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De Berlusconi à Trump, il y a de quoi s'inquiéter longtemps

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À la suite de la victoire de Donald Trump aux élections américaines, plusieurs ont été tentés de le comparer à Silvio Berlusconi, le grand trublion de la politique italienne, élu contre toute vraisemblance premier ministre, aussi milliardaire que son pendant américain, misogyne, imprévisible, vulgaire, avec un gigantesque ego. Trump aurait-il un prédécesseur dont nous pourrions tirer des leçons?

Les deux ont été portés au pouvoir par un énorme malentendu. Ils ont reçu un appui considérable des individus de la classe moyenne en quête d'affirmation, alors que leur situation économique est fragilisée dans un contexte de mondialisation qui leur échappe.

Les deux hommes soulèvent une grande admiration chez certains des pas trop bien nantis. Ils sont des êtres rusés, retors, fonceurs, qui ont su profiter au maximum d'un système pourri. Qui pourrait le leur reprocher? N'est-ce pas ce que tous auraient envie de faire? Leur franc-parler, leurs rodomontades en font des individus encore plus enviables, des rebelles, des gens qui disent les choses franchement dans un univers hypocrite et hyperpolicé.

Mais l'intention d'un Trump ou d'un Berlusconi n'est pas et n'a jamais été de gouverner pour ces gens qui les ont élus. Leurs intérêts de milliardaires doivent passer avant tout. L'exercice du pouvoir pour eux consiste à satisfaire des pulsions narcissiques et à agir pour le bien de leur classe. On le voit très bien chez Donald Trump, par ses promesses de baisses d'impôt qui avantageront surtout les plus riches.

Et pendant qu'ils y sont, pourquoi pas gouverner tout en faisant fructifier leurs propres affaires? Berlusconi a été accusé plusieurs fois de conflits d'intérêt entre ses responsabilités politiques et ses intérêts privés. À la tête d'un empire financier, Donald Trump sera exposé à de multiples tentations. Mais il sera difficile d'avoir une idée juste de ce qui en découlera, puisque l'homme a toujours refusé de rendre publiques ses déclarations d'impôt et que ses entreprises ne sont pas cotées en Bourse.

Berlusconi et Trump sont surtout de purs produits de la télévision, qui reste l'instrument clé de leur succès. Le premier a créé des chaînes très populaires, réputées pour leur mauvaise qualité et les divertissements faciles qu'elles offrent: jolies femmes, paillettes, jeux amusants, publicité tonitruante. Berlusconi a d'ailleurs beaucoup profité de cet écrin fait sur mesure pour mousser sa popularité. Trump a été, entre autres le héros d'une émission de téléréalité qui l'a rendu immensément connu.

La télévision est d'ailleurs tombée en plein dans le panneau des ambitions de ces individus, profitant par un effet de surenchère à leur popularité. En parlant de la couverture médiatique de Trump, le PDG de la chaine CBS, Leslie Moonves, a affirmé: «Ce n'est peut-être pas très bon pour l'Amérique, mais c'est sacrément bon pour CBS! L'argent roule et c'est amusant, je n'ai jamais rien vu de pareil...»

L'information a plongé dans les bas-fonds et mis les exigences de qualité au rancard. Les frasques de Trump ont fait monter les cotes d'écoute. Et le politicien a joui en échange d'une grande visibilité, d'une formidable publicité gratuite. Tout le monde en profitait, personne ne s'en plaignait. Avec le résultat que l'on sait maintenant...

Les deux icônes de la télévision Berlusconi et Trump sont le résultat navrant d'un phénomène qu'ils ont largement encouragé, surtout dans le premier cas: une information qui carbure au spectacle et au profit, qui a abandonné l'exigeante mission d'instruire et de trier les nouvelles en fonction de leur réelle importance.

Quand on passe avec une relative facilité de la téléréalité à la tête du plus puissant pays au monde, dans la logique d'un système tellement soumis à l'argent et à la publicité, il y a de quoi s'inquiéter encore longtemps. Tant qu'on ne changera pas cela, il y aura toujours une grande place pour les autres Trump et Berlusconi de ce monde...

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