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Dancing grandmothers: un pied de nez à la noirceur

23/05/2015 09:18 EDT | Actualisé 23/05/2016 05:12 EDT

Le Festival TransAmériques ne pouvait pas mieux commencer. Dancing Grandmothers, présenté jeudi 21 mai au théâtre Duceppe, est un véritable pied de nez au cynisme, à la turpitude, au blasement, bref tous ces sentiments sombres qui ont cours aujourd'hui.

La chorégraphe coréenne Eun-He Ahn leur oppose la puissance du bonheur et du sourire qu'elle fait apparaître au moyen de la danse.

Le spectacle n'était pas commencé et j'étais déjà transporté par les images de la Corée qui défilaient sur l'écran géant en fond de scène. J'y retrouverais ce pays que j'ai visité deux fois et que j'ai tant aimé à chaque fois.

Dancing Mothers

Sont ensuite apparus les danseurs. Pas les grands-mères tout de suite, les danseurs de la Eun-Me Ahn Company, jeunes, musclés, garçons et filles vêtus de jupes fleuries. Ça commence lentement dans une gestuelle qui évoque la façon de se mouvoir si particulière qu'ont les personnes âgées en Corée.

Et la formidable musique de Younggyu Jang gagne en rythme et les mouvements, qui ne ressemblent à rien que j'ai déjà vu, deviennent amples, saccadés, frénétiques. Empruntent même à l'acrobatie. Ce premier numéro, qu'on ne voudrait jamais voir finir tant il est hypnotisant, laisse les danseurs à bout de souffle et nous, éberlués.

Suit une longue séquence vidéo où l'on voit des femmes de toutes conditions (fermière, coiffeuse, cuisinière, marchande poisson, retraitée, etc.) faire chacune des pas de danse pour la caméra de Eun-He Ahn. La chorégraphe a fait le tour de son pays pour capter ces scènes qui dégoulinent de joie. Le show se serait arrêté là et on aurait saisi son message : la danse crée du bonheur.

Mais non, ça continue et c'est là que les grands-mères coréennes (il y a même un grand-père) entrent en scène. Joliment accompagnées par les danseurs de la troupe, elles viennent faire leur numéro.

Eun-He Ahn a respecté leurs physiques et leur rythme de personnes âgées. Elles agitent surtout les bras (d'ailleurs on retrouve cette façon de se mouvoir dans les chorégraphies qu'exécutent les danseurs de la troupe), des mouvements qu'elles combinent à un modeste jeu de pieds.

Il se dégage de ce ballet pour corps vieillis une telle plénitude que le public devient gaga. Quand on offre à la foule de monter sur scène à la fin du spectacle, c'est la folie. La scène du théâtre Duceppe devient un plancher de danse. On se serait cru dans une rave.

Avec cette oeuvre, Eun-He Ahn parvient, avec la musique, les éclairages, les interprètes auxquels elle fait appel, à créer le spectacle de danse le plus démocratique et le plus accessible qui soit. Le genre de surprise que le Festival TransAmériques aime faire aux Montréalais. Quand je vous dis que ça commence bien cette 9e édition...

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