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La vague souverainiste brisée sur l'écueil du référendum de 1995

28/10/2015 11:35 EDT | Actualisé 28/10/2016 05:12 EDT

J'ai voté NON au référendum du 30 octobre 1995. Aujourd'hui, je persiste à croire que cela constituait une bonne réponse à une mauvaise question. Si c'était à refaire, ma réponse serait encore NON. Le fédéralisme, bien qu'imparfait, représente toujours pour moi la meilleure forme de gouvernement pour les Québécois. Vraie il y a près de 50 ans, la question monétaire, sans issue pour les tenants de la souveraineté du Québec, demeure pertinente.

Cela étant, je n'ai pas aimé le love-in de la Place du Canada le 27 octobre 1995. Soyons sérieux: rares furent les électeurs dupés par cette manifestation bien orchestrée de passion envers le Québec. Au pire, elle aura consolidé le vote de quelques naïfs. Au mieux, elle aura transféré les intentions des plus purs, écœurés par tant de cynisme. Au total, son effet aura été à peu près nul. Vraiment pas un grand moment de notre histoire.

Je n'ai pas aimé, non plus, voir le camp du NON, pourtant animé par des Québécois fédéralistes aussi nationalistes que quiconque, tomber petit à petit sous la férule des libéraux purs et durs de Jean Chrétien. Particulièrement après l'entrée en scène de Lucien Bouchard, venu au secours d'un Jacques Parizeau en difficulté. Dès lors, la campagne opposa Jean Chrétien à Lucien Bouchard, plutôt que Daniel Johnson à Jacques Parizeau. Autant dire qu'Ottawa s'en mêlait des deux côtés! Cela fit une réelle différence, l'admiration que les Québécois vouaient à Lucien Bouchard l'emportant facilement sur le respect, souvent glacé, qu'ils avaient envers le «p'tit gars de Shawinigan».

Je n'ai pas aimé la simplification à outrance des tenants du OUI ni les études tronquées du triste Richard LeHir, auto-proclamé cynique ministre de la Propagande péquiste. Pas plus que je n'ai aimé la campagne de peur menée par les tenants du NON, particulièrement par les libéraux fédéraux. On peut défendre ses arguments en s'appuyant sur le bon sens des citoyens plutôt qu'en faisant appel à leurs émotions.

Je n'ai pas aimé ignorer que Lucien Bouchard n'aurait aucun avenir comme négociateur du Québec dans l'éventualité d'une victoire du OUI. Je n'aime pas que mon premier ministre soit cynique et peu franc avec moi.

Je n'ai évidemment pas aimé la question ampoulée, alambiquée, ambigüe, presque malhonnête, longue de 100 mots, alors qu'il aurait été facile et tellement plus démocratique de faire en 1995, ce que les Britanniques et les Écossais ont réalisé en 2014: une question simple et directe, «voulez-vous que le Québec demeure dans le Canada oui ou non?»

J'aurais aussi souhaité que tout le processus soit issu d'une entente entre Québec et Ottawa, comme la chose s'est réalisée avec bonheur l'an dernier en Écosse.

Bref, on l'aura compris, je n'ai pas aimé cette période troublée de notre histoire. Ce qui aurait dû constituer un exercice démocratique de haute tenue s'est transformé en bagarre de ruelle où tous les (mauvais) coups étaient permis.

Le verdict populaire connu, je n'ai pas aimé la campagne effrénée menée par les fédéraux pour rattraper le temps perdu. En joignant l'utile («sauver un pays») à l'agréable (aider les amis), les petits drapeaux rouge et blanc nous ont mené directement au scandale des commandites.

Je n'ai surtout pas aimé la Loi sur la clarté, quoiqu'en pensent les juges de la Cour suprême. Un référendum se gagne à la majorité des voix, plus une. C'est l'essence même de la démocratie, comme cela a été démontré par le Parlement britannique en accord avec les dirigeants écossais. À moins, bien sûr, que toutes les parties concernées s'entendent sur une autre façon. On peut rêver, cela n'arrivera pas dans le Canada issu du rapatriement de la Constitution sans l'accord du Québec en 1982.

Dans la même veine, la récente déclaration de madame Lisette Lapointe, qui accepterait une décision unilatérale d'indépendance issue d'un Parlement majoritaire tant en nombre de sièges qu'en nombre de voix, est irrecevable. Une campagne électorale comporte trop de sujets, certains imprévus lors de son lancement, pour qu'il soit possible de déterminer que la volonté d'indépendance l'emporterait sur celle du changement ou tout autre enjeu dont il aurait été question au cours de celle-ci. Les apôtres du référendum ont raison ici, dont Pierre Karl Péladeau. Je présume que ce dernier favoriserait une question claire et simple, facilement compréhensible dans l'éventualité, fort improbable, qu'il soit un jour en position de décider de la tenue d'un référendum à la suite d'une victoire électorale.

Parlant d'avenir, je suis d'avis que demain n'est pas la veille. La génération X qui accède enfin au pouvoir, n'est pas intéressée par la question constitutionnelle. L'industrie de la constitution, en dormance depuis deux décennies, devra en faire son deuil. Et que dire des «Y», citoyens du monde depuis leur naissance? Ils sont ailleurs, tout simplement, et se préparent à succéder aux «X» dans pas mal moins de temps que ces derniers en ont mis à remplacer les indélogeables baby boomers, dont je suis! De toute façon, l'accord du lac Meech a constitué notre dernière chance de retrouver, à des conditions évidemment minimales, notre «place autour de la table» canadienne.

La vague souverainiste a déferlé sur le Québec durant 30 ans, avant de se briser sur l'écueil du dernier référendum. Le PQ, dont le vote est passé de 45 à 25% en 20 ans (1994-2014) et le Bloc de 23 à 19% en 4 ans (2011- 2015) en subissent le ressac. À tel point qu'après avoir douté de sa pertinence pendant longtemps, on peut maintenant douter de l'avenir de ce dernier. S'agissant du PQ, la prochaine élection sera capitale et décidera de son avenir. Une défaite encaissée à la suite d'une campagne (et d'une pré-campagne déjà commencée aux dire de PKP) électorale menée sur l'engagement de recourir à un référendum durant le premier mandat lui serait fatale.

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