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L'ouverture tous azimuts à la différence de l'Autre

03/03/2014 11:53 EST | Actualisé 03/05/2014 05:12 EDT

De nos jours, il est de bon ton de se dire «ouvert à la différence de l'autre». Cette ouverture est tenue comme un principe incontestable qu'il convient d'adopter d'emblée à défaut de paraître intolérant. Elle est promue aussi bien dans les politiques officielles que dans les programmes scolaires. Même dans les discours de la vie quotidienne, on entend fréquemment ce genre de propos complaisants: «Ces personnes agissent et pensent autrement. C'est différent, c'est leur droit, je ne dois pas les juger.» En vertu de ce principe de l'ouverture inconditionnelle à la différence, on en arrive à célébrer la diversité sans aucun discernement, en ne prenant même pas la précaution de s'interroger sur la nature des éléments qui la composent.

Dans le débat actuel sur la laïcité de l'État, l'ouverture à la différence - en l'occurrence aux croyances et aux pratiques religieuses - constitue le principal argument des détracteurs de la Charte qui, se drapant dans leur dignité de tolérants bien-pensants, dénigrent leurs adversaires pour leur prétendue étroitesse d'esprit qui serait à la source de la xénophobie dont ils les soupçonnent. Cette attitude de supériorité morale issue de l'adoption tous azimuts de l'ouverture à la différence s'observe chez les gens de droite, mais encore davantage chez les gens de gauche, spécialement chez les partisans de Québec solidaire.

En raison notamment de l'idéologie multiculturelle qui s'est répandue au Canada et au Québec, toute forme d'opposition aux coutumes ou aux opinions des communautés immigrantes est souvent vue comme suspecte et porteuse d'intolérance, ce qui conduit à l'acceptation aveugle de la différence. On est amené ainsi à tolérer et même à accepter n'importe quoi, jusqu'aux coutumes religieuses les plus rétrogrades. Une telle attitude enfonce les esprits dans un relativisme si intransigeant qu'il paralyse le jugement.

Disons-le franchement: l'ouverture absolue à la différence est une absurdité qui peut conduire aux pires égarements sociaux. Comme toute autre chose, la différence doit être traitée et évaluée de façon critique et dans une perspective progressiste. Une différence n'est pas en soi acceptable. Elle ne l'est que si, après examen, elle s'avère bonne. Si au contraire elle apparaît comme mauvaise, elle doit être condamnée et combattue, qu'elle relève de la politique, de la religion ou de la culture dans son sens le plus large.

Pour nous en convaincre, considérons deux exemples illustrant des formes d'ouverture très différentes, la première irrecevable, la seconde recevable.

Le Code de la route de la pétromonarchie musulmane qu'est l'Arabie saoudite interdit aux femmes de conduire. Celui du Québec fait totalement abstraction du sexe, tant il va de soi ici que les femmes peuvent conduire. La différence entre les codes routiers des deux États est profonde. Par soumission à la dictature de la différence, faut-il considérer comme acceptable que la conduite automobile soit interdite aux femmes ou, au contraire, faut-il s'insurger contre un Code de la route aussi sexiste? Comme on dit, poser la question, c'est y répondre...

Dans ma carrière de professeur à l'Université Laval, j'ai eu le plaisir de diriger au doctorat des étudiants provenant du Gabon. J'ai eu avec eux d'intéressantes conversations sur leurs perceptions de la société québécoise. Un sujet qui les troublait beaucoup était le sort que nous réservons ici aux personnes âgées. En Afrique noire, les vieillards sont vus comme des sages à qui les plus jeunes doivent égards, reconnaissance et assistance. Mes étudiants gabonais concevaient difficilement que nous puissions abandonner nos aînés dans des hospices qui les déracinent de leur milieu. Ils regrettaient l'existence plus ou moins avouée chez nous de préjugés qui diminuent les gens âgés. Ils m'ont ainsi amené à prendre conscience du manque de considération de ma société envers nos aînés. Le très grand respect qu'ils vouent aux gens âgés constitue assurément un exemple nous invitant à revoir nos comportements et nos mentalités. L'humanisme intergénérationnel de l'Afrique noire peut en effet nous servir de leçon pour mieux traiter nos propres personnes âgées. Ce genre de différence doit non seulement être accueilli, mais il gagnerait à être intégré à nos valeurs.

Oui à la différence qui grandit, non à celle qui fait régresser! Pour nous prémunir contre les dangers de dérive que recèle l'ouverture absolue à la différence, nous devons faire preuve d'ouverture seulement pour les différences recevables et savoir en même temps faire preuve de fermeture pour toutes les différences irrecevables.

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