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La culture de la non-communication: boites vocales et courriels

24/08/2014 09:24 EDT | Actualisé 24/10/2014 05:12 EDT

Avez-vous remarqué qu'avec les progrès de la technologie, les communications entre personnes ne se sont pas vraiment améliorées? C'est comme si certaines personnes, en particulier celles en autorité, voulaient éviter de parler à des personnes non choisies, non désignées, non filtrées à l'avance à partir d'un agenda défini, comme si la communication viva voce et encore pire, le eye contact était devenus une faute, un péché mortel, une cause de reproche. Sans le dire, nos interlocuteurs peu coopératifs ont l'air de dire, sans le dire:

«Té qui toé?» Ou dans la langue de Shakespeare: «Who the f... are you?»

Que se passe-t-il quand les messages sur les boites vocales ne sont pas retournés, que les courriels ne sont pas répondus? Rien! Voilà le secret que les personnes incompétentes ou de mauvaise foi ont découvert: la personne qui veut vous rejoindre est neutralisée. Et si par hasard, on rencontre son interlocuteur frustré dans un cocktail ou autre réunion sociale, on peut toujours lui répondre... n'importe quoi!

Cette nouvelle culture de la non-communication est particulièrement forte au Québec. Du côté anglo-américain, la dérive est moins significative. C'est ce que je constate lors de mes séjours ou de mes communications au sud de la frontière.

Ce nouveau langage non verbal du droit au silence, une omerta inavouée, nuit aux affaires, à tous les genres d'affaires, en plus de causer des malentendus regrettables. Mais c'est l'arme des incompétents et de celles et ceux qui sont devenus des «taches» pour leur employeur, potentiellement des fraudeurs ou manipulateurs professionnels, ou «comment se traîner les pieds tout en ayant l'air de travailler».

Faut dire que la nouvelle loi anti-pourriel du gouvernement Harper nuit considérablement aux affaires par son effet refroidissant ou chilling effects.

La non-communication mène les entreprises à la faillite. Elle est particulièrement cultivée par les banques et les institutions financières, ou toutes les organisations qui se sont développées en réseau discret, pour ne pas dire secret, et où le fonctionnement interne l'emporte sur les relations publiques et le marketing ouvert. On a tendance à oublier que les banques et les institutions financières en général doivent soumettre à une stricte réglementation en plus de disposer d'importants cautionnements, ce qui en fait des bêtes politiques par excellence. D'ailleurs leur proximité avec le milieu politique, et policier parfois, n'est jamais dissimulée. D'une certaine manière, ce sont des créatures du politique compte tenu des permis nécessaires pour opérer, des cautionnements et de la fixation des taux d'intérêt qui relève de la Banque du Canada.

Ces institutions font de la discrétion, voire du secret, une science presque exacte. Après tout, elles vivent de l'intérêt sur le capital avec la bénédiction de l'état. Elles savent que le public a besoin d'eux pour consommer, mais l'inverse est moins vrai, d'autant plus que le régime des permis et autorisations en a fait des quasi-monopoles... comme nos pétrolières!

Mais revenons à nos moutons. Trop souvent la non-communication ne cache pas seulement l'incompétence, ou la dominance financière: elle peut aussi dissimuler une quelconque activité criminelle. Ce peut être le blanchiment d'argent ou un financement occulte obtenu de paradis fiscaux ou pire, l'implication directe du crime organisé.

Pourtant, toute entreprise a intérêt à se faire connaitre et apprécier. Alors, pourquoi se cacher ou dissimuler ses opérations? Faire une sélection de ses clients? Pour protéger l'information reliée à la recherche développement, les listes de ses clients, sa stratégie de marketing. C'est ce qu'on lit dans les manuels de gestion.

La réalité prosaïque est toutefois toute autre. La culture de la non-communication vise trop souvent à protéger des réseaux politiquement identifiés. Lisez en filigrane une possible collusion et corruption. Le réseau nait et grandit grâce aux avantages indus et injustifiés qu'il confère à ses membres, un accès unique à des personnes d'influence. La commission Charbonneau va continuer de nous apprendre sur ces crimes de trop grande proximité, où les corrupteurs et les corrompus naviguent allègrement dans la même barque du lobby politique.

Quand aurons-nous des commissions permanentes à l'instar des commissions sénatoriales à l'américaine pour filtrer les entreprises et organisations privées qui entretiennent une grande proximité avec l'état et le politique, aux fins de les contraindre à divulguer l'information sensible qui devrait être connue de toutes et tous, parce que publique?

Nous savons désormais que les lois sur le lobbyisme sont une farce. Il faut aller plus loin qu'une commission Charbonneau ad hoc. Il faut instituer un check and balance permanent de ceux qui collent l'état et les contraindre à répondre publiquement à des questions sensibles. Il en va de l'intérêt public. Le travail héroïque de l'honorable France Charbonneau doit continuer!

La prochaine fois que vous attendrez qu'on réponde à vos messages et courriels non répondus, dites-vous qu'il y a peut-être un incompétent à l'autre extrémité, ou un escroc qui protège sa gang! Mais tous les cas, le silence de la non-réponse vous justifie de spéculer dans vos pensées les plus intimes.

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