Claude-André Mayrand

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Souvenirs du vieux Forum

Publication: 14/03/2012 15:47

Le 11 mars dernier marquait le 16e anniversaire d'un événement marquant dans l'histoire centenaire du Canadien de Montréal: la fermeture du mythique Forum de Montréal. Le 11 mars 1996, le Canadien l'emportait 4 à 1 sur les Stars de Dallas avant une cérémonie de fermeture émotive et inoubliable. Et devinez quel "kid" de 10 ans se trouvait dans les gradins pendant ce spectacle magique?

J'avais 10 ans et c'était la première fois que j'allais assister à un match du Canadien. Partisan depuis au moins trois ans, soit depuis la Coupe Stanley de 1993, joueur moi-même depuis quelques mois seulement, je crois que j'avais fait un back-flip et un moonwalk en même temps lorsque j'avais appris que j'allais assister à un match du Canadien "en vrai". Mon premier en plus. À ce moment, je ne réalisais pas pleinement la valeur de ces billets. Pour moi, ce n'était qu'une première visite au Forum: je crois que je ne comprenais pas pleinement qu'il s'agissait par le fait même d'une dernière fois, encore moins d'une soirée historique qui ferait l'envie de tous un jour.

Accompagné de mon père, nous avions de bons billets, dans un coin de patinoire, là où le Canadien allait attaquer durant deux périodes, en première et en troisième, à une hauteur que je pourrais comparer à la rangée T ou U des rouges du Centre Bell: pas trop haut, pour bien voir les joueurs, ni trop bas, pour bien voir l'ensemble de la patinoire. Des sièges parfaits. En fait non, pas parfaits: les bancs comme tels étaient plutôt inconfortables au Forum, une horreur en comparaison aux sièges coussinés du Centre Bell. Mais ce n'était qu'un menu détail. La majorité de la soirée, nous allions la passer debout.

Les adversaires étaient les Stars de Dallas, ex-North Stars du Minnesota. Si les Stars, ou même les North Stars, n'avaient pas une longue liste de faits marquants à se remémorer au Forum, le choix de l'équipe adverse pour cette dernière partie était prévu à l'avance: dans le camp adverse se trouvaient Guy Carbonneau, le dernier capitaine à avoir soulevé la Coupe Stanley à Montréal, et Bob Gainey, directeur général des Stars, l'avant-dernier capitaine à l'avoir fait, 10 ans plus tôt.

Le Canadien avait remporté le match par la marque de 4 à 1. De toute façon, les Stars ne pouvaient pas venir ici et gagner le match. Ça ne sera jamais affirmé publiquement, mais je suis sûr qu'ils n'ont pas joué à leur pleine capacité. Ils n'avaient pas le droit de venir ruiner le gros party auquel ils étaient chaleureusement conviés. Ils n'ont pas été dans le coup de toute façon, le Canadien dominant du début jusqu'à la fin.
Ce n'était certes plus le Canadien d'antan, mais on comptait quand même sur plusieurs joueurs de talent, à commencer par notre ligne de centre qui faisait l'envie de toutes les équipes à l'époque: le capitaine Pierre Turgeon sur le premier trio et les futurs capitaines Vincent Damphousse et Saku Koivu sur les deux trios suivants. Le nouveau gardien de l'équipe, Jocelyn Thibault, était devant le filet du Canadien, lui qui avait été acquis en retour de Patrick Roy trois mois auparavant. De grands patins à chausser, spécialement en cette soirée historique à laquelle, selon moi, Patrick Roy aurait dû être convié... en tant que gardien partant de l'équipe.

Aussitôt le match terminé, la vraie soirée commença, celle qui allait être marquante, celle dont je ne réalisais pas tout à fait l'ampleur. Tous les grands joueurs du Canadien ont défilé sur le tapis rouge déployé à la largeur de la patinoire: Guy Lafleur, Elmer Lach, Jacques Lemaire, Dickie Moore, Steve Shutt et autres Ken Dryden, ainsi que tous les capitaines vivants de l'équipe, tous revêtus de leur chandail du Canadien rouge qui est un des plus beau de la LNH: Maurice et Henri Richard, Émile Bouchard, Serge Savard, Yvan Cournoyer, Jean Béliveau, Bob Gainer, Guy Carbonneau et, bien sûr, Pierre Turgeon. Les ovations étaient longues et chaleureuses, particulièrement celle réservée au Rocket, dernier joueur présenté à la foule avant la fameuse cérémonie du flambeau pendant laquelle tous les capitaines se sont relayés un flambeau tel un Saint-Graal afin de marquer la passation d'une belle époque qui se termine à une nouvelle ère qui débute. Une grande orchestration qui s'est poursuivie cinq jours plus tard à l'ouverture du Centre Molson (devenu Centre Bell en 2003).

En tant que petit partisan du Canadien pas tout à fait conscient de l'histoire imposante de l'équipe, mes idoles, c'était les Koivu, Patrice Brisebois, Martin Rucinsky, Brian Savage et autres Valeri Bure. Mais à voir et à entendre les spectateurs acclamer avec autant de respect et d'admiration les Richard, Béliveau, Dryden et Lafleur, j'ai compris, et ce, malgré mes 10 ans et 19 jours bien sonnés. L'émotion, je la ressentais autant que tous les autres partisans réunis dans le Forum plein à craquer. C'était un peu comme si, moi aussi, j'avais vu les grandes dynasties de nos Glorieux dans les années 50 et 70. Je ne sentais plus mes mains à force d'applaudir et d'applaudir. La soirée s'est terminée vers une heure du matin si ma mémoire est bonne. J'avais manqué l'école en avant-midi le lendemain. Je voulais dormir longtemps, je voulais rêver longtemps, je voulais me remémorer ces moments en boucle afin d'en garder un souvenir le plus intact possible.

C'est avec le sourire aux lèvres que je me suis couché, endormi et réveillé cette nuit-là, un sourire marquant qui revient très rapidement sur mon visage aussitôt que les souvenirs de cette soirée magique du 11 mars 1996 me reviennent en tête.

Aujourd'hui, le vieux Forum de Montréal a été transformé en centre de divertissement qui accueille, entre autres, un cinéma. J'y suis allé pour voir un film la semaine dernière pour la première fois, presque 16 ans jour pour jour après cette soirée mémorable. En revoyant ce qui était le centre de la glace, en apercevant les quelques sièges du vieux Forum encore sur place pour la postérité, tout m'est revenu à l'esprit.

Je me considère chanceux et privilégié d'avoir pu participer en direct à une telle soirée. Je le réalise pleinement aujourd'hui. Les billets pour ce match nous avaient été offerts par mon oncle Guy, le frère de mon père. Emporté par une tumeur au cerveau le 21 février dernier, je tenais à rédiger ce billet en son honneur, pour le remercier de nous avoir offert, à mon père et à moi, ce si merveilleux cadeau.

C'est un moment que je n'oublierai jamais.

 

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