choses qui me trottent dans la tête. J'ai hâte de voir comment les médias et réseaux sociaux vont dépeindre l'évènement dans quelques jours, quelques semaines. Tout ce que je me retrouve à dire en ce moment, c'est: «J'y étais ».

Déjà, les étudiants sont retournés dans les rues, et la police est passée à l'offensive. J'ai encore des frissons face à ce que nous avons réussi à faire au printemps dernier, et j'ai le goût qu'on se dise : poussons encore plus loin, portons notre voix franche de nos convictions au plus haut des tribunes, ne renonçons pas à notre espoir de voir une éducation supérieure accessible à tous. Ne laissons surtout pas cette réflexion s'effriter.

De leur côté du rideau, la rage et la passion étudiante me manquaient.

Le Sommet en photos

Le Sommet sur l'enseignement supérieur en photos


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La manif post-sommet de l'ASSÉ