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Nos dirigeants d'entreprise sont des immatures mais aussi des insécures du numérique!

16/04/2014 11:49 EDT | Actualisé 16/06/2014 05:12 EDT

Avis à tous les CIO et CTO de ce monde: arrêtez d'obséder sécurité et rêvez plutôt collaboration et innovation ouverte ! Pas facile à faire ces temps-ci avec PRISM et Heartbleed, mais vous arrive-t-il de rêver à un monde pas si idéal ni utopique où votre entreprise et ceux et celles qui la dirigent seraient ouverts au changement et à l'innovation et mettraient tout en oeuvre pour dynamiser la structure organisationnelle pour stimuler sa compétitivité et sa croissance?

Moi oui et comme dans tout bon rêve, s'amalgament une foule d'idées et de sujets épars pour en faire un tout cohérent. En fait trois idées se superposent dans mon rêve: l'innovation, la gouvernance et la sécurité. Et je vais les traiter sur deux billets dans le sens inverse... Ce sont des sujets très sensibles dans les entreprises québécoises, mais je ne crois pas que ce soit un phénomène unique et domestique. On en parle à mots couverts entre professionnels des communications ou des ressources humaines responsables de la gestion et du développement des nouveaux systèmes de communications interactifs ainsi que des responsables du développement organisationnel.

La sécurité

Plus que sensibles en fait... Surtout quand il est question de sécurité. Le sujet est tabou. Du moins le fait de dénoncer l'hégémonie de ladite sécurité informatique des individus et des systèmes au sein de l'entreprise au détriment de la collaboration, la communication libre et interactive et l'innovation. C'est un peu comme pour notre propre sécurité physique à la suite des événements du 11 septembre 2001.

La réaction de mes étudiants en communication à l'UdeM illustre bien le propos. Dans un essai, je leur posais la question suivante:

«La protection de la vie privée sur Internet et surtout de nos données personnelles ou celles de notre entreprise constituent le sujet brûlant d'actualité, surtout avec les révélations faites au sujet du programme PRISM de la NSA aux É.-U.. D'un autre côté, les citoyens poussent les gouvernements à être plus transparents et ouverts et à rendre publiques leurs données. Votre second travail consistera à produire un essai sur les pour et les contre de ce phénomène qui sera au centre de l'actualité en 2014.»

Faut-il se surprendre des réponses... La majorité d'entre eux(elles) sont d'accord pour restreindre leurs propres libertés individuelles, que ce soit dans le réel ou le virtuel en contrepartie de plus de sécurité et de protection et même unanimité ou presque pour les entreprises. Imaginez, ils sont le reflet assez fidèle de notre société et des opinions présentement véhiculées. Qui est mort de rire? Les grandes compagnies de sécurité (informatique ou autre) qui font des affaires d'or. Celles en nouvelles technologies encore plus avec les récentes failles de sécurité ou de surveillance. Big Brother et Georges Orwell n'ont jamais été aussi populaires...

Mais il y a un sujet encore plus tabou dont on n'ose parler sur la place publique, du moins pour les entreprises. C'est l'immaturité numérique de plusieurs personnes qui travaillent dans les départements de TI, l'obsession pour la sécurité de leurs gestionnaires jusqu'au plus haut de l'échelle (lire CIO et CTO) et l'immobilisme général qu'ils imposent à l'entreprise. Vous vous souvenez? J'avais écrit un billet sur ce sujet.


C'est loin dans nos souvenirs, mais tellement proche de l'actualité en 2014 que je ne pouvais pas passer à côté de cet exemple: lors du OpenWorldConference 2009 d'Oracle qui a eu lieu à San Francisco, Ann Livermore, alors VPE chez HP avait été très claire: 70% des budgets TI vont aux opérations et à la maintenance des systèmes et seulement 30% à l'innovation. Ce qui a fait dire à certains participants que le chiffre de 30% était encore trop optimiste...

