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Trump, Wall Street et la classe ouvrière

17/01/2017 08:25 EST | Actualisé 17/01/2017 08:25 EST

Le chemin qui a mené Donald Trump à la présidence des États-Unis, poste qu'il s'apprête à occuper, nous aura fait voir d'étranges paradoxes. Un des plus curieux d'entre eux est d'avoir gagné contre une candidate à qui l'on reprochait d'être trop proche de Wall Street, alors que lui-même est davantage un pur spécimen de cet establishment.

Les marchés financiers ont d'ailleurs jubilé au lendemain de sa victoire. Que pouvait-on demander de mieux? Le nouveau président a promis tout ce dont les riches gens d'affaires pouvaient rêver : de la déréglementation, des politiques nettement orientées en faveur du monde des affaires, de grosses dépenses dans les infrastructures et dans l'armée, d'importantes baisses d'impôt. Sans oublier les postes clés qui leur ont été offerts dans son gouvernement.

Que ce programme soit carrément insoutenable importe peu aux marchés financiers, qui voient rarement plus loin que le bout du nez. On ne peut en effet se lancer dans de grosses dépenses publiques lorsqu'on veut par exemple réduire les impôts des entreprises de 35 % à 15 %. S'ensuivra inévitablement un gigantesque déficit qui ne sera jamais compensé par une reprise économique, par ailleurs aléatoire.

Ceci montre une fois de plus à quel point les marchés financiers sont non seulement incapables de penser à d'autres choses que leurs intérêts immédiats, mais évaluent d'abord et avant tout les gouvernements selon leur degré d'adhésion aux principes de l'ultralibéralisme.

Ce qui pourrait se retourner contre ceux-là mêmes qui ont voté en faveur de Trump dans l'espoir qu'il relance l'économie. L'équipe de milliardaires qui entoure le président ne fait qu'accentuer le problème : comment des gens qui profitent d'un système tellement inégalitaire pourraient-ils retourner leur veste et mettre fin à des politiques qui les avantagent à ce point?

Certes, il existe des personnes nombreuses qui croient encore en la théorie du ruissellement, selon laquelle la richesse des plus favorisés se déverse tout simplement sur le reste de la population. Chose curieuse, pendant la campagne électorale, c'est Hillary Clinton, si proche de Wall Street disait-on, qui a dénoncé à plusieurs reprises cette croyance : «Ça a été essayé. Ça n'a pas marché. Ça a échoué de façon plutôt spectaculaire» a-t-elle lancé dans une assemblée le 21 octobre au Massachusetts.

On découvre aujourd'hui que les liens entre Trump et Wall Street, peu abordés dans la campagne, sont non seulement très nombreux, mais peuvent aussi avoir des conséquences inattendues. Le Wall Street Journal a révélé le 5 janvier que plus de 150 institutions financières détiennent de la dette contractée par Donald Trump et ses entreprises. Le président se retrouvera dans une situation très particulière, alors que le chantage économique et le conflit d'intérêts pourraient grandement affecter ses décisions, au détriment de la population américaine.

L'espoir des gens qui ont voté pour Trump vient beaucoup de sa promesse de relancer le secteur industriel profondément affecté par les délocalisations. Des déclarations fracassantes de l'homme d'affaires devenu politicien laissent entendre qu'il prend ce problème au sérieux, ce qui a forcé plusieurs grands industriels à annoncer des projets de relocalisation aux États-Unis.

Il faudra voir s'il ne s'agit là que de quelques cas individuels contribuant à donner en apparence raison au président, sans que le phénomène ne soit vraiment significatif. L'expansion de la classe moyenne aux États-Unis des années 40 aux années 70 est advenue dans la continuité du New Deal de Roosevelt, sous la gouverne d'un État puissant et établissant ses règles, avec des taux de taxation particulièrement élevés.

Les relocalisations souhaitées par Trump se feront dans un contexte très différent, sous un régime ultralibéral, ce qui semble être un nouveau paradoxe : comment un gouvernement adepte de la déréglementation trouvera-t-il l'autorité pour convaincre les entreprises de ramener leur production là où les profits seront moindres? Parviendra-t-il vraiment à imposer des barrières tarifaires, interdites par les accords de libre-échange et qui répugnent à l'ensemble du milieu des affaires?

Rien ne laisse entendre que le gouvernement de Trump engendrera le miracle économique tant attendu. Les détériorations de l'environnement, l'absence de filet social, de nouvelles atteintes à la syndicalisation, le libéralisme sans contrainte, le simplisme avec lequel Trump aborde les grands problèmes affecteront durement la classe ouvrière. Sans oublier les décisions impulsives de l'homme, auxquelles il nous a déjà trop habitués, qui pourront être catastrophiques lorsque surviendront des crises. Les plus grandes victimes du nouveau président risquent fort d'être les personnes qui ont voté pour lui.

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