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Quand le PQ méprise les institutions

02/05/2014 12:18 EDT | Actualisé 01/07/2014 05:12 EDT

Décidément, d'improvisation en manque de classe, d'absence navrante de jugement en stratégie qui tient du traquenard, le PQ nous aura prouvé, à quelques rares et heureuses exceptions près son profond mépris des institutions. J'ose encore croire que ce mépris ne s'étend pas au mépris de cette partie du peuple québécois qui ne partage pas sa vision, son option, bref, sa vérité.

Revoyons certains événements des dernières semaines pour nous en convaincre. Pas besoin de remonter au Déluge, encore moins au dernier référendum.

Février 2014, sans doute en pleine euphorie préélectorale : des sondages qui donnent une avance, une charte qui «fonctionne». Il est temps de mettre la machine en marche et de déposer (les mots sont importants) un budget. Pas un vrai budget avec les dépenses. Non, un budget bonbon avec les seuls revenus. Pas pour en débattre. Surtout pas. Pour servir de tremplin additionnel de lancement de campagne. Un budget, cela comprend une colonne de revenus et une colonne de dépenses. Pour que le peuple s'y retrouve et sache sur quoi il votera. Mépris des institutions.

7 avril 2014 vers 22h30 : C'est du bout des lèvres dans l'invraisemblable cirque que l'on connaît que la première ministre défaite et chef du PQ félicite son adversaire libéral. On convient tous que les circonstances d'une défaite ne se prêtent jamais à de longs épanchements envers le vainqueur. Ce soir-là, Madame Marois a été à l'extrême limite de la politesse. Jean Charest avait fait infiniment mieux en 2012. Manque de classe.

16 avril 2014 : passation des pouvoirs. Tout chef de gouvernement sortant un tant soit peu respectueux de la tradition, des convenances, j'ose ajouter de la démocratie et des institutions, rencontre le premier ministre-élu dans les 48 ou 72 heures qui suivent sa victoire. On se rappelle toute la difficulté qu'a connue l'équipe de transition, non seulement pour organiser cette rencontre protocolaire, mais simplement pour entrer en communication avec le cabinet de Madame Marois. Si bien que la rencontre, plutôt guindée, s'est tenue neuf jours après la défaite. Un triste record qui en dit long, encore une fois, tant sur le peu de cas que le PQ attache à la tradition parlementaire qu'au respect qu'il voue aux institutions. Les plus charitables d'entre nous parleront d'improvisation. Une autre!

Le député de Rosemont, Jean-François Lisée, qui n'est pas ce qu'on peut appeler un «ami politique» a appelé dernièrement, avec raison, à prendre exemple sur nos amis français qui, écrit-il sur son blogue, ont deux ou trois choses à nous apprendre sur l'esprit démocratique et républicain» en matière de continuité du pouvoir. Il est à souhaiter que, remis de la douche froide que lui a servie la chef du gouvernement sortant, le nouveau premier ministre confie à son ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques le mandat de mettre en place une passation des pouvoirs plus digne et plus respectueuse des institutions.

Depuis le 17 avril 2014. Sauf rares exceptions, dont le très racé Léo Bureau-Blouin et sans doute quelques autres moins visibles, mais tout aussi démocrates, les nouveaux élus se retrouvent devant des tiroirs vides, des cabinets dépouillés de leur contenu. Cette purge ne concerne pas que les dossiers politiques partisans (ce qui aurait été, à la limite, acceptable), mais TOUS les dossiers, y compris, bien sûr, ceux qui touchent les citoyens, ce qu'on appelle «les dossiers de comté». Encore ici, l'exemple vient de haut : la première ministre elle-même, députée de Charlevoix, se serait adonnée à ce petit jeu totalement anti-démocratique. Manque de jugement, mépris des institutions et de la continuité de l'État. On a le choix. En tout cas, elle ne peut invoquer ici l'improvisation!

Cette pratique doit cesser. Voilà un autre beau dossier pour Jean-Marc Fournier et le Bureau de l'Assemblée nationale qui devront, bien au-delà de la relation parfois confidentielle entre le citoyen demandeur de service et son député, revoir l'ensemble de l'organisation étatique du bureau de circonscription. Ces bureaux appartiennent à l'État, leurs coûts en sont défrayés par les impôts des citoyens. Avec toutes les nuances qui s'imposent (et il y en aura beaucoup, foi d'ancien député!) Il me paraît normal que leur contenu demeure entre les mains de l'État, quel que soit leur occupant, exception faite, encore une fois, des documents de nature purement partisane.

30 avril 2014 : Ne cherchez plus les études, il n'y en avait pas! Vous êtes surpris. Moi pas vraiment. Scandalisé, si. Ce gouvernement ne doutait de rien. En possession tranquille de ses certitudes, il n'avait besoin que d'une opinion (écrite ou verbale, on ne le sait pas trop) d'un ami, avocat et universitaire réputé, pour mettre à exécution la première partie de sa stratégie. L'opinion des juristes du Gouvernement qui le conseillent normalement dans la rédaction des projets de loi risquait de faire dévier cette stratégie en soulignant la fragilité de la base juridique de la charte.

Le PQ s'en allait en élection, charte sous un bras, livre blanc (assez dissimulé) sous l'autre, sûr de son bon droit comme toujours et de sa réélection (pauvre Couillard, il est si mauvais avec la charte et Fatima...). Celle-ci réalisée, la charte adoptée, le livre blanc expliqué, débattu, discuté ad nauseam, bref, les esprits préparés, échauffés, surchauffés, le premier tribunal aurait rejeté des pans entiers des certitudes tranquilles de Monsieur Drainville. Et le deuxième aurait confirmé. Les esprits se seraient échauffés davantage, la fièvre nationaliste aurait monté de plusieurs crans (lire : de plusieurs précieux points de pourcentage favorables à l'option du oui), jusqu'au jugement de la Cour Suprême qui, personne n'en doute, sauf peut-être Me Brun, aurait confirmé les deux premiers. Recours à la clause dérogatoire dans un climat de ferveur nationaliste porté à son paroxysme et déclenchement d'une élection référendaire, les Québécois se disant (enfin) prêts ou la première ministre les jugeant (enfin) prêts. J'exagère. À peine. Traquenard politique.

Souhaitons que les quatre années qui viennent soient l'occasion pour le PQ de repenser non seulement sa stratégie identitaire (une absolue nécessité), mais aussi l'importance qu'il accorde et le respect qu'il voue aux institutions, dont il se prétend encore trop souvent l'unique propriétaire et qu'il n'a pas hésité à bafouer tant avant que depuis sa défaite.

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