Et Livermore a poursuivi en mentionnant que le credo de HP dans les prochaines années serait la modernisation. Un peu comme nos gouvernements avec les infrastructures... On répare, modernise, mais on ne se risque pas à changer le modèle de développement. Donc les TI consolident leurs acquis. Pas par le web et le logiciel libre moins coûteux et plus favorables à l'innovation, mais bien par la rénovation de ce qui existe déjà, et cela à grands frais, préservant ainsi le statu quo... La modernisation des applications et des infrastructures tout en offrant un petit bonbon, soit les services de virtualisation et d'infonuagique. Mais faut comprendre que HP et les autres grands de l'informatique visent à séduire les Ti traditionnels, le gros du marché en entreprise et ainsi leur faire cracher bien des dollars toujours en jouant sur la corde de la propriété et de la sécurité.

En fait, le plus parlant est ce tableau tiré d'une récente édition d'InformationWeek, un hebdo destiné aux gens de l'informatique. Les préoccupations ne peuvent être plus claires. La sécurité passe en premier (35%) alors que la collaboration est presque en dernier avec un maigre 5%... Les trois sujets qui suivent la sécurité ont trait à la virtualisation, l'infonuagique et la modernisation des infrastructures. La collaboration, elle? En queue de peloton. De 2009 à 2014, rien n'a changé...

priorités


Les responsables des communications interactives savent bien que leurs stratégies de croissance passent par les usages et outils de collaboration et d'innovation, pour la plupart issus de ce qu'on a appelé le Web 2.0, mais les Ti ne veulent rien entendre surtout quand il est question d'intégrer un outil tel qu'un blogue WordPress dans leur sacro-sainte architecture technologique. Encore moins un réseau social en code source ouvert, Ô sacrilège... Certains disent qu'ils ne sont pas «prêts» à intégrer les nouvelles technologies Web dans une informatique tournée vers les processus d'affaires, les CRM, BPM, CMS. LMS et autres «M» 1.0 de ce monde....

«Security still remains the biggest threat to any size business adopting social collaboration. But what's weird is that just 17% of companies say they have fully integrated social collaboration into their business, even though three-quarters have a dedicated social media team. Clearly, there is a lack of understanding on both the employee and employer side of how to handle our impulses--and our fears--to use social media as a tool to make working easier»

C'est ce qu'a écrit Denis Duvauchelle dans un article dans ReadWriteWeb. Incompréhension des enjeux de la part des dirigeants, dont les CIO/CTO envers ces nouvelles réalités «sociales» qui posent des défis auxquels ils ne sont pas prêts à faire face, que ce soit culturellement ou monétairement.

Et le changement vient de la base...

J'écrivais en août 2009 (ce n'est pas d'hier) : «Nos entreprises se débattent encore avec leurs vieux outils 1.0 et quand elles veulent les faire évoluer, se butent souvent à la résistance des départements TI qui, au lieu de générer l'innovation, comme ce fut jadis le cas, la freinent furieusement afin de conserver leurs prérogatives et leurs architectures si familières, si rassurantes, mais pas si sécuritaires...».

C'est bien cela le principal problème des entreprises québécoises, présentement loin en retard sur celles des É.-U. ou d'Europe. C'est que leur informatique ne suit pas, résiste, freine le changement. Les employés de ces départements sont mal formés ou pas du tout aux technologies du Web. Et surtout leurs dirigeants sont de la vieille école et c'est dommage, car les TI, auparavant, généraient le changement. C'était il y a bien des années...

Comme je le dis souvent en conférence, les employés poussent pour l'adoption en interne de leurs usages externes du Web en tant que consommateurs. Les Ti eux, ont les deux pieds sur le frein. C'est tellement typique d'une entreprise traditionnelle où les technologies et les usages sont dictés par les Ti alors que dans l'entreprise innovante et collaborative ce sont les usagers qui les dictent.

La suite au prochain billet

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